‹ Les singes anthropoïdes et leur organisation comparée à celle de l'hommeChapitre 94 sur 115 · LA PATRIE DE L ORANG · texte numérisé non relu

LA PATRIE DE L ORANG

devient sec, montueux et se recouvre de petits îlots de forêts vierges et de jungles, dans les endroits autrefois cultivés par des Malais et des Da yacks.

Fîg. 63. — Orang-Outan grimpant, vu par derrière.

A Sumatra, l'Orang est plus rare qu'à Bornéo. On dit qu'il y existe, principalement dans les régions au nord-est de Siak et d'Atjin. Selon Rosonberg, on ne le rencontre ici que dans les forêts basses et marécageuses du littoral, au nord de Tapanopoli,

jusqu'à Singkel, dans des taillis, qui, grâce à leur inaccessibilité, ne sont foulés que rarement par le pied de l'homme (1).

Le Chimpanzé ne dédaigne pas non plus les forêts marécageuses touffues, tandis que le Gorille préfère les plateaux (pourvu qu'ils ne soient pas trop secs).

D'après Wallace, les Orangs ne se trouvent bien que dans les forêts vierges, s'étendant au loin sans discontinuité, et formées d'arbres ayant à peu près tous la même hauteur. Ces forêts sont pour eux un domaine dans lequel ils peuvent circuler librement dans toutes les directions, avec la même aisance que l'Indien dans la prairie ou l'Arabe dans le désert ; ils passent de la cime d'un arbre à celle d'un autre, sans jamais descendre à terre. Les contrées élevées et sèches sont visitées davantage par les hommes, présentent plus d'éclaircies , envahies par des végétaux peu élevés, qui ne conviennent pas pour le mode de locomotion particulier de ces animaux. Ils y seraient exposés à plus de dangers et se verraient plus souvent forcés de descendre à terre. Il existe probablement aussi, dans la contrée habitée par l'Orang-Outan, une grande quantité de fruits très variés, car les collines, formant des sortes d'îlots au milieu de plaines marécageuses, sont couvertes de jardins et de grandes cultures, dans lesquelles les arbres des plateaux se développent fort bien (2).

C'est, d'après Wallace, un spectacle singulier et intéressant que de voir un Orang cheminer lentement à travers la forêt. Il s'avance avec circonspection sur une grosse branche , en se tenant à demi redressé, car il est forcé de prendre cette attitude à cause de la grande longueur de ses bras et de la brièveté de ses jambes. Il paraît toujours choisir des arbres dont les branches s'entrelacent avec celles d'un arbre voisin ; lorsqu'il est près de ces dernières, il étend ses longs bras, saisit les branches en question des deux mains, semble essayer leur solidité et s'élance ensuite prudemment sur la grosse branche la plus voisine, sur laquelle il continue d'avancer de la même manière. La figure ci-contre, gravée d'après

(1) Der Malayische Archipel. Edition allemande. Leipzig, 1378, p. 100.

(2) Le manuscrit de ce volume était achevé, lorsque j'eus entre les mains l'ouvrage de O. Mohnike, intitulé : Blieke auf das Pjlanzen-und Thierleben in den indisehen Maluienlandern (Munster, 1883). L'auteur qui a été pendant plusieurs années médecin et employé dans l'administration de l'Institut médical des Indes orientales néerlandaises, nous fournit quelques renseignements trôs intéressants sur l'Orang-Outan. Ce singe n'existe, paraît-il, que dans la partie septentrionale de Sumatra et il est plus abondant le long des côtes occidentales que le long des côtes orientales. On le rencontre rarement et toujours isolé. Les D a yacks (de Bornéo) aiment beaucoup sa chair et le tuent, surtout dans l'intérieur de 4'ile, avec des flèches empoisonnées , lancées à l'aide de sarbacanes. Ils retranchent ensuite soigneusement les parties blessées.

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