‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 65 sur 115 · LE PIED DE L'HOMME ET CELUI DES SINGES · texte numérisé non relu

LE PIED DE L'HOMME ET CELUI DES SINGES

très bien s'étaler sur le sol. Chez eux, l'articulation du pied est beaucoup moins développée et permet par suite des mouvements variés, en sorte que la face plantaire, qui est à proprement parler dirigée du côté interne, arrive à s'appliquer sur le sol. Plus le corps devient lourd, plus aussi l'articulation du pied doit se développer et moins elle peut, en conséquence, permettre les mouvements étendus que possède l'articulation de la main. Mais toutes ces modifications ne sont que des modifications d'un pied fait pour grimper ou pour saisir, c'est-à-dire d'une main ; mais ce ne sont pas des modifications d'un pied solide supportant tout le poids du tronc sur le sol.

« Il ne faut pas oublier que la structure de la charpente osseuse est déterminée par des lois mécaniques, comme on le constate dans toute la série animale. Nous croyons devoir donner une idée très claire de ce fait en expliquant la structure du pied de l'homme.

« Le pied de l'homme s'applique sur le sol par la plus grande partie de sa longueur, c'est-à-dire, par sa partie postérieure et son métatarse qui forment ensemble une voûte solide. Le tarse se compose de l'astragale, du calcanéum, qui chez l'homme forme une protubérance fortement saillante dirigée en arrière et en bas, et de cinq autres os. Le métatarse se compose de cinq os auxquels s'attachent les cinq orteils. Chez l'homme, les métatarsiens sont beaucoup plus longs que les différentes phalanges des orteils. La voûte sur laquelle l'homme s'appuie, lorsqu'il pose le pied, s'étend par conséquent de la protubérance du talon jusqu'aux extrémités antérieures des métatarsiens. Les différents os sont bien quelque peu mobiles les uns par rapport aux autres, mais, grâce à des ligaments très solides, ils ne peuvent s'écarter que d'une quantité très faible, sans l'intervention d'aucun muscle. Mais pour appuyer les orteils sur le sol, il est besoin d'une action musculaire. La voûte solide offre encore l'avantage que le pied peut mieux s'appliquer sur les petites inégalités de la surface du sol. Il est facile de s'assurer (dans le pied humain, vu de profil) combien les orteils sont courts par rapport à la voûte solide. Dans la position naturelle, même quand l'homme ne marche pas ou ne se tient pas debout, la face plantaire n'est pas dirigée en dedans, mais vers la région qui devient le côté inférieur lorsque l'homme se met en mouvement. » « Le pied du Gorille a nettement la forme d'une main en ce que le gros orteil est écarté comme un pouce et que les autres orteils sont dirigés en dehors. Le tarse est raccourci chez le Gorille. La protubérance qui forme le talon est courbée en dedans. Les divers os du pied humain se trouvent, à vrai dire,

dans la main postérieure du Gorille ; mais celle-ci est devenue un organe tout autre; un organe de préhension, c'est-à-dire un^= main. Cette dernière est formée des mêmes éléments que le pied de l'homme, mais elle est devenue un organe différent. La corré — lation est donc ici la même que dans les pièces buccales des insectes, qui, chez les uns, forment des mâchoires mobiles dans le sens latéral, qui, chez les autres, sont minces et longues et forment un stylet. Quand on prétend que les singes n'ont pas de mains postérieures mais un pied, c'est absolument comme si l'on disait que la mouche n'a pas de stylet mais des mâchoires amincies (1). »

Tous les singes, y compris les anthropoïdes, se servent, à l'occasion, de leurs extrémités postérieures pour saisir. Cela leur procure une attitude particulière quand ils grimpent. Lorsque, dans de semblables circonstances, ils veulent garantir un fruit qu'ils ont saisi, contre l'envie de leurs semblables, ils le tiennent entre les orteils d'une extrémité postérieure, afin de pouvoir fuir ensuite plus rapidement à l'aide de l'autre membre postérieur et des deux mains.

On voit d'ailleurs, par la description précédente, combien il est difficile de mettre d'accord les différents observateurs, en ce qui touche le choix d'une dénomination convenable pour l'extrémité postérieure des singes. On ne peut lui conserver la désignation de main postérieure d'abord à cause de sa structure anatomique fondamentale et en second lieu parce qu'une véritable main peut revendiquer ce haut degré de rotativité, que présentent bien à un degré suffisant les extrémités antérieures des singes, mais que n'ont pas leurs extrémités postérieures.

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