‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 81 sur 115 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Jusqu'à une époque récente on croyait généralement qu'il n'existait qu'une seule espèce de Gorille, parce qu'on regardait les différences observées çà et là dans la conformation extérieure et dans la forme du squelette, chez les quelques spécimens examinés, comme l'expression d'une variation purement individuelle ou comme celle de différences dues à l'âge et au sexe. Il y a peu de temps, Alix et Bouvier reçurent de Landana, au Congo, le squelette et la peau d'un vieux Gorille femelle que MM. le D r Lucan et Petit avaient tué, près du village du chef nigritien, Manyema, sur les bords du Quillou, à 4°35' de latitude méridionale. Cet exemplaire était d'une taille moindre que le gorille ordinaire (Gorilla Gina), il avait aussi la tète proportionnellement plus petite que ce dernier. Selon Alix et Bouvier, le premier de ces animaux présente des crêtes occipito-temporales (crête occipitale transverse, voy. p. 45) beaucoup plus fortes et des fosses temporales plus profondes. La portion du crâne, étendue en arrière des arcades orbitaires, devient plus étroite. L'intervalle entre les orbites est aussi moins large. La saillie, qui s'élève en forme de carène du milieu de cet intervalle, est plus développée, les os nasaux sont moins aplatis et plus bombés ; les orbites sont plus grands par rapport au volume total du crâne ; les branches montantes des os jugaux sont plus larges et plus voûtées, etc. Un caractère intéressant est fourni par une petite saillie verticale

Hartmann. — Les Singes. 11

styloïde sur la face postérieure des apophyses orbitaires externes. Dans la colonne vertébrale, les apophyses épineuses des première, deuxième et troisième cervicales n'ont qu'un faible développement en hauteur; celles des trois vertèbres cervicales inférieures ont seules une hauteur et une grosseur considérables, comme chez le Gorilla Gina. Les apophyses transverses de la première lombaire se distinguent par leur longueur et atteignent, dans leur extension transversale, presque l'angle de la dernière côte. La crête iliaque de ce Gorille prétendu nouveau est plus convexe, la tubérosité ischiatique un peu plus nettement délimitée, le col du fémur plus oblique, le calcanéum plus grêle, son crochet inférieur plus courbé. La-clavicule est plus courte et moins courbée ; l'omoplate est plus bombé, au voisinage de son bord interne ; son bord externe se montre très nettement concave, tandis qu'il est très convexe chez le Gorilla Gina. L'acromion est plus fort à sa base. La fosse olécrânienne de l'humérus est perforée (p. 52). Les os de Pavantbras et de la main, de la jambe et du pied sont plus grêles ; leurs saillies et leurs rugosités sont moins prononcées. La dimension moindre des membres antérieurs et postérieurs est en rapport avec la petitesse relative de la tête. La coloration grise et brune sur le tronc, noire aux membres, avec des parties rouges sur la tète et rougeâtres dans la région pubienne, ne diffère pas essentiellement de celle que divers auteurs avaient décrite auparavant, très superficiellement, même d'après des peaux réparées artificiellement. Mais le pelage se distingue essentiellement par une différence très nette entre la coloration brune du ventre et la coloration grise du dos, par la teinte rougeâtre des poils du pubis, en outre par une production de poils abondants sur les joues et le menton, où ils forment un collier touffu. La principale différence consiste, d'après nos auteurs, en ce que tout le dos est revêtu de longs poils serrés, tandis que, chez les autres Gorilles, cette région est nue ou recouverte seulement de poils courts et usés. Ils en concluent que cette espèce nouvelle pour eux et appelée par eux Gorilla Manyema, du nom du chef nigritien cité plus haut, n'a pas autant que le Gorilla Gina l'habitude d'appuyer le dos contre les arbres, mais est à proprement parler arboricole, ce qui signifie que ce singe passerait sa vie sur les arbres mêmes (1).

Je dois avouer que, si j'avais voulu tenir compte de toutes les différences individuelles des crânes et des squelettes des Gorilles de même âge environ et du même sexe, que j'ai eu l'occasion d'examiner, j'aurais pu établir peut-être une demi-douzaine d'es-

(i) Bulletin de la Société zooloyique de France, 1877, p. 1.

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