LA MAIN, LB PIED ET LES MEMBRES
Aeby avait prétendu que, chez le Gorille, la tète de l'humérus représentait un cycloïde placé transversalement. Chez l'homme, au contraire, la forme de cette partie serait celle d'un segment de sphère. Mais je crois avoir démontré (1) que la tête de l'humérus du Gorille varie beaucoup dans sa forme fondamentale, qu'elle peut être tantôt cycloïdique ou cycloïdique verticale, tantôt conformée comme un segment de sphère parfaite. Il faut aussi remarquer que cette même partie osseuse correspond à un segment de sphère chez le Chimpanzé, l'Orang et le Gibbon, tandis qu'elle n'a pas toujours exactement cette conformation dans l'humérus de l'homme. Aeby remarque en outre que la constitution cycloïdique transversale de la tête de l'humérus chez le Gorille nous autorise à conclure que les membres antérieurs de cet animal se meuvent principalement autour d'un axe de rotation transversal. Cependant il suffit d'observer directement un anthropoïde vivant ou d'examiner le cadavre d'un tel animal pour voir qu'il existe là une articulation mobile dans tous les sens , fort bien développée , devant le mécanisme parfait de laquelle toute difficulté théorique doit s'évanouir (2).
Les courbures si prononcées, que présentent normalement les os de l'avant-bras du Gorille et du Chimpanzé, ne se rencontrent que rarement chez l'homme, et ne doivent alors même être considérées que comme des déviations de la forme normale, des phénomènes pathologiques.
L'Orang-Outan possède toujours un neuvième os carpien, correspondant à Vos intermédiaire de Blainville et à Vos central du carpe de Gegenbaur. Chez un individu très jeune , j'ai trouvé ce petit os pourvu d'un noyau d'ossification distinct. La marche de
(1) Morphologisches Jahrbuch, t. IV, p. 229.
(2) Hartmann, Der Gorilla, p. 134.
Possification se montrait chez cet animal dans Tordre suivant : 1, dans le grand os et dans Pos crochu; puis venaient 2, le scaphoïde ; 3, le trapèze ; 4, le semi-lunaire ; 5, le pyramidal ; 6, Pos central du carpe ; 7, le trapézoïde. L'os styloïde et Pos tendineux, situé entre le trapèze et le scaphoïde, et dont les rapports avec les muscles seront décrits plus loin, n'étaient encore qu'à l'état purement cartilagineux.
J'ai vainement cherché jusqu'à présent ce neuvième os du carpe chez le Gorille et le Chimpanzé, où il n'existe qu'exceptionnellement. Chez le Gibbon il est très nettement placé entre le scaphoïde, le semi-lunaire, le trapézoïde et le grand os du carpe. Gegenbaur voit dans son os central un véritable élément de carpe, dérivant d'un état ancestral, mais il ne peut expliquer ce que cet os devient dans la suite. Rosenberg a fourni la preuve irréfutable de l'existence de cet os, même chez l'homme, pendant l'état embryonnaire, où il est le plus souvent de nouveau résorbé ; quelquefois cependant il persiste et se retrouve alors chez Padulte, où il forme un neuvième os du carpe bien développé. Des cas de persistance de Pos central chez l'homme ont surtout été recueillis et publiés par l'infatigable anatomiste W. Gruber de Saint-Pétersbourg. On peut se demander si l'os central se retrouve également dans le carpe du fœtus du Gorille et du Chimpanzé. Malheureusment les matériaux nécessaires pour de semblables recherches nous manquent encore.
J'estime que c'est une spéculation oiseuse que de vouloir considérer l'os central du carpe simplement comme une partie (détachée) du scaphoïde. Chez un Chimpanzé très jeune ce dernier se montrait, à vrai dire, segmenté par deux sillons transversaux superficiels, mais les trois segments ne présentaient qu'un noyau d'ossification unique. De plus, Possification distincte et l'existence temporaire de l'os central chez l'homme parlent en faveur de son autonomie. D'après Rosenberg , cet os est Y homologue, non seulement de l'os central des mammifères, mais même des deux os centraux des Enaliosauriens fossiles. Il est devenu incomplet dans la mesure de la réduction intervenue (1). Il n'y a aucune difficulté particulière à rapporter cet os à des types vertébrés éloignés et même aux urodèles de l'Asie orientale (Wiedersheim) (2). La persistance de cet os chez l'homme doit donc être considérée comme un phénomène de réversion, mais non comme un fait dû à un arrêt de développement (voy. fig. 42).
(1) R. Hartmann, in Archio fâr. Anat., etc., de Reichert et Du Bois-Rçymond 1876, p. 639-643.
(2) Wiedersheim in Morpholog. Jahrbueh y t. H, p. 421. '