Proîace des Odts
i46 LES SIGNES DU TEMPS.
fier de monstrueux écarts. Assurément on pouvait dès lors prévoir, à certains accents de sourde colère, à certains éclairs d'un éclat tout nouveau et inconnu de la muse classique, que la pensée encore indécise du jeune poète, mal à l'aise dans le moule des vieilles formules, finirait par le briser pour se frayer des voies nouvelles. Mais si l'auteur des Odes et Ballades s'annonçait comme novateur, il l'était avec Chateaubriand et non avec Byron, avec Corneille et non avec Shakspeare; s'il avait déjà dépouillé la vieille défroque de Campistron et de Luce de Lancival, et mis de côté tout le bagage du merveilleux païen, au moins ne lui avait-il encore substitué qu'une mythologie charmante puisée dans le fond même des traditions populaires, celles des fées, des sylphes et des ondines, gracieuses créations qui se retrouvaient jusque dans les lointains souvenirs de la vieille Gaule, et que ne désavouait aucune esthétique intelligente et sensée :
Que ce soit L'rgèle ou Morgane, J'aime en un rêve sans effroi Qu'une fée au corps diaphane, Ainsi (|u'une fleur (jui se fane, Vienne pencher son front vers moi.
Il serait curieux de suivre la filiation de la pensée de M. Victor Hugo depuis cette époque, de dire par quelle fatalité et à quels contacts le poète catholique