‹ Les signes du tempsChapitre 73 sur 148 · M. A BOUT · texte numérisé non relu

M. A BOUT

puisse diffamer le souverain pontife et injurier les évêques , mais qui ne comprennent pas qu'un évêque ose s'en prendre à un des leurs. A l'époque où nous sommes, la personne de certains gens de lettres est ce que n'a jamais été celle des rois, inviolable et sacrée : gare à qui la touche !

Après tout, nous sommes bien naïfs de nous plaindre et même de nous étonner. L'esprit de révolution doit naturellement porter ses fruits. Les doctrines égalitaires, semées à tous les vents , doivent engendrer l'irrévérence à tous les degrés, et M. About est un des produits naturels, une des conséquences logiques de la civilisation contemporaine. Semez des chardons, vous ne devez pas espérer des lis pour la saison des fleurs. Mais ce qui, je l'avoue, est déconcertant, c'est de trouver des chardons là où on était en droit de compter sur des lis; c'est de voir cette lèpre du mépris et de l'irrévérence gagner jusqu'à des écrivains, qui se posent en défenseurs zélés de la religion et des saines doctrines, de la tradition, de l'ordre, de la famille, de toutes les hiérarchies sociales.

Il y a deux années , quelques-uns d'entre eux avaient établi un corps de garde et une guérite à la porte du Temple, et ils étaient là , « quatre hommes et un caporal, » qui défendaient Dieu et les prêtres, à la- manière dont on défend d'ordinaire le diable et

ses suppôts, c'est-à-dire le verbe haut, la moustache retroussée , le juron à la bouche , et en faisant raisonner leurs éperons sur les parvis sacrés. Un coup de vent, assez commun par le temps qui court, a renversé le corps de garde et la guérite. Le Réveil est mort et il sommeille, en attendant le jour où la trompette de l'archange viendra le convoquer au jugement. Mais les quatre hommes n'ont point été emportés par la tempête, et ils font toujours parler d'eux. Plus que jamais ils se proclament « catholiques sincères, » et leur orthodoxie est tellement farouche, qu'ils sont présentement en train à' exécuter les renommées les plus éclatantes, les illustrations les moins contestables de la grande armée chrétienne, sous prétexte qu'elles ne sont pas assez pures. Des fenêtres de la caserne où ils sont réfugiés, ils ne cessent de diriger un feu roulant d'invectives..., sans doute, direz-vous, contre les adversaires déclarés du catholicisme? contre MM. Quinet, Renan, Littré, Taine et tutti quanti? Allons donc ! ils ont bien mieux à faire que de s'amuser à tirer leur poudre à ces moineaux !

Il existe dans nos rangs, disons mieux, à notre tête, deux hommes, dont la France tout entière ne prononce jamais les noms qu'avec admiration et respect, deux glorieux frères d'armes qui , depuis trente ans, n'ont cessé de combattre au premier r^ang

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