‹ Les sires de CoucyChapitre 6 sur 14 · M. de Barante · texte numérisé non relu

M. de Barante

conférer. Enfin fut donnée la célèbre bataille de Rosbecque. Après avoir rempli le devoir d'un chef expérimenté, Enguerrand se battit comme un soldat ; la noblesse française fit des prodiges de valeur qui électrisèrent les troupes : l'ennemi fut mis dans une déroute complète ; quarante mille hommes environ périrent, le reste prit la fuite, poursuivi par le sire d'Albret et le sire de Coucy, qui ne cessaient d*en tuer pour les empêcher de se rallier.

Après cette victoire (1383), le roi retourna à Paris; mais, avant d'y entrer, il ^'arrêta au Bourget, sur Tavis qu'il eut que les habitants de la capitale étaient sortis en armes au nombre de vingt mille ; il envoya vers eux le connétable et le sire de Coucy pour leur demander dans quelles intentions ils sortaient ainsi armés; les Parisiens répondirent qu'ils n'avaient aucune mauvaise intention et que c'était seulement pour montrer au roi la force de sa capitale. Glisson et Enguerrand engagèrent ces vingt mille hommes à se retirer chez eux, et Charles VI put entrer à Paris. Mais le sire de Coucy, peu confiant dans les Parisiens, fit dépendre les quatre principales portes de la ville, détendre les chaînes des rues, et les fit porter au palais ; puis chacun vint déposer $es armes, qu'il envoya à Vincennes; les plus riches habitants furent taxés à quatre cent mille livres.

A quelque temps de là, la guerre se ralluma en Flandre. Le roi rassembla encore à Arras une armée de cent mille hommes, et tandis qu'il prenait Cassel, Enguerrand de Coucy, à la tête de l'avant-garde, se porta veips Bergues et prit cette ville, où s'étaient retranchés les Anglais; « et là fut le sire de Coucy, et ses états vu et recommandé. Car il avait coursiers pâ-

rez et armez et goussures des anciennes armes de Couoy, et aussi de celles qu'il portait pour lors, étant bien en main^ maniant son coursier à Tun et l'autre côté, bien dextrement, lui avenant fort bien tout ce qu'il faisait. Et tous ceux qui le voyaient le prisaient pour les grâces et vertus qui reluisaient en lui, tant pour sa grande sagesse et prudence, ou son éloquence et riche parler, que pour ses vaillances et faits généreux de force et de magnanimité incroyable, dont il était admirable à tous ^ »

A peiné revenu de Flandre, Enguerrand, à la tête de quinze mille hommes, passa en Italie pour aider le duc d'Anjou, adopté parla reine Jeanne deNaples, à prendre possession de ce royaume dont Charles die Duras s'était emparé ; le sire de Coucy prend la ville d'Arezzo, et allait s'y fortifier, quand la nouvelle de la mort du duc d'Anjou rend sa victoire inutile. Il revient en France, et le roi lui donne la charge de grand-bouteil- 1er de France,* devenue vacante par la mort du comte de Saarbruck. Charles VI lui commet en même temps la garde et la défense des frontières du royaume vers l'Auvergne et le Limousin, et entre la Dordogne et la mer. En 1386, le conseil de régence décide qu'une expédition sera faite en Angleterre pour attaquer au cœurmême cette puissance, éternelle et implacable ennemie delà France. Le sire de Coucy est désigné pour commander l'armée de concert avec le maréchal de Sancerre. L'amiral de Vienne devait partir de son côté pour attaquer^les Anglais parla frontière d'Ecosse, ce royaume ouvrant ses ports aux vaisseaux français.

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