‹ Les six barons de SeptfontainesChapitre 4 sur 9 · PAR UN TEMPS GRIS · texte numérisé non relu

PAR UN TEMPS GRIS

Ce grand événement secoua la torpeur de la paix pratelloise.

Le soir même, M mc des Furens, cette dame qui sortait de Saint-Urbain avec sa fille, au moment où M 110 de Galardy avait débouché de la rue du Fil-Tordu, se rendit chez le curé de Saint-Isolin qui était le plus important parmi les membres du clergé de Prelles.

— Àvez-vous appris? — Je sais tout, je l'ai vue! — C'est un scandale. — Il faut s'interposer. — Quel exemple pour nos filles ! — M me de Souzeau, qui est la parente de M. de Galardy, est impardonnable, depuis le temps que cette malheureuse Gabrielle fait des folies, de ne pas avoir essayé de la redresser et de l'arrêter. — M mo Rosanat, qui est leur amie intime, a eu le tort de son côté de toujours rire et s'amuser des drôleries de M lU de Galardy. — Mais cette fois/ elle a passé les bornes. — Tâchons de sauver cette jeune fille, s'il en est temps encore. — Que ferons-nous? — Il faut obliger d'abord M" £e Souzeau et M B0 Rosanat à agir énergiqueraent.

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Pendant que M me des Furens et M. le curé de Saint-Isolin commençaient à débattre leur plan de campagne, arriva la comtesse du Bousson, qui était la personne dont la calèche suivait la rue aux Moutons, lorsque Gabrielle de Galardy avait passé dans cette rue.

— Je viens de chez vous, dit-elle à M me des Furens, et quand on m'a appris que vous étiez chez M. le curé, je n'ai pas hésité à accourir pour vous y retrouver, espérant que la sagesse et la haute expérience de notre cher et vénéré pasteur nous guideront dans cette circonstance où il est nécessaire de ne pas perdre un instant.

Il fut décidé qu'on sommerait M me de Souzeau etM me Rosanat de chapitrer et morigéner M. de Galardy et sa fille, et que si ces deux dames continuaient à montrer la mollesse qu'on leur connaissait depuis .longtemps, on ferait soi-même l'exécution, car il n'était question de rien moins que de rejeter M IIe de Galardy et son père hors de toutes relations, s'ils n'obéissaient pas aux injonctions de bpnn,e tenue d'un côté, de surveillance de l'autre, qu'on leur adresserait au nom de la haute société affligée et révoltée.

Dès le lendemain matin, il vint plusieurs dames causer du même sujet, soit chez M me des Furens*. soit chpz M me du Bousson, si bien que la pelote se fit. dans la journée et qu'elles se trouvèrent trais, puis quatre, pour se rendre auprès de M"" deSou-r zeau. A M me des Furens et à M me du Bousson se

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joignirent M me de Breskris et M me Marty, persoimes des plus considérables dans Prelles. La calèche de la comtesse emmena cette délégation toute en rubans, en voiles, en étoffes violettes, bleues et réséda, faisant grand étalage, aux SoupÏTS, ainsi que s'appelait la propriété des Souzeau, sise à nne demi-lieue de la ville.

La sévérité des figures, l'animation des gestes, le son perçant et précipité des voix, les objurgations et les reproches ne laissèrent pas de mettre M me de Souzeau quelque peu sens dessus dessous. Elle se débattit beaucoup.

— fai constamment fait des représentations à Gabrielle, dit-elle. Mais le peu d'influence que j'aurais exercé était combattu par les complaisances de M me Rosanat, qui n'a guère de bon sens, et à qui ses manies de poète ne font pas yoir juste dans les choses de la vie. C'est elle qui a toujours encouragé, sinon directement, du moins indirectement, les tendances dé Gabrielle. Et puis, il faut le reconnaître, il y a encore deux coupables dans cette affaire.

" — Lesquels donc? s'écria-t-on avec des mines qui indiquaient l'intention formelle de rabrouer ces coupables.

— La destinée et M. de Galardy, dit M™* de Souzeau.

Par leurs mouvements de tète, les quatre dames montrèrent que le moment n'était point opportun pour faire de l'esprit.

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