LE CHIMPANZÉ ET SES VARIÉTÉS
seur courageux et en général bon observateur de la nature, Koppenfels n'était pas zoologiste et a pu se tromper au sujet des animaux qu'il avait tués. Mais cela n'infirme en aucune façon la possibilité de l'existence de semblables produits de croisement. Meyer sera bien forcé de se convaincre que beaucoup de personnes ne prendront jamais au sérieux la phrase où il dit : c Ce serait se battre contre des moulins à vent, c'est-à-dire soulever des difficultés où il n'en existe pas, que de vouloir s'-arrêter à cette question d'hybridité. »
Admettons que les trophées de chasse de Koppenfels soient de simples Chimpanzés, il n'en est pas moins très intéressant d'apprendre que ce chasseur a trouvé ces animaux vivant en compagnie avec des Gorilles. Espérons que dans l'avenir des voyageurs compétents prendront la peine de consacrer toute leur attention à cette question (1).
Le Chimpanzé femelle, Paulina, amené, fin juin 1876, de Chinchoxo à Berlin, par Falkenstein (Expédition de Gussfeld auLoango), présentait une physionomie très différente de celle qu'ont d'habitude les Chimpanzés. Les différences existent surtout dans les oreilles très écartées de la tête, les arcades orbitaires proéminentes (2), le nez plus large, la couleur foncée de la peau, qui tirait fortement sur le bistre, etc. J'ai vu plusieurs Chimpanzés, les uns vivants, les autres morts, qui présentaient plus ou moins nettement ces caractères de la Paulina. Je n'aurais rien à objecter si l'on voulait élever ces individus au rang de représentants d'une variété distincte. Je conseillerais seulement de donner à tout hasard à cette variété le nom spécifique de Troglodytes Koolo- Kamba (p. 164), de Du Chaillu et Wyman. Malheureusement ce nom est encore assez mal fondé.
Certaines gens, pour la plupart peu autorisés, ont cherché à faire croire que la Paulina était le portrait ressemblant de la Mafuca. En réalité il y avait une différence considérable dans l'aspect de ces deux animaux. Pour beaucoup de naturalistes, ainsi que pour moi, Mafuca demeure une énigme jusqu'à nouvel ordre. Nous laissons à d'autres le soin de la résoudre par quelques phrases sonores. Paulina, au contraire, et les animaux qui lui ressemblent rappellent par beaucoup de traits la figure publiée par Gratiolet et Attx, de leur Troglodytes Aubryi, bien que cette figure ne soit que la contrefaçon de l'exemplaire disséqué par les naturalistes français. Il était en effet dépourvu de poils par suite
(1) Pour plus de détails, voy. Hartmann, Der Gorilla, p. 148-154.
(2) Hartmann, Der Gorilla, fig. n» VI, p. 25.
d'une macération prolongée dans un mauvais liquide conservateur. Le revêtement pileux et l'absence de poils déterminent précisément, chez les spécimens de ces animaux, des différences extérieures considérables ; mais, malgré cela, j'en reviens toujours à croire à une ressemblance de la Paulina et consorts avec le Chimpanzé d'Aubry.
Les formes de Chimpanzés mentionnées ici (Paulina et Troglodytes Aubryi), qui présentent certaines particularités de la conformation extérieure, rappellent aussi le bam du pays des Niams-Niams de l'Afrique centrale, découvert, peut-être d'abord par A. de Malzac et caractérisé ensuite plus exactement par Schweinfurth.
Dans l'Histoire naturelle de Cassell (1), P.-M. Duncan a décrit et figuré le Nschego-Mbouwé (Troglodytes Tschego Duvern. y Troglodytes calcus Du Chaillu et I. Wymari), dont le profil, dessiné malheureusement simplement d'après un exemplaire empaillé, rappelle, d'une manière frappante (à part le nez très ratatiné) et par maint caractère, le profil de la Mafuca. Le même ouvrage donne la figure du Koolo-Kamba, comme une espèce distincte d'anthropoïde (identifiée dans la légende systématique avec le Troglodytes Aubryi sous le nom de Troglodytes Koolo-Kamba). Cette figure représente un tronc de Chimpanzé de l'espèce ordinaire sur lequel on a placé, vue de face, la tête du Chimpanzé d'Aubry, publiée par Gratiolet et Alix. Quel parti la science honnête peut-elle tirer d'un semblable gâchis? La Mafuca fut finalement érigée par Brehm au rang de représentant de l'espèce déjà établie par Duvernay sous le nom de Troglodytes (Andropithccus) Tschego (2). Ph.-L. Martin admet également cette opinion (3). Ce dernier remarque que ce singe ne peut être classé ni avec le Chimpanzé, ni avec le Gorille. Martin expose en outre les ' raisons qui lui font émettre cet avis (4).
C'est à mes yeux une tâche très difficile que d'établir s'il faut se décider à admettre une seule ou plusieurs espèces de Chimpanzés. Les faits tels qu'ils se présentent actuellement m'ont affermi dans la conviction qu'on ne peut établir qu'une classification prociso ire de ces animaux. C'est pourquoi je proposerais volontiers de reconnaître les variétés suivantes, qui accusent une certaine constance : 1° L'ancien représentant véritable de l'espèce (Troglodytes niger E. Geoff. S*-HiL). Il a la tête arrondie, les
(1) Natural History (London), I, 39.
(2) Thierleben. H, 80, 81.
(3) Illustrirte Naturgeschichte des Thierreiehs (Leipzig, 1880), I, 11.
(4) Pour plus de détails dans Hartmann, Der Gorilla, p. 156.