LE CHIMPANZÉ ET SES VARIÉTÉS
arcades orbitaires plus fortement développées chez le mâle que chez la femelle ; la face n'est pas très prognathe ; l'angle facial égale 70° ; les oreilles sont grandes, hautes de 75 à 78 mm ; la taille varie de 1,100 à l,300 mm . Le visage, les mains et les pieds ont une coloration carnée terne. Rarement on observe une couleur fondamentale brun noirâtre ou bigarrée de ces parties du corps. Le pelage est noir ou plus rarement noir avec un reflet brun rouge. 2° Une seconde variété, le Bam ou Mandjaruma (Troglodytes niger oarietas Schwcinfurthii Gigliolï). Elle présente une tête allongée, des arcades orbitaires peu prononcées, un nez large, une lèvre supérieure un peu moins haute que dans la variété précédente, des oreilles un peu plus petites et un angle facial de 60°. Les membres de cette variété, contrairement â ceux de l'autre, qui est plus trapue, sont plus grêles, mais néanmoins puissamment développés. La peau, couleur de chair terne dans le jeune âge, devient brun rouge terne, brun noir ou noirâtre à mesure que le corps se développe. Le pelage est nuancé de noir et de rouge brun ou de noir brunâtre, quelquefois même brun rougeâtre avec pointes de poils jaune fauve ou gris jaunâtre, surtout dans le dos. A cette variété appartiennent le Mandjaruma, figuré par Issel, la Paulina du Loango, figurée d'après une photographie dans mon ouvrage ostéologique sur le Gorille (1) ; de plus le Troglodytes Aubryi (?) et des animaux tels que ceux dont j'ai publié les portraits photographiques dans Archio fur Anatomic, etc. (2) . On pourrait main tenant discuter pour savoir si l'on doit admettre ou non une autre espèce anthropoïde intermédiaire au Gorille et au Chimpanzé. On devrait peut-être considérer comme telle le Troglodytes Koolo-Kamba, de Du Chaillu, le Troglodytes Tschego, de Duvernay (?), le grand singe (empaillé) du Musée du Havre (p. 200), ceux dont j'ai représenté les têtes dans Zeitschrift fur Ethnologie, 1876, p. 121 et dans Archio fur Anatomie, 1875, pi. VII, fîg. 1, peut-être aussi Mafuca et le singe découvert par Livingstone, à Manyema (3). Le nom de Troglodytes Tschego, de Duvernay, ne me semble pas très convenable, parce que, dans l'Afrique occidentale, ce nom spécifique latinisé sert à désigner le Chimpanzé en général. Néanmoins cette désignation pourrait être conservée dans la science à défaut d'une
(1) Der Gorilla, fig. VI, p. 25. Dans la légende de cette belle figure on a mis par erreur mâle au lieu de femelle (p. 204).
(2) Jahrgang 1876, pi. VII, fig. 2, 4.
(3) Livingstone, The last journal in Central Africa, from 1865 to his death by H. Waller (London, 1874), II, 52-55. Traduit en allemand par Boyes (Hambourg, 1875).
autre meilleure, pour le cas où, disposant de matériaux plus abondants, on arriverait à démontrer effectivement l'existence d'une semblable espèce autonome.
En ce qui concerne l'Orang, l'unité spécifique n'est également pas encore sûrement établie. Les Malais de sa patrie admettent différentes formes de cet animal, appelé par eux Meias d'une manière générale. On est vraiment déconcerté lorsqu'on passe en revue les descriptions qui ont cours, parmi ces gens, sur les prétendues formes d'Orangs. On se sent alors tenté de croire à des différences spécifiques, d'autant plus que certains zoologistes mêmes, entre autres Brûhl, se sont décidés à admettre l'existence d'au moins deux espèces. Wallace, qui connaît si bien les Orangs, se tait sur ce point dans son ouvrage sur l'Archipel Malais. Cependant il semble ressortir de toutes ses descriptions qu'il penche pour ne reconnaître qu'une seule espèce de ces singes. Peut-être en existe-t-il cependant des variétés constantes, localisées même ; et plutôt que de se renfermer dans des négations péremptoires, qui ne mènent à aucun résultat sérieux, il vaut mieux attendre que ces variétés soient bien établies.
Pour les Gibbons, la question de la diversité spécifique est, comme on sait, tranchée depuis longtemps (Voy. ci-dessus p. 35).