‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 100 sur 115 · I. — LE GORILLE · texte numérisé non relu

I. — LE GORILLE

Lés renseignements fournis par ceux qui, les premiers, ont observé le Gorille, étaient de nature à faire croire que les amateurs d'animaux n'arriveraient jamais à apprivoiser les individus même jeunes de cette espèce. Au commencement de mai, Du Chaillu reçut un jeune Gorille mâle vivant, âgé de deux à trois ans, haut de deux pieds et demi, dont la férocité et l'entêtement n'étaient comparables qu'à ceux d'un adulte de son espèce. Les nègres avaient surpris la mère avec son petit, dans une forêt, entre le Rembo et le cap Santa Catharina; ils avaient tué la première d'un coup de feu et s'étaient emparés à grand'peine du jeune en lui jetant une toile sur la tête. Pour amener cet animal au village, où se trouvait justement Du Chaillu, il fallut lui mettre autour du cou le garrot en bois, qui sert pour les esclaves. Malgré son jeune âge, ce singe avait une force extraordinaire. On réussit à l'attirer dans sa cage, mais là même il attaqua son nouveau maître, dont il déchira le pantalon, et puis se retira dans un coin en rechi««gnant. Il ne mangeait que les baies et les fruits sauvages qu'on ramassait pour lui dans la forêt, ainsi que les parties tendres des feuilles d'ananas. Il s'échappa de sa prison et ne fut repris qu'après plusieurs tentatives infructueuses, à l'aide d'un filet qu'on jeta sur lui. « Jamais de ma vie, dit ce voyageur, je n'ai vu un animal aussi sauvage que ce Gorille. Il se jetait sur tous ceux qui l'approchaient, mordait les bâtons de bambou de sa cage, nous lançait des regards furieux et comme égarés et montrait à toute occasion son naturel foncièrement méchant et per-

hartmann. — Les Singes. 13

vers. Il s'échappa une deuxième fois, mais il fut de nouveau enfermé. Il mourut ensuite subitement au bout de dix jours. »

Du Chaillu reçut plus tard un jeune Gorille femelle qui se cramponna tendrement au cadavre de sa mère et émotionna toute la localité par son chagrin. L'animal était encore trop petit pour pouvoir être nourri autrement qu'avec du lait. Comme on ne put s'en procurer, il mourut trois jours après sa capture.

Reade, ainsi que O. Lenz et Buchholz nous donnent des renseignements plus exacts sur des Gorilles en captivité. Lenz m'écrivit d'Afrique ce qui suit sur un animal de cette espèce :

« Lorsqu'après mon voyage à Okanda, je revins au Gabon, je fus pris d'une fièvre assez violente, dont je ressentis longtemps les suites fâcheuses. Je fus dédommagé, dans une certaine mesure, de ces loisirs forcés, lorsqu'on amena un Gorille vivant dans la factorerie allemande de ce pays. Cet animal est originaire de Camma (Fernando-Vaz), localité où Du Chaillu tua les individus dont il parle. Il faisait partie d'une bande composée de neuf individus. Un chien, qui avait été légèrement blessé par un vieux Gorille tué ensuite, avait empêché notre singe de fuir, jusqu'à ce qu'un nègre vînt le saisir par la nuque et lui faire lier les mains par un de ses compagnons. Ainsi garrotté, le Gorille fut amené dans notre comptoir où malheureusement on lui lima, selon la coutume, ses grosses canines de crainte qu'il ne mordît. Il s'est habitué assez facilement à la captivité et au commerce des hommes. On lui a mis au cou une chaîne de fer, longue et mince, qui lui laisse beaucoup de latitude ; pendant la plus grande partie du jour il se tient dans un tonneau, où il prend ses aises le mieux possible sur de la paille. Cet animal est très sensible au froid, au vent et à la pluie; pendant la nuit, on entoure le tonneau d'une épaisse toile à voiles. Il est habituellement accroupi, les bras croisés, et considère toujours avec attention ce qui l'entoure. Il se place toujours de manière à appuyer le dos contre quelque objet ; car il veut avoir le dos libre et se trouver face à face avec ses ennemis. Pendant le sommeil, il s'étend de tout son long sur le dos ou sur un côté et se sert d'une main en guise d'oreiller ; jamais il ne dort accroupi comme d'autres singes. Il marche à l'aide des quatre mains, en appliquant les deux postérieures à plat sur le sol et en tenant les mains antérieures fermées, de sorte que, à vrai dire, il marche sur les jointures; il avance ainsi avec une sorte de balancement latéral. A certains moments, il est horriblement incommodé par des puces chiques; ses deux mains antérieures son^ toutes couvertes d'ampoules dans lesquelles sont logés les œufs de ce petit insecte gênant. La question principale, lorsqu'il s'agit

Page 1