LE CRANE DU NÉANDERTHAL
ici quelques exemples de ces divergences d'opinion. Primer, par exemple, pense avoir affaire à un cas d'idiotisme (1).* Virchow voit dans ce spécimen — et dans le spécimen analogue de Kailykke du musée de Copenhague — un phénomène absolument individuel (2), une forme typique modifiée par des influences morbides (3) ; ce serait un crâne pathologique (4). King croit que cet échantillon provient d'une race humaine primitive (Homo Neanderthalensis) (5). Schaaffhausen a même essayé de restaurer artificiellement le portrait d'un de ces hommes primitifs. Spengel cherche principalement en Europe les formes « néanderthaloïdes * du crâne (6). Plusieurs observateurs prétendent qu'aujourd'hui encore on peut voir partout des individus qui ont le crâne ainsi conformé. Huxley est arrivé à la conviction que les ossements du Néanderthal ne peuvent en aucune façon être considérés comme ceux d'un être humain intermédiaire à l'homme et aux singes. Tout au plus prouvent-ils l'existence d'un homme dont le crâne retourne en quelque chose vers le type pithécoïde. De même que les Pigeons messagers, grosse-gorge ou culbutants revêtent parfois le plumage de leur souche primitive, le Pigeon ordinaire (Columba lima). Le crâne du Néanderthal, quoique réellement le plus pithécoïde de tous les crânes humains connus, n'est en aucune façon aussi complètement isolé qu'il semble l'être tout d'abord ; il ne forme en réalité que le terme extrême d'une série ascendante qui conduit graduellement au crâne humain le plus élevé et le mieux développé. D'une part, il se rapproche étroitement des crânes australiens aplatis ; tandis que d'autres formes australiennes nous conduisent graduellement à des crânes qui ont beaucoup plus le type de celui d'Engis. D'autre part, il est encore plus voisin des crânes de certaines vieilles souches qui habitaient le Danemark pendant l'âge de la pierre et qui étaient probablement des contemporains ou des descendants de ces hommes auxquels les amas de restes de cuisine ou Kjœkkenmœddings de ce pays doivent leur origine (7).
Huxley fait observer avec raison, au même endroit, que quelques crânes provenant des tumuli de Borreby et dessinés par Busk, ressemblent au crâne du Néanderthal, surtout en ce qui concerne
(1) Bulletin de la Société d'Anthropologie, IV, 305.
(2) Verhandlungen der Berliner Gesellschaft fur Anthropologie, etc., 1872» p. 164.
(3) Die IV, allgemeine Versammlung der deutsçhen Gesellschaft fur Anthopologie, etc., p. 49.
(4) Die Urbevôlkerung Europas, p. 46.
(5) Quarterly Journal of science, januar, 1864. Voy. aussi : Fuhlroth, Der fossile Mensch aus dem Néanderthal (Duisburg, 1865).
(6) Archivfâr Anthropologie, VIII, 63.
(7) De la place de l'homme, etc., p. 313.
l'inclinaison rétrograde rapide du front. On peut d'ailleurs, dans une certaine mesure, mettre en parallèle avec ce dernier spécimen quelques autres crânes européens devenus célèbres, par exemple ceux de Brûx, de Staengenaes, d'Olmo, de Louth, de Clichy, de Bougon, de Cro-Magnon, de Grenelle; d'Engisheim, de Cannstadt
Fig. 35. — La ci-fine du Nésnderthal : a, de profil
celui de l'évèque Saint-Mansuy, de Toul. Tous ces crânes présentent des particularités de structure intéressantes, des arcades susorbitaires fortement développées, des fronts fuyants, des dépressions de la voûte crânienne, etc. ; toutefois aucun d'eux n'offre les caractères si remarquables du crâne du Nèanderthal. Mais jusqu'à présent on n'a pas fourni la preuve que ce dernier représente un type dépeuple déterminé, et l'opinion que c'est une conformation purement individuelle reste encore la plus vraisemblable.