LA LIBERTÉ RELIGIEUSE
rations; c'est son respect de la conscience de chacun, de la liberté de tous ; c'est son dévouement absolu à la cause de l'indépendance de l'Église, et de la libre diffusion des croyances religieuses. « Les croyances religieuses demandent à se répandre et à se communiquer, dit l'auteur. La foi ne peut demeurer solitaire; elle a besoin de s'épancher au dehors, et pré" Gisement parce qu'elle est la foi, c'est-à-dire une certitude entière sur les plus grands problèmes de la destinée humaine, elle ne saurait consentir à ne plus se communiquer. Il n'y a pas seulement là un besoin impérieux , mais encore un devoir sacré ; il y a de plus pour chaque Église chrétienne un ordre positif, un commandement précis. La dernière parole du Christ à ses disciples avant de remonter aux cieux n'a-t-elle pas été : Vous me serez témoins d'une extrémité du monde à l'autre? C'est dans ce sens que Pascal a dit avec raison : Le silence est la plus grande persécution. Jamais les saints ne se sont tus. »
Dans un autre passage, l'auteur montre fort bien que la libre propagation de la foi religieuse peut seule relever le niveau moral et intellectuel de la France. Les esprits sont étrangement affaissés, la stérilité envahit de plus en plus les régions de la vie supérieure, des hautes facultés de l'âme; l'Art est stationnaire ou en décadence, tandis que l'Industrie se développe et grandit outre mesure; les préoccu-
pations matérielles et l'exploitation de la richesse absorbent toutes les forces vives du pays. Un tel spectacle remplit l'âme de l'écrivain d'une indignation généreuse, qu'il traduit dans une page d'une véritable éloquence : « Reprendrons-nous, dit-il, les mœurs viriles de nos pères, retrouverons-nous la sève morale et intellectuelle, le nerf de la volonté, l'amour du droit et de la justice ? Voilà la question. Pour ce relèvement moral d'un pays, rien, selon nous, n'est efficace comme les préoccupations religieuses. Seules, elles nous arrachent à ce qui est bas et mesquin , à cette platitude élégante de la vie confortable; seules, elles font courir sur un pays ces souffles de feu qui purifient, en embrasant les cœurs et les esprits. Mais c'est à une condition, c'est qu'on leur laisse leur libre essor, c'est qu'on ne les rappelle pas sans cesse à une modération permanente, c'est qu'on tolère le choc des idées religieuses, c'est qu'on souffre que ce qui tient aux premiers intérêts de l'humanité la passionne, c'est qu'on ne redoute pas ces bienfaisants orages qui se forment dans les hauteurs, et dissipent les miasmes qui montent des bas-fonds de la vie humaine. »
On voit quelle est la pensée de ce livre, pensée juste, noble et féconde, s'il en fut. L'auteur demande qu'on substitue à nos mesquines passions terrestres la passion des choses immatérielles , et qu'on