PETITS ET GRANDS JARDINS
un goût presque toujours excellent, ont pris dans l'appartement moderne la place qu'occupaient naguère les produits factices de l'industrie, les magots et les potiches, les fruits de pierre et les fleurs en porcelaine ou en papier. De même, il y a dans les villes une tendance impérieuse à transformer les places publiques en squares, à multiplier les avenues de verdure, les fontaines jaillissantes, les massifs de fleurs. Les jardins publics, surtout à Paris, sont vraiment admirables. L'importation étrangère y verse chaque jour de nouveaux trésors. La variété des espèces, l'accumulation des produits, la disposition par grandes masses de plantes de tous les pays, de toutes les nuances et de tous les parfums, leur donnent un charme , un degré de beauté et d'éclat inconnus jusqu'ici. Grâce à eux, les observateurs ont pu pénétrer plus avant dans les magnificences et dans les secrets du monde végétal. La symphonie des fleurs leur a été révélée.
Quelle est la raison secrète, la cause philosophique de cette disposition qui porte l'homme moderne à cultiver ainsi les jardins et à s'entourer de fleurs, à s'absorber plus qu'on ne l'a fait encore dans la contemplation solitaire et rêveuse des produits les plus fugitifs de la végétation, à revenir à la vie cachée en la nature? Est-ce, comme on aimerait à le penser, un sentiment religieux qui le pousse à y
rechercher l'image du Créateur, quelques traces de la toute-puissance et des vertus divines? Hélas! nous sommes loin'du temps où les fleurs de la bouquetière Glycéra rappelaient à l'imagination pieuse et charmée de saint François de Sales la grâce et la variété infinies des dons de l'Esprit-Saint ! Si nous tendons tous à vivre de plus en plus en familiarité avec la nature, c'est, il faut bien l'avouer, parce que nous obéissons, peut-être à notre insu, à un sentiment de profonde misanthropie. En bouleversant tous les rapports sociaux, en ébranlant toutes les croyances, en affaiblissant jusqu'aux liens de famille et de parenté, en rendant les vocations religieuses de jour en jour plus rares et le mariage d'un accès plus difficile, les révolutions ont condamné l'individu à l'isolement, elles l'ont placé en présence de lui-même et ne lui ont guère laissé d'autre ressource contre un immense ennui que de fuir au sein de la nature. De là cet attrait puissant et irrésistible pour tousles phénomènes delà vie végétale, pour le recueillement des bois et des jardins, surtout pour la culture des fleurs. Je le dis encore, cet attrait est légitime, cette disposition est heureuse, et elle deviendra salutaire autant que féconde si l'homme ne s'absorbe pas dans un vague et décevant panthéisme, en confondant la création avec son auteur; si, dans la transparence des lacs, dans la splcndt ui" des neiges , dans la- ver-
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dure des forêts, dans l'éclat des corolles, dans le parfum des calices, dans tous les produits comme dans toutes les manifestations de la nature, il parvient à dégager distinctement et à saisir les traits de l'éternelle beauté.
Décadence du respect. — Un mot de M. Royer-Coilard. — Les hardiesses de M. About. — Un bâtard de M. de Jouy. — Feu le Réveil. — Quatre hommes et un caporal. — Comment certains s catholiques sincères « entendent la critique. — Le révérend père Lacordaire et M. de Montalembert jugés par M. Barbey d'Aurevilly. — Les petits plaisirs de Perrin Dandin. — La critique eicentrique. — Un souvenir de Brizeux. — Polichinelle aui Tuileries. — Le mot d'un spectateur de Guignol. — Réparation à Perrin Dandin.
Il y a plus d'un demi-siècle qu'un homme d'État, accoutumé à revêtir sa pensée de formes sentencieuses, prononçait cette parole grave et attristée : La France a pei'du le respect, et il faut dire qu'elle était justifiée par le navrant spectacle qu'offrait dès lors le déchaînement révolutionnaire , le mépris de toutes les supériorités sociales affiché dans la presse et dans les discours de tribune, l'injure prodiguée aux renommées les plus éclatantes, aux caractères les plus nobles, aux vertus les plus pures.
Malheureusement le mot de M. Royer-Collard n'était pas seulement l'expression d'un mal passager : c'était une vue d'avenir et comme une prophétie