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LA LIBERTÉ RELIGIEUSE

applique au matérialisme contemporain l'antidote énergique de la liberté religieuse. Fasse Dieu que sa noble voix éveille de toutes parts de sympathiques échos !

XYII

Transformations de Paris. — Promenades à travers les démolitions. — La fontaine Saint-Michel. — Le château de Bercy. — Un mobilier d'autrefois. — Le parc de Monceau». — La verdure et le macadam. — Le rossignol et l'orgue de Barbarie. — Idylle des vieux quartiers. — La rue empiète sur la maisou. — L'individu et l'Etat.

Paris se transforme à vue d'oeil et se renouvelle avec une rapidité qui tient du prodige. Si, par le temps de démolition qui court, vous restez seulement une quinzaine reclus dans votre cabinet de travail, soyez sûr qu'à votre première sortie vous serez obligé de demander votre route au commissionnaire du coin, tant la truelle accomplit rapidement sa fonction, tant l'entrepreneur et le manœuvre rivalisent d'activité ! Des quartiers grands comme Carpentras s'écroulent tout entiers sous le marteau démolisseur; quelques jours après ils renaissent de leurs cendres, comme le phénix, et ils reparaissent au grand jour, revus, corrigés et considérablement transformés. Vous entrez, un matin, dans une de ces obscures bou-

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tiques de libraires comme il s'en trouvait naguère encore dans le vieux quartier Saint-Jacques. Un petit livre « rare et curieux » éveille votre convoitise, vous le caressez de la main et du regard, mais, faute de monnaie, vous passez outre en vous promettant bien de revenir dans des jours meilleurs. Un mois s'écoule, vous revenez, la rue a disparu, et, à la place de votre libraire, vous trouvez une borne -fontaine ou une de ces colonnes équivoques qu'on a baptisées d'un nom célèbre dans les fastes de l'édilité parisienne.

Il faut rendre justice à la ville de Paris : ses entrepreneurs reconstruisent avec autant de facilité qu'ils démolissent, fort différents en cela de certains entrepreneurs de révolutions qui démolissent fort vite, il est vrai, mais qui sont fort embarrassés quand il s'agit d'utiliser les matériaux dont ils ont couvert le sol.

Parmi les monuments dont la ville de Paris s'est enrichie dans la défunte année 1 860 , on doit mentionner la fontaine qui s'élève en face du vieux pont Saint-Michel, dont on vient de faire un pont neuf. Cette fontaine est placée sous le vocable du saint archange que la France compte au nombre de ses célestes patrons , et elle a été conçue dans le style pompeux et un peu lourd du seizième siècle. Malgré cela, elle produit un grand etfet. Le groupe princi-

pal, saint Michel terrassant le démon, est dû à M. Duret, dont le ciseau a su être original, même après le tableau de Raphaël. Sur le fronton figurent les statues de la Force, de la Justice, de la Prudence et de la Tempérance. La Tempérance semble fort heureusement placée sur les frontières du quartier latin; j'avoue toutefois qu'au lieu de ces statues allégoriques, qui sont toujours un peu froides et compassées, j'aurais aimé voir celles de Jeanne d'Arc, ou de quelques-unes des plus vaillantes reines du royaume de France.

Quoi qu'il en soit, c'est une heureuse pensée qui a fait élever ce monument à l'archange protecteur de la patrie. Saint-Michel est un des plus glorieux patrons de la France, et nos pères lui ont toujours rendu un culte reconnaissant depuis le jour où il apparut à saint Aubert, évêque d'A^Tanches, sur le rocher qui, après avoir été longtemps sanctifié par la présence des fils de saint Benoît, est devenu, grâce au progrès, une maison centrale de détention. Saint Michel fut encore le messager divin qui inspira Jeanne d'Arc dans sa mission libératrice, et l'on sait que Louis XI lui a consacré l'ordre qui fut considéré en France comme le premier des ordres militaires jusqu'à l'institution de celui du Saint- Esprit. Encore une fois il était juste, il était chrétien et français de perpétuer de tels souvenirs.

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