‹ Les signes du tempsChapitre 69 sur 148 · Voir ci-dessus, p. 48 et suiv · texte numérisé non relu

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chercher l'origine des traditions conservatrices et patriarcales qui se sont toujours maintenues dans cette province.

M. Raudot déclare que les observations de M. Duchastelier peuvent également s'appliquer à la condition de la terre et de la noblesse dans la province de Bourgogne. L'agriculture retirait d'autant plus d'avantages de la présence des seigneurs sur leurs domaines que la distance du seigneur au vassal n'était pas aussi grande qu'on le dit; c'était une hiérarchie dont le dernier échelon était souvent quelque pauvre gentilhomme plus à plaindre que les roturiers.

La dépopulation des campagnes date de l'aurore de la centralisation , de cette époque qu'on appelle le grand siècle, et on sait quelles proportions a prises ce système en France depuis ce temps. M. Raudot trouve qu'il y aurait urgence à sortir de cette voie désastreuse. Que ne donne-t-on dans les provinces aux propriétaires fonciers , aux agriculteurs , une large part dans l'administration de leur contrée? mais il y a fort à craindre que ce vœu , tant de fois renouvelé, ne soit encore stérile.

Un délégué de Lot-et-Garonne, M. Laborde, ayant exprimé l'avis ({ue la noblesse n'avait pas concouru -autant (ju'on l'a affirmé aux progrès de l'agriculture dans les anciennes provinces, et qu'Olivier de Serres était la seule illustration agricole que la noblesse pût

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réclamer dans les siècles dont il s'agit, MM. Raudot, Duchastelier et Raymond Bordeaux répondent que l'abandon des campagnes par la noblesse a été désastreuse pour l'agriculture; lanoblessea été aimée, respectée et écoutée dans ses terres tant qu'elle y est restée, et les abus ne sont venus que du fait des intendants auxquels les propriétaires absents avaient confié leurs intérêts ; la noblesse a beaucoup perdu à quitter les champs pour la cour ; elle serait en France ce qu'elle est en Angleterre si elle n'avait pas abandonné ses provinces, et il arrivera ce qui lui est arrivé à toutes les aristocraties qui feront ce qu'elle a fait.

Rien de plus juste ni de plus vrai que ces considérations, mais il me semble qu'un nom a t'-té oublié dans les réponses qu'on a faites à M. Laborde, c'est celui de Henri IV, qui étuit. je pense, assez bon gentilhomme , et qui , plus que tout autre , est digne d'être cité au premier rang des illustrations agricoles de notre pays. N'est-ce pas lui qui a , en quelque sorte, deviné Olivier de Serres, et qui l'a poussé à donner au public son Théâtre (Togriculture et ménage des ehampa? X'est-ce pas son génie qui avait pressenti combien un tel ouvrage serait utile pour former à la vie rurale le père de famille gentilhomme revenu après la guerre dans le vieux manoir de ses ancêtres, et où le sage monarque aimait bien mieux le voir de-

meurer qu'à la cour? Il est bon de ne pas l'oublier ; sous Henri IV, l'élément prédominant c'était l'agriculture; l'homme influent , honoré, encouragé , c'était le gentilhomme rural, bon économe, bon ménager de son, bien, quittant quand il le fallait la charrue pour l'épée, mais revenant très-volontiers à son état sédentaire , et préférant sa bonne vie de famille , sa culture et ses bestiaux à toutes les charges de la cour et de la ville. Quelle admirable société avait organisé le génie , le bon sens et le bon cœur de notre grand Hejiri ! Alors , je le répète , tout convergeait vers la vie rurale : l'agriculture était la source pure et féconde de la prospérité publique, et Sully pouvait dire justement « que le labourage et le pâturage étaient les deux mamelles qui alimentaient la France. »

Il suffit de jeter un regard sur les mémoires du temps pour comprendre de quel bonheur la France a joui sous le sceptre du premier roi de la maison de Bourbon, et quel avenir de [»aix et de calme abondance lui était réservé si le poignard de Ravaillac n'était venu arrêter le cours de telles destinées. Sans doute elle a eu encore, par la suite, des jours de gloire incomparable et d'une grandeur inconnue aux siècles précédents aussi bien cpi'à notre âge, mais il est trop vrai de dire que depuis Louis XIV, qui attirait tout à lui, et ({ui n'aimait guère les grands

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