PARAIT LE BUT DE LA VIE, ET LA SEULE CHOSE UTILE AU MONDE
Voilà les doctrines de l'artiste, voici les goûts de l'homme :
« Je verrais, dit encore l'auteur de Mademoiselle de MaupiUf une belle femme que je saurais avoir l'âme la plus scélérate du monde, qui serait adultère et empoisonneuse, j'ayoue que cela me serait parfaitement égal et ne m'empêcherait nullement de m'y complaire si je trouvais la forme de son nez convenable. »
Et plus loin :
« Je renoncerais très-Joyeusement à mes droits de Français et de citoyen pjour voir un tableau authentique de Raphaël ou une belle femme nue; la princesse Borghèse, par exemple, quand elle a posé pour Canova, ou la Julia Grisi quand elle entre au bain! »
Après un tel aveu , il est sans doute superflu de pousser plus loin l'étude de cet incroyable traité d'esthétique. Nous possédons maintenant le dernier mot de l'école qui fait litière de toute doctrine religieuse, politique et philosophique pour préconi-
256 LES SIGNES Dl' TEMPS.
ser l'adoration de la forme extérieure et l'analyse effrénée de la sensation. Nous avons le secret de Gautier. Il nous a montré le fond de son cœur avec une cynique effronterie, sans souci des lois qui envoient en police correctionnelle ceux qui se découvrent ainsi en place publique.
On le voit donc , il reste bien des choses à faire, à accomplir bien des réformes, à dessécher bien des cloaques, à vider bien des écuries avant de purifier l'air malsain dont M. le ministre de l'intérieur se plaint à si juste titre et en termes si éloquents.
Mais fort heureusement que la littérature immorale n'est pas la seule à élever la voix par le temps qui court. A côté des œuvres cyniques dont je viens de parler, il y a encore quelques publications élevées et pures. En voici une qui me semble remplie de vues généreuses et de pensées fortifiantes; elle a pour titre : La Liberté î'eligieuse et la législation actmlle ' , et son auteur a cru devoir garder le voile de l'anonyme. Je n'ose me porter garant de la parfaite orthodoxie de toutes les opinions qui s'y trouvent exprimées, mais ce qu'il m'est impossible de ne pas admirer, c'est l'énergie des convictions libérales de l'écrivain ; c'est la noblesse et la grandeur de ses aspi-