CRANE DU GORILLE JEUNE
mâle vieux, on y remarque d'abord les grands sinus frontaux qui se distinguent, surtout dans la région nasale du frontal, par leur ampleur. Les apophyses ptérygoïdes et les grandes ailes du sphénoïde sont creuses intérieurement et pourvues d'un petit nombre seulement de cavités distinctes. Celles-ci sont non seulement reliées directement entre elles, mais aussi avec celles du sphénoïde. Dans l'os malaire se trouve un large sinus, muni de chambres latérales, qui communique avec le sinus maxillaire ou de Highmore, creusé profondément dans les apophyses du maxillaire supérieur. Enfin il existe aussi des cavités au point de rencontre de la crête sagittale avec la crête occipitale.
Dans le crâne du Gorille mâle jeune on remarque, il est vrai, déjà une procidence considérable de la région maxillaire et une proéminence carénée très nette sur le dos du nez ; mais le développement de ces parties est encore bien moins prononcé que chez le mâle vieux. La boîte crânienne est ovale et dépourvue des hautes crêtes si caractéristiques, qui distinguent le mâle vieux. L'anatomiste et anthropologiste suédois, André Retzius, a divisé, comme on sait, les crânes des différentes races humaines en dolichocéphales et brachycéphales. Chez les premiers, la différence entre la longueur et la hauteur est plus considérable ; chez les derniers, cette différence est plus faible ou même nulle. Les crânes dolichocéphales sont allongés et ovales, les brachycéphales au contraire raccourcis et arrondis ou carrés. A côté de cette division, qui conservera toujours une grande valeur pour la classification rapide et sommaire, mais néanmoins assez convenable des crânes humains, Retzius en créa une autre. Il appela, en effet, orthognathes les crânes à profil droit ou se rapprochant do la ligne droite, et prognathes les crânes à région maxillaire proéminente fortement développée. Il existe donc des crânes orthognathes et prognathes dolichocéphales et brachycéphales (1). Appliquant la division de Retzius aux anthropoïdes, on avait jusqu'à ce jour considéré les Gorilles et les Chimpanzés comme des prognathes dolichocéphales, les Orangs-Outans et les Gibbons comme des prognathes brachycépTiales. Plusieurs naturalistes ont cru signaler un fait très remarquable en disant que l'Afrique était habitée par des anthropoïdes dolichocéphales, l'Asie au contraire par des anthropoïdes brachycéphales. Ils pensaient que cette différence correspondait aux conditions géographiques et ethnologiques de ces deux continents (2). Or, dans un travail
(1) Ethnologisehe Schriften, nach dem Tode des Verfassers gesammelt von dessen Sohne Prof essor Gustave Retzius (Stockholm, 1864), p. 33.
(2) Zur Kenntniss des Orangkopfes, ete. t p. 3. Virchow dit (Verhandlungen
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récent, Virchow fait remarquer que le crâne du Gorille s'allonge d'année en année, mais que cet allongement doit être attribué moins à la capsule crânienne elle-même, qu'aux dépendances osseuses externes de celle-ci (c'est-à-dire aux arcades orbitaires qui prennent un grand développement, aux sinus frontaux qui s'agrandissent, etc.). De plus, les mensurations prouvent que le Gorille jeune est également brachycéphale, qu'avec l'âge la brachycéplialie diminue, en tant du moins que les saillies externes entrent en ligne de compte. Il en est tout autrement si l'on choisit comme point de départ de la mensuration non pas la saillie du nez, mais la partie la plus saillante du front. Dans ce cas, on constaterait même une brachycéphalie progressive (1).
Sur les crânes mâles jeunes, tels que ceux dont il est question ici, les lignes temporales (qui se rapprochent étroitement sur les crêtes osseuses des animaux vieux dans la région même de ces crêtes) apparaissent bien déjà en voie de développement progressif, mais elles demeurent néanmoins encore très écartées. Nous distinguons de chaque côté, sur la région pariétale du crâne jeune, deux lignes temporales superposées et presque parallèles. La ligne supérieure qui se perd en bas et en arrière dans la face externe de l'apophyse mastoïde, déjà ébauchée, correspond à la réunion de la calotte aponécrotlque du muscle êpicrânien (galea aponevroticamusculiepicranii) avec la bande aponévrotique entourant le grand muscle temporal. La ligne inférieure, qui passe graduellement au bord supérieur de l'apophyse zygomatique du temporal, forme au contraire la démarcation des faisceaux charnus du muscle temporal. Elle correspond en même temps à l'endroit où le feuillet de la bande temporale, recouvrant extérieurement ce muscle, se réunit avec le feuillet de cette même bande, qui le revêt du côté interne. Ces lignes temporales, indiquées seulement par de faibles linéaments chez les mâles très jeunes, deviennent plus prononcées avec la croissance et se rapprochent de plus en plus sur le sommet du crâne. J'ai eu entre les mains un crâne avec des sutures encore séparées, dans lequel la crête sagittale déjà développée paraissait en quelque sorte formée par deux lames séparées par un sillon longitudinal. Le bord supérieur de chacune de ces lames correspondait aux deux lignes temporales très rapprochées l'une de l'autre de chaque côté. Si l'animal n'était
der Berliner anthropologisehen Gesellschaft, vom 18. Mœrz 1876, p. 94) : « Le fait que le Gibbon est brachycéphale, comme l'Orang-Outan , offre un grand intérêt au point de vue géographique. »
(l) Monatsberieht der Kônig lichen Akademieder Wissensehaften su Berlin» 7 juin 1880, p. 519.