Y. — LE PHD DE L'HOMME ET CELUI DES ANTHROPOÏDES
Bischoff a décrit, dans les régions profondes de la paume et de la plante du Chimpanzé, du Gibbon, du Mandril et d'autres singes, les muscles auxquels Halford (1) a donné le nom de contrahentes digitorum (contracteurs des doigts et des orteils). Recouverts par les tendons des longs fléchisseurs des doigts et des orteils, ainsi que par les lombricaux, ces muscles sont placés sur les muscles interosseux. Je n'ai pas trouvé trace de ces muscles contracteurs chez le Gorille. Chez un Chimpanzé femelle, j'ai vu un muscle contracteur pour le quatrième et un autre pour le cinquième doigt; il en existait de plus un pour le quatrième et un pour le cinquième orteil. Chez l'Orang, j'ai observé un contracteur du quatrième et un autre du cinquième doigt, et de plus deux contracteurs faibles pour le quatrième et le cinquième orteil. Le Gibbon à mains blanches me montra ces mêmes muscles au deuxième, au quatrième et au cinquième doigt, ainsi qu'au quatrième et au cinquième orteil.
En corrélation avec la hauteur des os iliaques, le grand fessier de ces animaux n'a qu'une largeur faible par rapport à sa longueur. Son tendon d'insertion descend très bas sur le fémur, jusque vers l'articulation du genou. Le moyen et le petit fessier ont une longueur qui est également en rapport avec celle du bassin, bien qu'ils s'insèrent sur le grand trochanter et dans la dépression postérieure située entre les trochanters. Le scansorius, découvert par Troill (2), chez le Chimpanzé, décrit par Bischoff comme un muscle puissant chez l'Orang, paraît manquer chez le Gorille et le Gibbon. Le muscle pyriforme est le plus souvent soudé aux parties voisines. Le tenseur du fascia fémoral, également puissant et large chez ces singes, est excessivement réduit ou manque même complètement chez l'Orang. Le couturier ne s'insère pas, comme chez l'homme, sur le tibia en dedans de la partie inférieure de la tubôrosité tibiaie, mais descend au-delà de celle-ci. Chez le Gorille, il a trois chefs, dont l'un s'insère sur le fascia jambier, tandis que les deux autres se fixent sur la crête médiane du tibia. Chez le Chimpanzé et le Gibbon, ce muscle se prolonge également assez bas. Chez l'Orang, il ne se prolonge pas autant, mais chez
(1) Not like man bimanous and biped, not yet quadrumanous, but cheiropodous (Melbourne, 1863). Lines of démarcation between man, Gorilla and Macaque (Melbourne, 1864). Je ne connais ces deux mémoires que d'après la citation de Bischoff : Anatomie, etc., des Hylobates leuciscus, p. 23-24.
(2; Memoirs of the Wernerian Natural HUtory Society, III, 29.
134 COMPARAISON DE l'hOMMB ET DBS SINGES ANTHROPOÏDES
ces singes le muscle grêle et le semi-tendineux (musculus gracilis % semitendinosus) descendent également assez bas. Le biceps crural est remarquablement développé chez l'Orang, où son faisceau long se partage en deux portions, dont l'inférieure va au péroné, ppur s'y relier au faisceau court.
Le plantaire grêle (musculus plantaris), dont Bischoff nia d'abord l'existence même chez le Chimpanzé, existe chez cet animal, comme Brûhl l'avait déjà indiqué ; on le rencontre même, chez cette espèce, aussi régulièrement que chez l'homme (où il manque parfois). Pas plus que d'autres auteurs, je n'ai trouvé ce muscle chez le Gorille, l'Orang et le Gibbon. Le sous-poplité existe chez tous les anthropoïdes. Jusqu'à présent je n'ai trouvé le péronéo-tibial (musculus peroneo tibialis), découvert par Gruber(l) et recouvert par le sous-poplité, que chez le Chimpanzé parmi les singes anthropoïdes ; mais je l'ai vu bien développé chez un Cercopithèque rouge (Cercopithecus ruber).
Le muscle jumeau du mollet, pourvu de deux chefs faciles à isoler l'un de l'autre, et le muscle solôaire, ne présentent, dans la jambe des anthropoïdes, dont le mollet est généralement faible, ni la largeur relative, ni le développement, qui concourent à former le renflement arrondi si gracieux de cette partie du corps humain; ces muscles paraissent en quelque sorte déjetés latéralement, surtout chez l'Orang et le Gibbon. Le tendon d'Achille existe, à vrai dire, mais il est également moins saillant et moins large que chez l'homme. Les longs extenseurs et les longs fléchisseurs, ainsi que les muscles tibiaux sont développés chez tous les anthropoïdes. Le troisième péronier (musculus peroneus tertius), qu'on devrait considérer simplement comme un ventre du long extenseur commun des orteils (2), n'existe pas chez ces singes. Je ne puis me résoudre à reconnaître, avec Huxley, Bischoff, etc., un abducteur dans ce renflement musculaire. Brûhl a également signalé, chez le Chimpanzé, un muscle rudimentaire, situé entre le court péronier et le petit orteil, et appelé quatrième péronier ou péronier intermédiaire (musculus peroneus inter médius). Ce muscle existe quelquefois chez l'homme ; je ne l'ai observé jusqu'à présent que sur un Chimpanzé très vieux. Le long extenseur commun des orteils du Chimpanzé et du Gorille traverse un ligament transversal particulier, formé de fibro-cartilage, qui s'étend sur le tarse. Il actionne les orteils du deuxième au cinquième (fig. 55). D'après
(1) Beobachtungen au» der menschlichen und vergleichenden Anatomie (Berlin, 1879), Heft 2, p. 85.
(2) Ruge aussi considère ce muscle comme une partie du long extenseur commun des orteils {Morphologisches Jahrbuch, IV, 630, Rem.).
LES MUSCLES DE LA. JAMBE . . .. ■ jgg
une âgure, donnée par Brûhl, les tendons des longe et des courts extenseurs des orteils se raccordent d'abord et se séparent ensuite de nouveau chez le Chimpanzé. Ce n'est qu'en m'i m posant une certaine contrainte que j'ai pu constater cette disposition ; aussi ai-jû essayé de reproduire dans la figure 55 celle qui se présentait à moi comme la plus conforme a la nature des faits. Le long extenseur du gros orteil est développé chez tous les anthropoides. Le court extenseur commun des orteils fournit un ventre puissant, dirigé obliquement et destiné au gros orteil (fig. 55). Celui-ci possède, chez le Gorille, un abducteur, un fléchisseur à deux chefs et un opposant (voir fig. 54). . '■•>
tibia] antérieur et'| 1 on g ex tenue ur du gros des orteils; 3, tendon du troisième peronier; *, ions peronier ; d, uuurt peronier; 4', &*, tondons de ces musclée il, tondons du long extenseur 7, tendons du court
Fig. 54. — Muscles du piedjhumain.
Orteil ; 2, long extenseur comm - : ~r; i, long peronier ; 5, — —
Le ventre destiné au gros orteil se détache du court extenseur commun des orteils et acquiert une certaine indépendance. Au pied droit d'un chimpanzé, j'ai vu en outre un cinquième ventre de ce muscle, qui se rendait au petit orteil (fig. 55). Comme j'avais précisément dessiné ce spécimen, j'ai fait reorésenter son pied
ci-contre, malgré cette anomalie d'ailleurs intéressante, qui se retrouve parfois aussi chez l'homme (fig. 55).
Chez ce sujet, le court fléchisseur commun des orteils fournissait des tendons perforés au deuxième et au troisième orteil. Le long fléchisseur commun des orteils envoyait des tendons perforés au quatrième et au cinquième orteil. Le long fléchisseur du gros orteil se fendait en deux tendons, dont l'un se rendait à l'orteil même, tandis que l'autre se reliait au long extenseur commun des orteils et fournissait les tendons perforants destinés au troisième et au quatrième orteil. Les tendons perforants du deuxième et du cinquième orteil partaient de l'autre fléchisseur.
Fig. 55. — MubcIob du eOté supérieur du pied d'un chimpanzé. 1, titaia! antérieur 2, .extenseur du gros Orteil; 3 long extenseur commun des orteils; 4, court pèronier;a, long péroiuer: G. tendon d Achille; 7, court extenseur commun des orteils; 8, son ventre destiné au gros orteil; 9. premier Intei-osseux dorsal; 10, adducteur du gros orteil; fi, abducteur du petit orteil.
Les muscles lombricaux du pied du gorille sont puissants. Le premier interosseux est également bien développé et présente deux chefs. Le petit orteil de ce singe possède un court fléchisseur et un abducteur. Je n'ai pas pu, jusqu'à ce jour, constater sûrement l'existence d'un opposant de cet orteil. Au grand orteil et au petit orteil le Chimpanzé ne présente aucune disposition qui diffère