‹ Les signes du tempsChapitre 74 sur 148 · LE P. LACORDAIRE ET M. DE .MONTALEMBERT · texte numérisé non relu

LE P. LACORDAIRE ET M. DE .MONTALEMBERT

pour la cause immortelle de la justice et delà vérité. Ecrivains, orateurs, hommes d'action , ils ont laissé une triple trace de leur passage dans toutes les hautes questions philosophiques ou religieuses qu'a discutées notre époque. L'un d'eux a su attirer, par son éloquence à la fois nerveuse et colorée, sous les voûtes d'une grande basilique métropolitaine, une ardente jeunesse dont les pas ne connaissaient plus le chemin du sanctuaire; il a fait passer sous ses yeux, dans un langage d'une inspiration toute moderne, la longue exposition de nos dogmes , le magnifique enchaînement de preuves qui forment la base de notre foi; il a fait boire, dans la coupe d'or de l'éloquence, le vin fort et amer de la vérité à une génération éprise de forme extérieure , enivrée de beauté plastique. Et quand il a dû renoncer au ministère de la parole , quand il a vu briser entre ses mains l'arme qui lui avait valu de nobles triomphes, il amis au service de l'éducation publique sa science, son expérience du cœur humain, la tendresse infinie de son âme; il a parlé aux petits enfants, il a écrit, pour la jeunesse, des pages qui ne le cèdent point aux plus belles de ce siècle, et qui réunissent la profondeur de Descartes à la douceur de Fénelon.

Le bien que le R. P. Lacordaire a fait dans la sphère purement religieuse , sous les voûtes des basiliques ou dans l'enceinte des collèges, M. le comte

de Montalembert l'a accompli dans l'ordre politique, à la Chambre des pairs ou dans les assemblées législatives. Il nous a conduits à l'assaut du monopole universitaire, il a défendu les ordres religieux menacés, le Sunderbund vaincu; dans tout ce qu'il a entrepris, il a porté son ardeur et son enthousiasme de croisé : il a frayé des voies nouvelles à l'art, à la légende, à l'histoire; il a réuni à un rare degré des dons en apparence incompatibles et contradictoires, ceux de l'orateur et de l'écrivain, et, aujourd'hui, il met la dernière main à un livre monumental, tout débordant de sève et de jeunesse, véritable chefd'œuvre d'érudition et de style, écrit avec la foi naïve d'une femme ou d'un enfant, et la science d'un bénédictin.

Tels sont les deux hommes qu'il a plu un beau jour au Pays, journal de r Empire , de traduire sans plus de façons à sa barre, et qu'U ne trouve ni assez érudits , ni assez éloquents, ni assez écrivains, ni assez bons catholiques pour lui. C'est à M. Barbey d'Aurevilly, le Perrin Dandin de l'endroit, qu'est échue la double charge d'instruire ce curieux procès et de procéder à son exécution.

Selon M. Barbey d'Aurevilly, le R. P. Lacordaire n'est qu'un intrus à l'Académie française; ses Conférences supportent à peine la lecture, sa Vie de saint D'miiniqHc est une œuvre sans érudition et sans style.

Page 1