LIS CRANE DBS AUSTRALIENS ET DES AFRICAINS
Les crânes des indigènes australiens se distinguent, ainsi que Spengel l'indique fort bien, de celui du Néanderthal et des crânes néanderthaloïdes par leur scaphocéphalie prononcée. Mais, d'autre part, les arcades sus-orbitaires si fréquemment très développées, le front fuyant, la compression du crâne dans la région temporale, la hauteur de la région faciale, si faible par rapport à celle de l'Européen et le prognathisme des Australiens rapprochent beaucoup les crânes de ceux-ci de ceux des anthropoides. Si Ton examine, par exemple, le crâne provenant de Camp-in-Heaven, Arnhems-Land (Australie septentrionale), figuré par de Quatrefages et Hamy (Crania ethnica, pi. XXVI), le crâne de Negrito du D r Schadenburg (Zeitschrift /ûr Ethnologie, 12 Jahr., pi. VIII, fig. 2), la conformation anthropoïde indiscutable de ces échantillons s'impose aux sceptiques les plus décidés !
Des particularités semblables â celles que nous avons signalées plus haut dans la structure du crâne des Australiens nous permettent de juger aussi de la forme anthropoïde des crânes de beaucoup d'individus appartenant aux races africaines de couleur foncée. Nous faisons allusion principalement à l'inclinaison rétrograde du front, à l'aplatissement et à la compression de la voûte crânienne, au prognathisme considérable et â l'angle très obtus du maxillaire inférieur qu'on observe dans les crânes d'un si grand nombre de Nigritiens. La saillie des arcades sus-orbitaires est au contraire rarement aussi prononcée chez les Africains que chez les espèces simiennes dont il s'agit. Mais si l'on considère â part cela certains spécimens, tels entre autres que le crâne du Congo représenté par de Quatrefages et Hamy (Crania ethnica, pi. XXXVI), l'impression devient tout â fait imposante. Les crânes de certaines races, de couleur claire, très intelligentes et très belliqueuses qui habitent l'Afrique centrale et occidentale, telles que les Mombuttus, les Hausas, les Bakalays, les Fans, etc., nous étonnent par leur aspect anthropoïde. Mais parmi toutes les races humaines de la terre, c'est chez les Papous et chez certains nègres africains que cet aspect est le plus prononcé.
On peut observer sur des crânes de différentes nations un rapprochement assez considérable des lignes temporales dans la région pariétale. On rencontre surtout fréquemment ce phénomène dans les crânes dolichocéphales de certains Nigritiens et de certains Papous. Il est généralement lié dans ce cas à la faible longueur du diamètre transversal joignant les deux côtés du crâne.
Chez les Chimpanzés femelles adultes, les pariétaux s'élèvent très souvent obliquement â la manière d'un toit vers la suture sagittale et, dans la région de cette dernière, il existe une éminence
osseuse allongée dont les côtés passent graduellement aux faces externes des os pariétaux. On peut néanmoins retrouver la suture sagittale encore intacte. Souvent aussi cette dernière accuse déjà un commencement de soudure. C'est ainsi que se développe ce qu'on appelle le crâne légèrement caréné (scaphocephaluè). Une production de ce genre s'observe souvent aussi chez des Nigritiens et des Papous, plus rarement au contraire sur les crânes des autres races. On a de plus signalé comme une théromorphie l'existence- d'un os zygomatique partagé en deux sur certains crânes humains (surtout sur ceux des Aïnos et des Japonais), parce que cette division existe parfois aussi dans des crânes de singes (4). Chez les anthropoïdes, je n'ai vu que très peu de fois des traces assez confuses d'une semblable production.
En 1863, Boucher de Perthes découvrit, à Abbeville, dans une couche d'argile et de sable noir ferrugineux reposant sur la craie, la moitié d'une mâchoire inférieure humaine, qui, à en juger par les figures le plus souvent défectueuses qu'on en possède, ne présente, à part la branche dirigée obliquement en arrière, . rien de particulièrement intéressant (fig. 36). Ce spécimen fit une énorme sensation et fut attribué à l'homme primitif du diluvium par beaucoup de savants très estimables. Plus tard, il fut malheureusement prouvé qu'on avait eu affaire à une chimère colossale !
Il n'en est pas de même des mâchoires inférieures de laNaulette, d'Aurignac et d'Arcy, qui sont certainement authentiques et peuvent revendiquer une haute ancienneté (2). La mâchoire de la Naulette est à la vérité très incomplète, mais permet néanmoins
(1) Ten Kate, 1. c, p. 17, 42. Virchow pense que les faits sont encore trop obscurs pour permettre de porter un jugement définitif en ce qui concerne cette production chez l'homme. (Auszug aus dent Monatsberieht d. Akad. d. Wissenschaften zu Berlin, 1881, p. 258). La non participation de l'os zygomatique à la constitution de la fente orbitaire inférieure a été trop rarement observée chez les anthropoïdes pour qu'il puisse en être sérieusement question ici.
(2) A part la mâchoire inférieure de la Naulette, un autre fragment de mâchoire humaine, trouvé récemment dans la caverne de Schipka, en Moravie, attire actuellement l'attention. Schaaffhausen a prétendu que c'était une mâchoire d'enfant et qu'elle était pithéeoïde. Virchow a examiné avec soin ce fragment ; selon lui, c'est une pièce appartenant à l'époque du mammouth, provenant d'un adulte atteint de rétention dentaire et n'ayant rien de pithéeoïde. Cet auteur soumet également à une analyse minutieuse la mâchoire de la Naulette, qu'il a examinée luimême plusieurs fois à Bruxelles, et semble plutôt disposé à accorder à ce dernier spécimen un caractère pithéeoïde {Zeitschriftfûr Ethnologie, 1882, p. 277).
R. Baume, au contraire, considère les mâchoires de laNaulette et de la caverne de Schipka (dont il publie d'excellentes figures) comme des productions pithéeoïde*. Pour lui, ces deux spécimens prouvent formellement que, dans la période diluvienne, il existait des hommes-singes qui, sous le rapport de la conformation de la mâchoire inférieure, différaient beaucoup de tous ceux qui vivent actuellement. L'auteur croit qu'à l'époque diluvienne il existait des races humaines notablement inférieures aux races actuelles les plus dégradées. {Die Kieferfrag mente von la Naulette und aus der Schiphahohle, Leipzig 1883.)