‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 101 sur 115 · LE GORILLE EN CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

LE GORILLE EN CAPTIVITÉ

de transporter le Gorille, est de pouvoir le nourrir. Déjà plusieurs fois nous lui avons donné, mais avec peu de succès, du riz, du pain au lait, etc., en un mot, des aliments qu'on peut se procurer à bord de même qu'en Europe. Il a bien mangé plusieurs fois un peu de pain, une fois aussi du riz ; il aime assez le biscuit de mer; mais d'habitude il ne touche pas à ces aliments. Son mets préféré est un fruit' rouge, très abondant ici, dont il mange l'amande ; il aime également les bananes et les oranges, mais surtout la canue à sucre, qu'il prend et mâche avec une véritable volupté, quand on lui en présente. Il prend également le verre plein d'eau que je lui présente, le porte correctement à la bouche et le vide. Je l'ai rarement entendu grogner quand il était très excité; d'habitude il est tout à fait muet. » Ce singe mourut, pendant la traversée en Europe, et son cadavre, conservé dans du rhum, servit aux recherches de Pansch et Bolau, citées plus haut.

Falkenstein, donne une description attrayante des premiers mois de captivité du Gorille, représenté dans les fig. 2 et 3 de notre ouvrage. « Arrivés à la station (Chinxoxo dans le Loango), notre premier souci fut de faire chercher tous les fruits sauvages qu'on put se procurer et d'acquérir une chèvre pour rétablir les forces passablement affaiblies du jeune anthropomorphe. Bien entendu, nous suivions ses repas avec un grand intérêt et nous nous sentîmes bien soulagés, lorsque nous le vîmes non seulement boire du lait avec plaisir, mais encore manger différents fruits, surtout ceux de YAnona senegalensis, qui croît dans les savanes et dont il mangeait les fruits, gros comme des noix, avec un appétit croissant à vue d'œil. Néanmoins, il resta pendant longtemps encore si faible qu'il s'endormait en mangeant et passait la plus grande partie du jour à dormir, pelotonné dans un coin. Peu à peu il s'habitua aux fruits cultivés, tels que bananes, goyaves, oranges, mangos et, lorsque ses forces augmentèrent et qu'il assista plus fréquemment à nos repas, il se mit de lui-même à goûter de tout ce qu'il nous voyait manger. Il fut ainsi peu à peu amené à prendre et à supporter toutes sortes d'aliments et nous pûmes alors espérer de jour en jour davantage de pouvoir le transporter sans accident en Europe. » C'est peut-être le seul moyen de rendre d'autres individus, même plus âgés, capables de supporter la traversée; toute tentative de les amener à bord, immédiatement après leur capture, sans les avoir préalablement déshabitués de leur ancien mode d'existence, sans les avoir adaptés graduellement et méthodiquement à ce nouveau genre de vie, aura toujours pour conséquence un dépérissement plus o u moins rapide, qui se terminera bientôt par la mort.

Falkenstein, se basant sur l'expérience acquise par l'observation des singes en liberté, recommande, en outre, d'octroyer à tous ces animaux de la viande sous une forme quelconque.

Falkenstein écrit encore ce qui suit sur le prisonnier en question : « Au bout de quelques semaines, il s'habitua si bien à son entourage et aux personnes qu'il avait appris à connaître, qu'on put le laisser courir en toute liberté, sans craindre aucune tentative d'évasion. Jamais il rCa été attaché ou enfermé et il suffisait simplement de le surveiller, comme on fait pour de petits, enfants qui s'amusent. Il se sentait si délaissé, que sans le secours de l'homme il ne pouvait se tirer d'affaire et témoignait en retour un attachement et une confiance surprenante. Il n'accusait aucune trace d'instincts malicieux, méchants ou sauvages ; mais il se montrait parfois très entêté. Il avait différents sons pour exprimer les idées qui se développaient en lui ; c'était tantôt le ton de la supplication la plus attendrissante, tantôt celui de la crainte ou de l'effroL Dans quelques rares cas on percevait en outre un grognement dénotant de la répugnance.

« Quand il paraissait au comble du bien-être, il se dressait sur ses pieds et prenait plaisir à se frapper la poitrine des deux mains. De plus, et sans qu'on le lui eût appris, il exprimait souvent sa bonne humeur en battant des mains absolument comme l'homme, et, faisant des culbutes, titubant dans tous les sens, tournoyant sur lui-même, il exécutait des danses si folles, que parfois nous croyions fermement qu'il s'était enivré de quelque manière. Cependant il n'était ivre que de contentement et ce n'est que dans ces occasions qu'il donnait la mesure de sa force en exécutant les bonds les plus extravagants.

« Nous fûmes surtout frappés de l'adresse qu'il déployait en mangeant. Quand par hasard un des autres singes venait dans la chambre, rien n'était en sécurité, il saisissait avec curiosité tous les objets, pour les rejeter ensuite avec une sorte de préméditation ou pour les laisser tomber avec indifférence. Le Gorille agissait tout autrement; il prenait toujours la tasse ou le verre avec un soin tout naturel, tenait le vase des deux mains, pendant qu'il le portait à la bouche, et le posait de nouveau doucement et avec précaution ; aussi je ne me rappelle pas que nous ayons perdu une seule pièce de notre ménage par sa faute. Et cependant nous n'avons jamais appris à cet animal ni la manière de se servir des ustensiles, ni aucun autre tour d'adresse, afin de l'amener en Europe autant que possible à l'état de nature. Pendant le repas, ses mouvements étaient calmes et bien coordonnés ;, de chaque mets il ne prqnait que ce qu'il pouvait saisir entre le pouce, le

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