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hommage à ce style pur, correct, bien que sans trop de hardiesse ou d'éclat, qu'on dirait modelé sur celui de Nicole, de Fénelon et de Rollin.
M. de Sacy, on le voit, de reste, connaît à fond les littératures grecque et latine, ainsi que les grands écrivains du siècle de Louis XIV. Mais possède-t-il au même degré les sciences positives et les littératures étrangères? Je n'en sais rien; mais j'affirmerais volontiers le contraire. Je suis convaincu qu'il tient l'exégèse allemande en fort médiocre estime, que Shakespeare est presque « un sauvage ivre » pour lui comme pour Voltaire, et qu'il donnerait toutes les découvertes de l'industrie moderne, les chemins de fer, la télégraphie électrique et la photographie par-dessus le marché, pour vingt beaux vers de Virgile et de Racine ou pour une édition irréprochable des Sermons de Bossuet. M. de Sacy a bien raison. Je ne vois pas ce que nous avons gagné à saturer — pardon du mot — notre langue et notre littérature d'expressions exotiques ou d'images empruntées aux sciences naturelles. Notre palette est, dit-on, plus riche, et nous pouvons exprimer des idées et des nuances d'idées inconnues à nos pères, puisque nous avons dans les sciences politiques, physiques, chimiques et pharmaceutiques, une source inépuisable de métaphores nouvelles. Tout cela fait (]uo nous sommes plus savants et moins lettrés, plus Allemands et
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moins Jr'iaiïvais, voilà tout. Cinq ou six couleurs suffisent aux grands peintres pour rendre les nuances les plus variées, et les écrivains d'élite n'ont pas besoin d'autre vocabulaire que celui de la langue usuelle pour pénétrer jusqu'aux fibres les plus délicates et les plus intimes du cœur.
Je me disais cela l'autre jour en parcourant les Libres opinions morales et historiques de ^I. Emile Montaigut'. M. Montaigut est assurément un esprit fort distingué, plein de sincérité et de savoir. Malheureusement une éducation tout exotique le rend beaucoup plus sensible aux beautés d'Hamlet et de Werther qu'à celles de nos classiques chrétiens et français. En outre, il se complaît, comme tout bon Allemand, dans la région des nuages, et le regard a souvent de la peine à distinguer sa pensée dans la demi-obscurité où elle s'enveloppe trop complaisamment. Ajoutons qu'un mauvais levain de rationalisme se fait jour à travers la plupart de ses écrits. L'individualité humaine est son idole. Il est l'apôtre des principes semés par le vent de la réforme sur le sol européen et dont la révolution a vu le suprême épanouissement. Mais il est de ceux qui, une fois engagés sur le chemin de l'erreur, ne craignent pas le désaveu et le retour. C'est ainsi qu'après avoir été