I. — LES GORILLES
Le Gorille habite les régions boisées de l'Afrique occidentale, à peu près entre le 2 e degré de latitude nord et le 5° degré de latitude sud, entre les 6 e degré et 16 e degré environ de longitude est de Greenwich. Sa principale aire d'extension, dans la partie septentrionale de cette région du continent africain, se trouve dans les bassins du Gabon, de l'Ogowé et du Danger. Ford dit que ce singe habite principalement la chaîne de montagnes qui, à environ 100 milles anglais des côtes de la Guinée, s'étend entre le Camerone et Angola, sous le nom de Serra do Cristal. Autrefois on ne le trouvait, dit-on, qu'aux sources du Danger (Mouni, Mooney). Mais au temps de Ford (vers 1851) on pouvait le rencontrer à une demi-journée de l'embouchure de ce fleuve. En 1851 et 1852 ces animaux séjournèrent en grand nombre tout au bord de la mer, chassés probablement de l'intérieur du pays par le manque d'aliments. A cette époque on s'en procura en quelques mois quatre spécimens. Ils disparurent ensuite de nouveau complètement du voisinage de la côte, à tel point qu'un capitaine dé vaisseau américain offrit 6,000 dollars pour un spécimen vivant sans pouvoir se le procurer. Selon H. von Koppenfels, le Gorille habite la région située entre l'embouchure du Mouni et celle du Congo.
Sur la côte du Loango, cet animal est rare, d'après Peschuel Lœsche. Il se tient là dans les forêts des montagnes ou dans les régions qui précèdent immédiatement celles-ci. Il y a quelques dizaines d'années environ, on en rencontrait encore des individus isolés près de l'embouchure du Lemme et du Kuilu (Quillou), ainsi que dans les gorges du plateau de Buala ; actuellement c'est seulement au Banya qu'on les voit s'avancer jusqu'à la côte, et notre reporter croit aussi avoir entendu un jour la voix du Gorille retentir dans cette région. Personnellement ni lui, ni Falkenstein, ni Gûssfeldt n'ont vu cet animal à l'état sauvage (1). Le spécimen apporté en 1876 à Berlin par nos voyageurs (fîg. 3, 4) avait été donné à Falkenstein, au mois d'octobre 1875, à Ponte-Negra, sur la côte du Loango, par un négociant portugais, nommé Laurentino Antonio dos Santos. Cet animal, encore très jeune, avait été apporté quelques jours auparavant, des régions du Quillou, par un nègre, qui avait tué la mère d'un coup de fusil (2).
D'après les informations antérieures d'Owen, le pays habité de préférence par les Gorilles, dans le bassin du Gabon, présente une alternance agréable de collines et de vallées. Les hauteurs y sont couvertes de grands et beaux arbres; les vallées regorgent d'herbes et de broussailles disséminées. Il y existe un certain nombre d'arbres et d'arbustes, dont les fruits ne sont pas, il est vrai, tous alimentaires pour les indigènes, mais au contraire recherchés avidement par les Gorilles. Ceux-ci choisissent de préférence les fruits des végétaux suivants : 1° du palmier à huile (Elœis guineensis), auquel ils enlèvent d'ailleurs aussi les feuilles non encore développées, formant le chou dit palmiste ; 2° d'un prunier, Gray plum-tree (Parinarium excelsum), qui porte une drupe farineuse, insipide ; 3° du papayer (Carica Papaya) ; 4° des bananiers (Musa paradisiaca, M. sapientum) ; 5° de deux scitaminées (Amomum granum paradisi s. Afzclii, A. malagiictta), dont la dernière fournit, d'après Lindley, le poivre dit maniguette; 6° de Y Amomum grandijlorum; 7° d'un arbre qui produit un fruit semblable à la noix, dont le Gorille brise la coque à l'aide d'une pierre. Cet arbre est probablement une sterculiacée, analogue à celle qui fournit la noix de goura ; 8° d'un autre arbre indéterminé et encore mal connu des botanistes, à fruit semblable à la cerise. Du C liai 1 lu dit que l'animal est aussi très friand de canne à sucre et d'ananas sauvages. Bien qu'il se tienne d'habitude loin des habitations de l'homme, il dévalise parfois cependant les champs de
(1) Die Loango-Expedition (Leipzig, 1882), Abth. III, Heft I, p. 248.
(2) Die Lx>ango-Expedition t Abth. II, p. 150.