‹ Les signes du tempsChapitre 9 sur 148 · M. RENAN. H · texte numérisé non relu

M. RENAN. H

d'outre-Rhin. Leur style, dont la trame est solide et brillante, leur pensée, qui ne manque ni de vigueur ni d'éclat, leur recrutent un nombre considérable de lecteurs dans les rangs de la jeunesse des écoles et jusque parmi les hommes et les femmes du monde. Le premier représente une variété assez rare : la critique mélancolique et désillusionnée. Ne lui demandez point d'emportement ou de passion. C'est le plus modéré des hommes. Au besoin, il fera sur l'art chrétien des articles que signeraient M. de Montalembert ou M. Rio ; il parlera de la révolution comme aurait pu le faire M. Laurentie; de l'Académie française, comme le duc de Noailles. On l'accuse d'être hostile à l'Église. Pure calomnie! N'a-t-il pas écrit « que le catholicisme est la plus caractérisée et la religieuse des religions? » N'a-t-il pas versé de poétiques larmes sur la passion du«Galiléen? » N'a-t-il pas réservé ses meilleurs sourires « pour l'humble femme de Nazareth ? »

C'est le René de la critique. Il en a l'orgueil incurable et la tristesse rêveuse et malsauie. « Un jour, dit le frère d'Amélie, j'étais monté au sommet de l'Etna, volcan qui brûle au milieu d'une ile. Je vis le soleil se lever dans l'immensité de l'horizon oudessous de moi, la Sicile resserrée comme un point à mes pieds, et la mer déroulée au loin dans les espaces. Dans cette vue perpendiculaire du tableau,

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les neuves ne me semblaient plus que lignes géographiques tracées sur une carte; mais tandis que (l'un côté mon œil apercevait ces objets, de l'autre il plongeait dans le cratère de l'Elna, dont je découvrais les entrailles brûlantes, entre les bouffées d'une noire vapeur. Un jeune homme plein de passions, assis sur la bouche d'un volcan, et pleurant sur les mortels dont à peine il voyait à ses pieds les demeures, n'est sans doute, ô vieillards, qu'un objet digne de votre pitié; mais, quoi que vous puissiez, penser de René, ce tableau vous offre l'image de son caractère... » Il nous a paru que ce tableau offrait aussi l'image du caractère et l'explication de la critique de M. Renan. Sa modération est tout simplement l'incarnation suprême d'une vanité colossale, et, comme il se croit supérieur à toute chose, il ne lui est pas dilTicile d'être impartial et bienveillant, même envers le bon Dieu.

-M. Taine est le frère jumeau de M. Renan. Il procelle de Hegel , con\me l'auteur des Etudes d'histoire religieuse procède de Strauss ou de Fcuerbach. Promoteur d'une méthode nouvelle, il a transporté dans la critique les procédés des sciences exactes. Il suppose— gratuitement — que les facultés d'un homme dépendent les unes des autres, comme les organes d'une |)lant(' ou d'un animal ; ({u'ellos sont mesurées (I produites par une Un unique; qu'il y a en nous

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