‹ Les sires de CoucyChapitre 10 sur 14 · Histoine clfis ducs de Bourgogne · texte numérisé non relu

Histoine clfis ducs de Bourgogne

SIO LES SIRES DE GOUCY

OÙ je t'attendrai, un cheval rapide et des armes légères ; ne perds pas un instant, car j'entends les clairons de Tennemi et je vois briller ses armes dans les tourbillons* de poussière qu'il soulève.

• Habitué à une obéissance passive, Yves de Troly regagna en toute hâte le camp, s'acquitta de sa commission, et ne fut pas peu surpris de voir qu'en un clin d'œil les deux chevaliers auxquels son maître l'avait envoyé eurent rassemblé cinq cents lances et cinq cents arbalétriess, qui, sans doute, n'attendaient qu'un signal pour se mettre en marche. Cette petite troupe quitta silencieusement le camp ; et, comme c'était l'heure du dîner, ni le comte de Ne vers, ni l'amiral, ni le comte d'Eu, connétable, et commandant effectif de l'armée, ne s'aperçurent de ce mouvement. On ne tarda pas à rejoindre le sire de Goucy, et celui-ci, avec l'habileté qui lui était ordinaire, embusqua sa troupe dans le lieu le plus favorable pour ses desseins. Les Turcs, pleins d'espoir de surprendre les chrétiens, commencèrent à défiler devant l'embuscade qu'ils ne soupçonnaient pas. Le sire de Coucy laissa passer la cavalerie ; mais, quand il vit arriver une masse compacte de fantassins, mal armés pour la plupart, qui ne pouvaient lui opposer qu'une vaine résistance, il dit aux sires de Roye et deSaimpy :

— Allons voir quelles gens ce sont !

Et, rapide comme la foudre, il fondit sur les mécréants. D'après les récits les plus authentiques, quinze mille Sarrasins mordirent la poussière, et le reste fut fait prisonnier. Certes, ce fut un grand honneur au sire de Coucy d'avoir si habilement conduit cette affaire. Les acclamations de l'armée entière le saluèrent avec enthousiasme, lorsqu'il rentra au camp

et s'en alla rendre compte de sa victoire au comte de Nevers. Au fond du cœur, ce dernier en était joyeux et reconnaissant ; mais près du jeune prince le coupétable s'irritait de n'avoir pas eu sa part de gloire et de butin. Le maréchal de Boucicaut éleva également la voix pour reprocher au sire de Goucy d'avoir compromis l'armée dans une entreprise téméraire. Le comte d'Eu, plein de dépit de ce qu'Enguerrand, sans être prince ni chef de l'armée, eût la confiance et l'amour de tous, tant Français qu'étrangers, s'éqsia enfin que le vainqueur avait manqué à tous ses devoirs en ne prenant pas les ordres du comte de Nevers. Ainsi s'augmentait la discorde.

— Messires, dit avec noblesse Enguerrand, il se peut que j'aie manqué aux règles de la discipline militaire, mais monseigneur le connétable, ainsi que notre vaillant commandant, étaient trop éloignés du lieu du combat pour y arriver en temps opportun. Les gens que j'ai employés sont de mes vassaux ; la bannière de Coucy a seule été levée en cette rencontre, de sorte que ni la sûreté ni l'honneur de l'armée n'a couru de périls. D'ailleurs je suis maréchal de France, lieutenant-général du rgi, et si l'on m'accorde quelque expérience des affaires de la guerre, on pensera que j'ai sagement fait. J'ai sauvé l'armée, car si le repas d'aujourd'hui eût duré autant que celui d'hier et que je n'eusse pas arrêté l'ennemi, Bajazet pouvait»vous faire tous prisonniers quand vous aviez la bouche pleine *. Me voici, messeigneurs, prêt à rendre compte, devant le conseil de guerre, du crime que j'ai commis d'oc-

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