MACHOIRES HUMAINES FOSSILES 'J
de reconnaître une constitution de la symphyse du menton (fig. 37), qui engage à la comparer avec les mâchoires inférieures de beaucoup d'anthropoïdes, surtout avec celle des Gorilles et des Chimpanzés. Nous voulons parler surtout de la direction presque
Màcbojre inférieure de Moulin-Quignon.
verticale de la face antérieure du corps du maxillaire inférieur. Chez les anthropoïdes, cette partie est encore fortement inclinée d'avant en arrière et de haut en bas (c'est-à-dire du bord alvéolaire vers le bord inférieur du corps du maxillaire) (fig. 38). Néanmoins l'échantillon de la Naulette, de même que les mâchoires inférieures de quelques crânes papous récents (des Nouvelles-Hébrides), etc. , se rapprochent au moins dans une certaine mesure du type pithé-
Fig. 37. — Mâchoire
coïde. Un singe fossile (DryopUhecut Fon(anii), anthropoïde très élevé, parait-il, provenant du miocène moyen de Saint-Gaudens, ne présente qu'une faible inclinaison rétrograde de cette partie de la mâchoire. D'après Gaudry, le DryopUkecut atteignait à peu près la taille de l'homme. Ses incisives étaient petites, ses molaires postérieures avaient des tubercules moins arrondis que chez l'Européen, mais se rapprochaient d'autant plus des tubercules des molaires dos Australiens. On a admis (sans pouvoir toutefois le prouver sûrement) que, chez le Dryopitheeu», la dernière molaire n'aurait apparu qu'après la canine, comme il arrive pour la dent de sagesse de l'homme. Gaudry a fait représenter à coté
de la mâchoire inférieure du Dryopithecus Fontanii celle d'un Tasmanien, âgé de 11 à 12 ans. Chez ce dernier, la première molaire est plus grande que chez le Dryopithecus ; tandis que la canine et les prémolaires sont beaucoup plus faibles. Cette différence est assez importante, car le petit volume des dents antérieures est en rapport avec la faible proéminence de la face, qui constitue toujours un signe de supériorité humaine. Bien que la canine du Dryopithecus soit cassée, on peut cependant reconnaître qu'elle a dû dépasser de beaucoup les autres dents. Le mâle avait même des canines très puissantes. Sur les dents de cet animal on trouverait en outre une légère éminence qui manque aux dents humaines. Le Mesopithecus du miocène de Pikermi (Attique) était un singe moins voisin des anthropoïdes; il avait la tête d'un Semnopithèque et les membres d'un Macaque. Selon Gaudry, le Pliopithecus, de Sansan, était voisin des Gibbons. Un singe de la taille de l'Orang-Outan, trouvé par Baker et Durand, dans le miocène supérieur des monts Sewaliks, appartient au contraire aux Semnopithèques (Semnopithecus subhimalayanus) (1).
Lorsqu'on étudie comparativement l'organisation de l'homme et celle des singes anthropoïdes, il importe également de considérer des sections de crânes caractéristiques, surtout des sections Iongitudinales (2). Virchow a fait faire des dessins de sections longitudinales d'un Gorille, d'un Chimpanzé, d'un Orang-Outan et d'une Australienne, d'après des échantillons des musées de Berlin. La boîte crânienne du Gorille (3), comparée à celle de l'Australienne, parait si peu volumineuse qu'elle semble comme comprimée. Cependant ce crâne australien est excessivement petit comparativement à d'autres crânes humains ; il n'a qu'une capacité de 1150 c. c. Chez le Gorille (c'est-à-dire chez le mâle vieux qui a été figuré dans ce cas), la grandeur énorme des sinus frontaux et de la saillie fronto-nasale qui les recouvre, ainsi que le puissant développement des mâchoires contribuent à faire paraître la tête plus grosse. « Tout ce qui rend la tête grosse, dit Virchow, est bestial et non humain. » Il en est à peu près de même chez l'Orang- Outan. Chez le Chimpanzé seul la capacité crânienne offre un rapport un peu plus avantageux. Elle se rapproche par là de celle du crâne (représenté dans le même ouvrage) d'un Microcéphale né dans le Palatinat, qui est bien inférieur à la forme australienne et se rapproche d'autant plus du singe.
(1) Gaudry, les Enchaînements du monde animal (Paris, 1878J, p. 232.
(2) Hartmann, Der Gorilla, p. 68, 109.
(3) Correspondenzblatt der deutsehen Anthropologischen Gesellschaft, 1878» p. 148, avec une planche*