III. — LES ORANGS
C'est encore à Wallace que nous devons des renseignements très intéressants.sur la vie des jeunes Orangs en captivité. Près de Simunjon, à Bornéo, ce naturaliste tua, d'un coup de feu, une grande femelle de cette espèce, qui avait un petit haut d'un pied environ. Quand notre chasseur l'emporta, ce petit singe lui saisit la barbe si solidement que Wallace eut beaucoup de peine à se dégager, car l'animal recourbe habituellement en crochet la dernière phalange des doigts. Ce petit n'avait encore aucune dent, mais, quelques jours plus tard, on vit percer deux incisives à la mâchoire inférieure. Malheureusement on n'avait pas de lait ni aucun animal qui t pût allaiter le petit singe. Wallace se vit donc forcé de lui donner de l'eau de riz, à l'aide d'un flacon dont le bouchon était traversé par le tuyau d'une plume d'oiseau ; après quelques essais, le singe apprit très bien à téter de cette manière. On y introduisit ensuite du sucre et du lait de coco pour faire un mélange plus nourrissant. Lorsque notre naturaliste mettait son doigt dans la bouche de l'animal, cfclui-ci le suçait avidement, mais bientôt il le laissait tout découragé et se mettait à crier comme le fait un enfant en pareille circonstance. Quand on l'embrassait et qu'on le caressait, il était tranquille et content, mais, dès qu'on le couchait, il ne cessait de crier et, pendant les premières nuits , il fut très remuant et très bruyant. Wallace disposa en berceau une petite caisse avec une natte moelleuse, qu'on changeait et qu'on lavait tous les jours. Le singe aimait beaucoup les ablutions. Dès qu'il était sale, il se mettait à crier et ne cessait que lorsque son maître le menait à la fontaine. Là il
(i) Voy. aussi C. Nissle in Zeitsehrift fâr Ethnologie, 1876, p. 56, 57.