‹ Les signes du tempsChapitre 78 sur 148 · Florentem cytisum et salices aniaras · texte numérisé non relu

Florentem cytisum et salices aniaras

Virgile, Églogue j, 79.

romans du jour, vous recherchez les seutimentsvrais, simplement et naturellement exprimés, dussent-ils faire jaillir cette source abondante de larmes que nous avons tous en nous; dans ce cas, ne craignez pas les émotions que ce récit pourra faire naître chez l'auditoire pur et naïf qui assiste aux veillées de votre manoir. Four moi, je me demande, en voyant combien il est facile d'intéresser et d'émouvoir avec des sentiments si naturels, des pensées si communes, des événements si journaliers, avec des ressorts dramatiques si peu compliqués, comment il se fait que madame Clémence Robert ou M. Ponson du Terrail aient encore des lecteurs.

Une pensée analogue a inspiré toute une série de nouvelles et de romans signés du nom de Raoul de Navery et publiés sous ce titre : L Autel et le Foyer. Plusieurs volumes composent déjà cette collection : Viatrice, Monique laSavoisienne, l'Ange du bagne, Nouvelles de charité, Légendes d'Allemagne, etc.; mais ils ne me semblent pas tous recommandables au même titre. La donnée de Viatrice est étrange et la vraisemblance a quelque peine i\ admettre l'odyssée de cettejeune fille (}ui se voue au service des missions étrangères, et poursuit , en compagnie de son frère , son œuvre de dévouement à travers les tempêtes, les naufrages et les épreuves de la vie du désert. J'ajouterai que le style semble trop souveut calqué sur

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celui des Natchez ou du Dernier des Mohicons. J'aimerais mieux lAnge du bagne si j'avais à vous indiquer un livre de propagande populaire; car ce récit, parfaitement conduit, me semble de nature à intéresser fortement les intelligences les moins cultivées et à causer des impressions salutaires sur les déshérités d'ici-bas, sur les infortunés qui, au bagne ou dans le monde, traînent péniblement le boulet de la vie. Mais je ne puis me dissimuler qu'un ouvrage destiné à édifier les forçats n'est pas précisément à sa place entre les mains des jeunes tilles, et j'avoue ne connaître guère qu'un seul livre écrit de main d'homme qui puisse convenablement figurer au salon en même temps qu'à la geôle, c'est r Imitation de Jésus- Christ. Quant à Monique la Savoisienne et aux Nouvelles de charité^ vous les lirez, madame, avec grand intérêt et grand profit. Ces dernières surtout , qui montrent sous une forme dramatique la chrétienne charité mesurant ses sacrifices et ses secours aux grandes détresses de notre temps comme Dieu mesure le vent aux ailes des oiseaux , vous feront passer des heures charmantes et ne vous laisseront que de pieux souvenirs. Les œuvres du Hac/utt, du Patronage , de Saint François RégiSy de la Sainte Enfance^ y répandent leurs douces et pures lumières à travers le prisme de l'art.

Enfin, madame, après ou plutôt avant ces divers

récits, qui ont tous plus ou moins le caractère de la fiction, je dois vous en désigner un d'une réalité trop certaine, hélas! bien qu'il ressemble dans plusieurs de ses parties à une légende des siècles barbares : c'est la Vie de Marie-Théi'èse de France. Une plume qui vous est chère à bien des titres, celle de M. Alfred Nettement, a retracé avec d'abondants détails toutes les phases de cette existence auguste, douloureuse et sainte, s'il en fut; il a suivi depuis son berceau jusqu'à sa tombe, depuis les pompes de Versailles jusqu'aux saintes résignations de Frohsdorf, la royale princesse qui, à l'exemple de la reine dont parle Tîossuet, nsa toujours chrétiennement de la bonne comme de la mauvaise fortune. Quel récit ! et quel talent il a fallu à l'écrivain pour s'élever à la hauteur d'une telle destinée, pour faire ressortir tous les traits de cette auguste physionomie, où la majesté de la Maison d'Autriche s'unit à la douceur du type Bourbonien, pour peindre ce caractère tendre et viril où l'on retrouve à la fois le fier courage de Marie-Antoinette et la piété résignée de Louis XVI! Courage, souffrance et résignation, tels sont, en effet, en y joignant un fond de bonté et de charité inépuisable, les traits principaux de l'incomparable vie de cette princesse, qui sut s'incliner avec amour sous la main de Dieu sans jamais plier sous la main des hommes; qui suivit avec une sini-

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plicité touchante, un calme et une dignité inaltérables, toutes les stations douloureuses de son exil sur la terre : Versailles, le Temple, Mittau, Hartwell, les Tuileries, Holy-Rood, Frohsdorf, jusqu'au jour où elle exhala son dernier soupir entre les bras de son royal héritier.

Je n'ai pas besoin de vous dire que l'historien s'est montré digne de son sujet, et qu'il a employé à faire revivre la figure de Marie-Thérèse de France toutes les ressources de son beau talent : une méthode excellente, un style large et facile, abondant et imagé, dont la forme, bien que très-contemporaine, a des reflets du grand siècle. L'auteur n'a pas épargné les détails, ils sont le charme de la biographie; mais il n'a pas, comme on le fait souvent de nos jours, méconnu son sujet en entourant une physionomie avant tout simple et recueillie d'événements multipliés auxquels la fille de Louis XVI est presque toujours demeurée étrangère. Vous lirez donc ce livre, madame, et si vous l'avez déjà lu vous le relirez; vous apprendrez à tous les habitants du manoir l'histoire de notre Marie-Thérèse; et, quandils l'auront apprise, ils s'inclineront devant sa douce et pieuse mémoire comme ces populations bretonnes qui se précipitaient à genoux sur son passage quand elle apparut à leurs yeux dans un voyage trop rapide, comme une vision du paradis.

Exposition du boulevard des Italiens. — Tableaux de l'école moderne. — L'amateur et le brocanteur. — Le local de l'exposition. — Bénouville. Rosa Bonheur. — Bonington. — Breton. — Henriette Bro-wne. — Couture. — Decamps. . — Eugène Delacroix. — Diaz. — Isabey. — Leys. — Meissonnier. — Riesener. — Robert Fleury. — Les paysagistes. — Le paysage au dix-septième siècle. — Le paysage contemporaia. — Conclusion générale.

Une exposition de tableaux et de dessins tirés de diverses collections d'amateurs a été installée cette année (1860) au boulevard des Italiens, dans le local occupé naguère encore par Ary SchetFer et par M. Court. On y a vu briller les principaux astres de l'école moderne, tous ceux qui ont paru avec un certain éclat dans le ciel artistique depuis 1830 : les Ingres, les Delacroix, les Delaroche , les Decamps, les Isabey, les Meissonnier, les Robert Fleury, y sont venus coudoyer la nouvelle génération : les Troyon, les Rousseau, les Diaz, les Marilhat,les Corot, les Millet, et tous les poefœ minores. Les organisateurs de cette exposition ont, parait-il, Tinten-

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