‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 82 sur 115 · LE GORILLE · texte numérisé non relu

LE GORILLE

pèces de Gorilles ou même davantage. J'ai trouvé des différences de ce genre aussi bien chez des individus mâles que chez des femelles de même âge et je les ai décrites avec détail dans mon travail ostéologique sur le Gorille. Je ne puis m'empècher d'admettre le caractère purement individuel de ces différences. Bien des choses dans la description d'Alix et Bouvier, telles, par exemple, que les indications touchant la petitesse relative de la tête, la gracilité et la surface lisse des os des membres, me semblent directement imputables au jeune âge du spécimen de Manyema. Des gens peu compétents pourraient bien être frappés de l'assertion touchant la brièveté des apophyses épineuses des premières vertèbres cervicales de l'exemplaire envoyé de Landana. Mais les trois premières cervicales des Gorilles ordinaires n'ont également que des apophyses épineuses peu élevées (fig. 17). Des différences individuelles et sexuelles, dans le développement en hauteur des apophyses épineuses cervicales, s'observent non seulement chez les* Gorilles, mais aussi chez des Chimpanzés et même chez l'homme. Je tiens pour fort risqué de vouloir fonder uniquement, ou même principalement, sur cette particularité un caractère distinctif spécifique. Enfin les indications sur la couleur du poil de cette espèce, supposée nouvelle, me semblent peu dignes de considération. Je me suis étendu davantage plus haut (p. 23) sur les nombreuses différences individuelles qu'on observe dans la coloration du poil de différents spécimens de Gorilles. J'ai également vu des poils longs, serrés, et non pas toujours des poils courts, rares, usés, sur le dos do beaucoup de Gorilles des deux sexes. L'état décrit par Alix et Bouvier pourrait être rapporté plutôt à une peau très vieille et teigneuse, ou à celles d'individus jeunes atteints par une forme de gale très répandue en Afrique. Tout Gorille aime à se frotter de temps en temps le dos contre un tronc d'arbre et s'y appuie très volontiers. Le Chimpanzé fait de même. Beaucoup d'autres mammifères, le Chat, le Lion, le Sanglier, le Cerf, l'Eléphant, etc., le font également. L'homme même ne dédaigne pas, dans certaines circonstances, de prendre une attitude semblable. Aussi longtemps que nous n'aurons pas de preuves plus convaincantes de la spécificité du Gorilla Manyema Alix et Bouvier , je préférerai laisser cette espèce en litige.

Je me sens moins sûr de moi, je l'avoue franchement, quand il s'agit de décider si. l'on doit admettre une ou plusieurs espèces de Chimpanzés. J'ai toujours considéré, comme forme, en quelque sorte typique, du Troglodytes niger, l'animal que j'ai pris dans le livre II pour point de départ de toute ma description. Les

Chimpanzés, qui nous arrivent d'ordinaire de la côte occidentale de l'Afrique, appartiennent à ce type. Ces animaux ont une face modérément prognathe, une tète le plus souvent arrondie, même chez le mâle vieux, et de grandes oreilles, ayant à peu près la forme représentée dans la figure 6, avec une coloration carnée terne de la peau et un revêtement pileux noir. Le Pseudanthropos (Troglodytes) leucoprymnus, de Reichenbach(l),n , a été établi que d'après le revêtement de poils blanchâtres autour de l'anus, qui existent chez tous les véritables Chimpanzés et n'ont par conséquent aucune valeur spécifique. Lainier, conservateur au musée du Havre, a fait dessiner un grand Chimpanzé (peut-être mâle), d'après une peau détériorée ; mais cette figure ne donne pas une idée complètement nette de l'aspect extérieur de cet aminal (2). Le Troglodytes vcllerosus Gray des montagnes de Camérone (3) ne permet pas davantage de savoir exactement à quoi s'en tenir. Les indications de Duvernay sur le Troglodytes Tschêgo, une espèce indiquée comme nouvelle, se rapportent à un exemplaire mâle vieux d'une forme encore douteuse.

D'après les matériaux rapportés en Amérique par Du Chaillu, Jeflries Wyman a essayé d'établir encore deux autres espèces de singes anthropoïdes, le Nschego-Mbouwé (Troglodytes calcus) et le Koulo-Kamba (Troglodytes Koolo-Kamba). J'ai vainement cherché à trouver, dans lés descriptions prises pour base, une explication suffisante pour légitimer ces deux espèces données comme nouvelles. Les figures qui accompagnent le texte ne font malheureusement qu'embrouiller encore davantage la question. Celle du Nschego-Mbouwé est faite d'après la peau très mal bourrée d'un Chimpanzé, celle du Koolo-Kamba d'après une femelle de Gorille. Cependant de tout cela il résulte que nous sommes en présence de caractères qui diffèrent beaucoup, peut-être même spécifiquement, de ceux du Chimpanzé typique.

La Mafuca (souvent appelée à tort Mafoca) du Jardin zoologique de Dresde, originaire de la côte du Loango, et dont il a été si souvent question en 1875 et 1876, était un animal excessivement sauvage, d'une taille de l m 20. Par sa face prognathe, la petitesse de ses oreilles, insérées très haut et écartées de la tête, par le puissant développement des arcades sus-orbitaires, la largeur du bout du nez, l'existence de bourrelets adipeux aux joues, sa robuste stature, ses hanches effacées, son abdomen affaissé, la

(1) Die vollstandigste Naturgeschichte der Affen (Leipzig und Dresden), p. 191.

(2) Chenu, Encyclopédie d'Histoire naturelle : Quadrumanes, p. 34.

(3) Catalogue of Monkeys, Lemurs and Fruit-Eating-Bats in the British Muséum (London, 1870), Appendix, p. 127.

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