‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 108 sur 115 · LES ORANGS EN CAPTIVITE · texte numérisé non relu

LES ORANGS EN CAPTIVITE

enfants du même âge, incapables de se tirer d'affaire eux-mêmes; tandis que, au contraire, de jeunes singes des autres genres acquièrent de bonne heure,comme d'autres mammifères jeunes, par exemple les chats , les chiens, etc., une vivacité et une autonomie plus grandes.

Au bout d'un mois environ de captivité, l'Orang se poussait en avant à l'aide des pieds, lorsqu'on le mettait par terre, ou bien il exécutait des culbutes et avançait ainsi péniblement. Lorsqu'il était dans sa caisse, il se dressait verticalement contre les parois de celle-ci et il lui arriva même une ou deux fois de tomber ainsi hors de son berceau. Le laissait-on malpropre ou affamé, ou le négligeait-on de quelque autre manière, il se mettait à crier et à tousser comme un singe adulte, jusqu'à ce qu'on s'occupât de lui. Quand il n'y avait personne à la maison ou qu'on ne prenait pas garde à ses cris, il se calmait au bout de quelque temps ; mais, dès qu'il entendait un bruit de pas, il recommençait de plus belle.

Au bout de cinq semaines, ses deux incisives supérieures percèrent ; mais, pendant tout ce temps, il n'avait nullement grandi ; sa taille et son poids étaient les mêmes qu'au début de sa captivité. Cela doit être attribué certainement au manque de lait et d'autres aliments substantiels. Le lait de coco lui procura une diarrhée, qui fut combattue avec succès par l'huile de ricin. Une ou deux semaines après, il tomba malade et présenta tous les symptômes de la fièvre intermittente. Au bout d'une huitaine de jours, il mourut de cette maladie (1).

En 1837, le Jardin zoologique de Londres reçut un Orang âgé d'environ trois ou quatre ans. Ce singe était généralement paresseux et paisible. Parfois cependant il avait des accès de bonne humeur et cherchait à jouer avec ceux qui l'entouraient. Quand il était en colère, il attaquait même les personnes étrangères à l'établissement. Habituellement il se tenait assis , les jambes reployées sous le corps, sur une chaise basse devant le feu, et s'enveloppait d'une couverture de laine. Lorsque les girafes du jardin tendaient vers lui leur long cou par-dessus les barreaux de sa cage, il ne manifestait aucune crainte et cherchait, au contraire, à saisir le museau de ces grands habitants des steppes. Cet Orang répondait à l'appel de son nom et se conformait aux ordres de son gardien. Souvent il visitait les poches de celui-ci, dans l'espoir d'y trouver quelques friandises. Lorsqu'il était séparé do son gardien par les barreaux de la cage, il se montrait très

(!) Der malayisehe Archipel, I, 59, 64.

mécontent. Un jour qu'on le mit dans un réduit, fermé avec des tiges de bambou reliées par des fils de fer, il écarta ceux-ci et passa par l'ouverture ainsi pratiquée, de sorte qu'il fallut consolider ce grillage. La jaquette et le pantalon & la cosaque lui donnaient un aspect très drôle. Lorsqu'il avait envie d'une friandise, qu'on lui présentait, il regardait tantôt celle-ci, tantôt son gardien, et projetait ses lèvres en forme de trompe conique. Pour boire, il prenait le verre avec la main, le portait à ses lèvres et aspirait le liquide avec une mine grave. Je rappellerai à cette occasion que les singes anthropoïdes, en buvant de cette manière, ont l'habitude de prendre le vase d'une main et de le soutenir en y appuyant le côté dorsal des doigts de l'autre main. Quand i'Orang en question n'obtenait pas ce qu'il convoitait, il se jetait à terre , hurlait e* criait jusqu'à ce qu'il obtint satisfaction. Parfois il avait de véri^ tables accès de fureur et une fois il chercha à démolir le treillis de sa cage à coups de chaise. Ne pouvant y réussir, il manifesta sa colère par des cris violents et ne se calma qu'au retour de son gardien»

L'Orang amené, en 1827, à Calcutta, par Montgomery, était moins flegmatique que ne le sont d'habitude les animaux captifs de cette espèce. Il s'amusait et luttait volontiers avec les porteurs et, lorsque ceux-ci se baissaient jusqu'à lui, il les saisissait aux cheveux, etc. Il essayait de récurer son pot en zinc avec une grande toile, dont il jetait un coin sur l'épaule, imitant en cela les domestiques de la maison. Il aimait surtout le lait, le thé, le vin et les fruits de pandanus. Il examinait avec curiosité tout ce qu'il pouvait atteindre, d'abord avec les doigts, puis il portait l'objet à ses lèvres, et finalement entre ses dents. Il arrachait souvent d'un coup de dent les pans d'habit des visiteurs. Les mouvements comiques, exécutés avec un sérieux solennel, faisaient rire même les graves habitants du pays. Un jour, qu'il avait bu du thé et qu'on lui remit de l'eau dans la tasse vide, il répandit ce liquide par terre, se jeta plusieurs fois sur le dos, se mit à crier et à se frapper la poitrine et le ventre avec les deux mains. Il était maladroit et chancelait en marchant debout. En allant à quatre pattes, il s'appuyait parfois sur les mains et progressait en lançant les pieds en avant. Lorsqu'en marchant debout, il perdait l'équilibre, il se laissait choir sur la tète et faisait plusieurs culbutes. Quand on le détachait de sa chaine, il entrait dans la, maison et cherchait à prendre part au déjeuner de son maître. Malgré sa curiosité naturelle il ne montrait aucune émotion, quand il contemplait dans un miroir sa physionomie mélancolique.

Le grand Orang mâle, tenu en 1876 dans l'aquarium de Berlin,

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