‹ Les six barons de SeptfontainesChapitre 5 sur 9 · G A BRI ELLE DE GALARDY · texte numérisé non relu

G A BRI ELLE DE GALARDY

— Gabrielle a perdu sa mère à l'âge de huit ans, ce qui a été un grand malheur pour elle. Les hommes restés veufs avec des filles trop jeunes ne s'entendent point précisément à élever celles-ci, dit M me de Souzeau.

— Mais elle a eu des gouvernantes.

— Elle a eu une gouvernante, mais quelle gouvernante! Qui lui laissait faire tout ce qu'elle voulait, et qui avait l'air d'en avoir peur. Quant à M. de Galardy, vous le savez, c'est une tête à l'évent! C'est comme une espèce d'alchimiste. lia été absorbé toute sa vie par ses entreprises de grande culture et d'industrie, ses machines, ses essais, ses expériences.

Depuis des années il part de Galardy à six heures du matin et n'y rentre qu'à dix heures du soir. Jl est toujours au milieu de ses bestiaux qui meurent, de ses blés qui ne poussent pas, de ses sucres qui ne bouillent pas et de ses betteraves qui ne mûrissent jamais. M. de Galardy, sans s'en apercevoir, a trouvé son compte aux habitudes décidées, masculines qu'a prises peu à peu sa fille. 11 en est arrivé à ne plus s'occuper d'elle, puisqu'elle ne paraissait pas avoir besoin qu'on s'en occupât.

Mieux elle montait à cheval, mieux elle conduisait un cabriolet, plus résolument elle courait le soir sur les chemins, et plus c'était commode pour lui.

— C'était à ses parents et à ses amis de prendre

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les soins et les précautions qu'il négligeait ou dont il ne comprenait pas la nécessité.

— J'ai voulu recueillir Gabrielle auprès de moi, mais ni elle ni son père n'ont eu confiance en mes lumières ou mon affection. J'ai toujours lutté contre les idées exaltées de Gabrielle, contre son mépris des convenances, mais M mt Rosanat était là, beaucoup plus forte que moi, paraît-il, beaucoup plus écoutée. M me Rosanat est poëtc!

« Gabrielle est si originale, si différente du commun des esprits ! Elle a un cœur si élevé, si chaleureux ! » Voilà ce que m'a toujours dit M mt Rosanat quand je me permettais de critiquer sa préférée. Et si quelqu'un peut obtenir audience à l'oreille de M. de Galardy ou.de sa tille, c'est elle!

— Eh bien, allons chez M mo Rosanat; accompagnez-nous, s'écria le chœur des dames.

M me de Souzeau fit atteler une seconde calèche où M me de Breslois monta avec elle, tandis que la comtesse gardait dans la sienne M me des Furens et M me Marty. Les deux voitures revinrent à Prelles et s'arrêtèrent devant la porte de l'habitation des Rosanat, non sans que ce cortège attirât l'attention des gens de la ville et ne leur inspirât des commentaires.

M. Rosanat était un antiquaire érudil, descendant d'une famille bourgeoise très-ancienne et trèscpnsidérée dans le pays, apparentée avec plusieurs maisons de la noblesse des environs. M mc Rosanat appartenait à lune de ces maisons. Jeune fille, il

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avait été un moment question de son mariage avec M. de Galardy. Diverses considérations empêchèrent cette union, mais une amitié sérieuse subsista toujours entre le père de Gabrielle et SP" Rosanat Elle était Fauteur de poésies qui avaient eu les honneurs de comptes rendus à Paris et qui ne manquaient point de mérite, reflétant l'esprit d'une personne tout en sensibilité, en vivacité d'impressions, en amour et en curiosité de ce qui sortait un peu de l'ordinaire ; d'ailleurs irréprochable de conduite, fort distinguée de ton, avec beaucoup de simplicité, de rondeur et d'abandon, enfin regardée comme une femme fort bonne et aimable, mais qui n'avait point de bon sens et ne gardait pas toujours assez de retenue dans ses idées et ses sentiments.

Les cinq dames lui tombèrent littéralement dessus :

— C'est vous qui êtes la cause des excentricités compromettantes de Gabrielle. — Oh ! certainement, au lieu de l'arrêter sur la pente, vous l'avez laissée aller. — Pourtant, c'était bien à vous de la guider. — Nous vous l'avons dit souvent, vous ne voyez pas la vie d'une façon assez pratique, assez positive, assez terre à terre, si vous voulez. — Dans l'intérêt de M. de Galardy et de Gabrielle, il faut les avertir. — Cette jeune fille court tous les risques. — Nous ne nous soucions pas que nos propres enfants aient de tels exemples sous les yeux. — Exemples qui sont d'un très-mauvais

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effet sur la petite bourgeoisie et sur le peuple. — On en rejetterait bien vite la responsabilité sur la bonne société tout entière. — M lle de Galardy doit renoncer à ses façons. — Si M. de Galardy ne veut pas s'y engager, nous ne les verrons plus. — C'est même une espèce d'amende honorable, de changement absolu qu'il faut exiger d'eux. — Vous avez contribué au mal, contribuez à le guérir !

— Mais, répliqua M me Rosanat fort émue de cet assaut, je n'ai jamais engagé Gabrielle à s'habiller en homme, je vous l'assure, ni à monter et conduire les chevaux, dont j'ai grand'peur. Je ne sais pas de quoi ni pourquoi l'on m'accuse. Je l'aime beaucoup, j'ai souvent causé avec elle, cherché à lui donner des distractions, mais aussi j'ai toujours cherché à la détourner de ses inclinations trop viriles, trop indépendantes.

Je né demande pas mieux que de reporter à son père et à elle l'expression de vos inquiétudes et de leur communiquer vos avis sur une tenue plus prudente... en prenant les précautions convenables, bien entendu...

— Mais non, il ne s'agit point de précautions. Il faut être nette et au besoin dure. C'est une racine à arracher. Si vous ne vous croyez pas capable de bien remplir la mission, nous nous en chargerons.

— Ces dames sont venues me faire des reproches, ajouta M me de Souzeau; je leur ait dit, ce qui est vrai, que vous étiez bien plus que moi en

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intimité avec les Galardy, et bien plus en état par conséquent de juger du bien à encourager ou du mal à redresser chez eux...

— Mais je n'ai jamais songé à m'arroger des droits sur la famille de Galardy. . .

— L'amitié donne des droits, reprit M me de Souzeau.

— Et il est grand temps de les exercer, dit M me du Bousson.

— Dans l'intérêt général, ajouta M me des Furens.

— Et dans l'intérêt particulier, dit M me Marty. — Je ferai, je dirai tout ce que l'on voudra,

répliqua M me Rosanat ; mais, vraiment, le meilleur remède, la meilleure barrière, ne serait-ce pafe un mariage? Il me semble qu'Henri et Gabrielle... dit-elle à M me de Souzeau.

— Oh ! répondit celle-ci en rougissant et en hésitant, il y a bien des alentours à examiner...

— Puisque l'on veut que je porte la parole et me charge des négociations, je parlerais bien de cette combinaison à Henri...

— Oh ! ne dévions pas, s'écria M me du Bousson, nous sommes venues vous prier de porter de notre part un...

— Un ultimatum, dit M me des Furens.

— Oui... à M. de Galardy et à sa fille. Et vraiment, si vous ne le faisiez pas, vous seriez responsable, à nos yeux, de...

— Mais je vous l'ai promis, je vous affirme que

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je le ferai, dit M me Rosanat d'un air désolé et un peu piqué.

— Les affaires de M. de Galardy sont en fort mauvais état, dit, lorsqu'on s'en alla, M* e de Souzeau à voix basse à M me Rosanat, comme en réponse à la proposition de mariage lancée par celle-ci.

— Qu'est-ce que cela fait ? exprima le visage de M me Rosanat, qui croyait à la suprématie du cœur en ce monde.

Cependant on ne savait pas encore tout dans la haute société de Prelles.

Il arriva que, le môme jour, « le jeune de Bres-^ lois » dit à Henri de Souzeau qu'il rencontra dans la rue Romaine :

— Je viens de me trouver au café Fourquet avec des officiers, avec Joséphin Grandjumeau et d'autres jeunes gens de son acabit, et ils ont raconté que M Ile de Galardy avait fait une déclaration à Tony Préval. Tu auras des détails, si tu veux, en allant ce soir au cercle, parce que le petit Grandjumeau compte s'y rendre pour débiter ses cancans.

Tandis qu'ils étaient ensemble, passa M. Marty qui s'arrêta avec eux d'un air de componction et même de consternation :

— Vous savez ce' qu'on dit? C'est à ne pas y croire.. k M II# de Galardy se jetant dans les bras d'un acteur... dans un endroit public... La haute société de Prelles est déshonorée... C'est un événement qu'on peut qualifier de terrible!... Je le tiens de M. Grandjumeau-Meynadier, le notaire,

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qui le tenait d'un capitaine du 703° qui a assisté à la scène ... M me Marty en sera cruellement affectée. -. Elle l'ignorait ce matin, car je sais qu'elle est partie pour aller causer avec M"" du Bousson et aussi probablement avec votre mère, Henri, du scandale des habits d'homme portés par M lle de Galardy... Mais ce second scandale surpasse tout ce qu'on peut imaginer.

— Ma mère, dit le jeune de Breslois, est allée également chez M" e des Furens, à propos de la promenade de M 119 de Galardy en habits masculins, mais ce matin elle ne connaissait pas encore le reste de l'histoire, elle non plus. Je viens de l'apprendre moi-même, il n'y a qu'une demi-heure, par le jeune Grandjumeau-la-Fève...

— C'est un grave événement, jeunes gens, dit M. Marty, très-grave !

Maintes personnes s'abordèrent tout le long du jour, dans les rues de la ville, en tenant des propos de la même sorte, si .bien que le bruit nouveau circula et pénétra dans toutes les maisons ; le lendemain, au plus tard, il s'insinuait jusqu'au fond des mieux closes, des moins communicatives.

Henri de Souzeau allait parfois le soir au théâtre ou au cercle. Dans ce cas, il ne rentrait pas aux Soupirs et prenait une chambre k l'hôtel de la Qoche-d'Or, prévenant sa mère qu'il resterait en ville deux jours de suite. Il se trouvait dans une de ces périodes de séjour à Prelles au moment où la* bombe éclatait.

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Le soir, il alla donc au cercle de F Agriculture, qui était la réunion de l'aristocratie, et en rivalité duquel la petite bourgeoisie avait fondé celui des Amis du Progrès. Henri tenait le sceptre de la haute élégance du pays, avec ses amis Robert de Louvray, de Breslois, Charles Joubert, Paul des Furens çle la Croizelière, Raoul Lesbarbier et quelques autres, et ils faisaient de temps en temps entre eux une de ces chaudes parties de bouillotte ou de baccarat dont les émotions rompent l'uniforme tranquillité de l'existence en province.

On attendit vainement jusque vers dix heures, au cercle de l'Agriculture, l'arrivée de Joséphin Grandjumeau qu'avait annoncée Charles de Breslois.

Le père de Joséphin, M. Grandjumeau-Ia-Fève, était banquier et faisait beaucoup d'affaires avec la haute société. On l'avait admis au cercle où, après lui, fut reçu son fils. Mais celui-ci appartenait aux idées avancées et préférait d'ordinaire aller au cercle des Amis du Progrès dont il était également sociétaire. Deux autres jeunes gens, ses intimes, Jules Bodart et Arthur Bourlin, faisaient, de même que lui, partie des deux réunions rivales, introduits dans l'une par leurs pères bien pensants, et ayant élu l'autre selon leur cœur.

Henri et quatre ou cinq de ses compagnons habituels s'emparèrent d'un petit salon et commencèrent leur bouillotte.

Je passe, — je double, — mon tout, — abattons,

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— vingt-huit, — brelan, etc. Ainsi tombèrent pendant une demi-heure les mots du jeu, entremêlés de plaisanteries. Il était à peu près dix heures et demie, lorsqu'un assez fort bruit de voix s'éleva dans la grande salle du cercle.

— Tiens, voilà Boubou-la-Cane qui est arrivé, dit Robert de Louvray, je l'entends. — Je fais mon tout !

— Je reconnais aussi la voie de Brindèquille. — Combien?

— Six louis!

— Tenu !

: — Poupon est là également...

— Abattons, — brelan d'as !

Les surnoms précédents désignaient Arthur Bourlin, gros garçon à la voix empâtée et à la démarche balancée ; Jules Bodart, qui était long et sec, et enfin Joséphin Grandjumeau. On réservait spécialement pour son père le surnom de la Fève, qui rappelait une aventure arrivée au banquier. Celui-ci, assez avare, avait failli s'étrangler jadis en s'efforçant d'avaler la fève d'un gâteau des rois, de peur d'avoir à payer les frais traditionnels du couronnement.

On riait et on parlait très-haut dans la grande salle du cercle, depuis l'arrivée de M. Joséphin Grandjumeau et de ses intimes. En revanche, les voix avaient baissé et les paroles devenaient rares dans le petit salon de jeu, où l'on tendait l'oreille aux propos tenus de l'autre c6té.

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Ces propos commençaient à se faire clairs et distincts :

— Gabrielle de Galardy ! — Mais oui, elle a dit à Tony : « Je suis venue exprès pour vous le dif e. » — Quoi dire ? — Eh bien ! « que je vous aimé ! . . . » J'y étais. — Ce n'est pas bien étonnant, — quand on Ta vue Tannée dernière à une fenêtre avec des

officiers ..

Les chaises, la table furent vivement bousculées dans le salon de jeu, et les personnes qui remplissaient la grande salle virent, au milieu de l'embrasure de la porte, restée entrouverte, qui unissait les deux pièces, apparaître un grand jeune homme blond, à moustaches, de charpente élégante et vigoureuse, un peu pâle sous son teint coloré et d'air menaçant. C'était Henri de Sou-

zeau.

— Ah çà! monsieur* Poupon-la-Fève, dit-il, aurez-vous bientôt fini vos commérages de gardeuse d'oies ou de marchande d'œufs?...

Un silence absolu se fit, et Joséphin devint tour à tour cramoisi et vert, vert et cramoisi.

— Je n'ai dit que la vérité, que ce que tout le monde sait... répliqua-t-il, stimulé cependant par la situation...

— Je vous défends de continuer, reprit Henri en s'avançant.

— Vous ne nous ferez pas la loi ! s'écria Arthur

Bourlin.

— Je lui donnerai des calottes, et aux polissons

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qui le soutiennent, ajouta Henri avec une colère méprisante.

— C'est ce que nous verrons! dit Jules Bodart... Derrière Henri on voyait ses quatre compagnons

rangés dans l'embrasure de la porte.

Tout le monde avait un air de curiosité mêlé d'anxiété ou de malaise, sentiments que font naître ces sortes de scènes.

Encouragé par l'attitude ée ses amis, M. Jbséphin Grandjumeau, dont le naturel n'était pas bien énergique, excité peut-être aussi par son dîner et les rafraîchissements de la soirée, s'écria, en faisant une sorte de pirouette :

— Je n'y peux rieri si votre cousine s'est amourachée d'...

Au milieu des têtes s'avança la figure irritée d'Henri, et un soufflet retentit sur la joue de Joséphin; des pieds frappèrent fortement le plaDcher, un groupe de corps s'agita. Boubou-la-Cane et Brindequille s'étaient jetés devant leur ami.

Henri de Souzeau, à présent rentré dans l'embrasure de la porte, retourna son visage par-dessus l'épaule, et avec un sourire un peu crispé, dit :

— Vous savez qui je suis et où me trouver; vous n'avez pas besoin de carte, n'est-ce pas?

Et il disparut avec ses compagnons dans le petit salon. Un murmure courut dans l'assemblée, il y eut quelques hochements de tête, puis les rangs se rompirent ; les groupes de causeurs et de • joueurs se reformèrent tels qu'il étaient avant.

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— Ça ne se passera pas comme ça ! disait avec animation Arthur Bourlin, à qui sa voix pâteuse était malheureusement tout accent héroïque.

Un vieux bonhomme, qui passait pour un peu faible de tète, consola et détendit alors beaucoup l'âme outragée de Joséphin, en lui disant :

— Le lieutenant Dubreuil m'a raconté les faits à peu près de la même manière que vous les exposiez...

— Parbleu! dit Joséphin, lui aussi avec un sourrire encore contracté, puisque j'y étais!

Et prenant une sorte d'air de triomphe, tandis que son regard parcourait les visages environnants, il ajouta :

— Du moment où j'avais raison, je ne suis pas offensé!...

— Oh! interrompit celui que la jeune noblesse surnommait Brindequille, si tu n'acceptes pas l'insulte, je la prends pour moi !

Et il lança un regard féroce vers la porte du petit salon.

Et, comme après tout ils ne se sentaient pas là sur leur terrain, et que l'attitude, étudiée évidemment, des membres du cercle paraissait être une parfaite indifférence, ils s'en allèrent tous trois aux Amis du Progrès, où après de longues discussions pour et contre, ils finirent par se ranger à l'avis des philosophes qui estimaient que le duel devait disparaître de nos mœurs. Il faut reconnaître toutefois que Jules Bodart se serait battu si

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le soufflet fût tombé sur sa joue, et que dix autres jeunes gens du cercle du Progrès n'eussent point hésité à croiser le fer avec la jeune aristocratie, en pareil cas. Mais Poupon et Boubou-la-Cane n'étaient pas de tempérament chevaleresque. Ils n'eussent pas reculé devant des coups de poing, tandis que la pointe d'une épée ou la bouche d'un pistolet leur semblait être une complication inutile.

Et voilà comment le jeune M. Joséphin Grandjumeau, après avoir été colporteur d'histoires et médisances, revues et embellies, devint à son tour le sujet d'un actif colportage de plaisanteries et de commérages infinis.

On peut juger de l'impression qu'éprouvèrent, en apprenant la seconde scène du voyage de M lle de Galardy à Prelles, les dames qui, avec beaucoup d'affairement, mais aussi avec un sentiment de prévoyance affectueuse et une grande raison, s'étaient déjà proposé de la préserver d'elle même.

Il y eut de nouvelles visites, de véritables conférences. M me de Souzeau et M me Rosanat furent de nouveau appelées aux armes. L'affaire d'Henri avec Joséphin Grandjumeau avait ému sa mère et l'irrita contre Gabrielle. Quant à M* e Rosanat, elle ne voulut pas croire un seul instant ce qu'on racontait de M lle de Galardy et de l'acteur. Elle voulait d'autant moins le croire qu'on lui disait de tous côtés : « C'est vous qui avez mené cette jeune fille au théâtre, qui l'avez empoisonnée de ce goût funeste ! »

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M me Rosanat adorait le théâtre, mais, pour avoir fait écouter une dizaine de drames à Gabrielle, fallait-il admettre des conséquences si fâcheuses et si immédiates?

M me de Souzeau, la première alla à Galardy.

La vieille servante, Bojeanne, depuis quarante ans fidèle à la maison, qu'elle dirigeait, sans que Gabrielle prît jamais part aux soins de l'intérieur, lui déclara que M. de Galardy était en affaires avec plusieurs personnes. M me de Souzeau attendit donc. Elle vit sortir de chez M. de Galardy, M. Grandj umeau-la-Fève, le banquier, puis le premier clerc de M. Grandjumeau-Meynadier, le notaire, puis un gros entrepreneur bien connu dans le pays, puis des fermiers. Elle en eut pour une heure. Elle avait demandée la vieille Bojeanne où était Gabrielle. M ,le de Galardy se promenait, Bojeanne ne savait pas trop de quel côté.

M me de Souzeau trouva M. de Galardy tout rouge, les yeux saillants, comme un homme à qui la tête éclate. Sur la table de son cabinet s'étalaient des tas de paperasses : papiers timbrés , feuilles criblées de colonnes de chiffres, lettres avec des noms imprimés, gros cahiers liés de faveurs, sur lesquels ses regards retombaient malgré lui à chaque seconde.

M me de Souzeau le chargea impétueusement, avec une colère mal contenue :

— Vous savez, mon cousin, ce qu'a fait Gabrielle?

— Non.

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Elle le lui raconta.

— Vraiment! Est-ce possible! s'écriait-il de temps en temps, mais en gardant l'œil un peu vague de quelqu'un qu'absorbaient, en dépit de tout, d'autres préoccupations. Certainement, je lui parlerai très-sévèrement. Je ne le tolérerai pas ! J'y tiendrai la main.

Et comme M me de Souzeau insistait, faisant un gros et sombre tableau de toutes ces affaires, de son fils risquant un duel, M. de Galardy se prit le front entre les deux mains et gémit sourdement, en disant:

— N'avais-je pas assez d'ennuis déjà ! Ne suis-je pas surchargé de tracas qui ne me laissent pas une minute pour me recueillir ! Et mon enfant m'enlève ce qui pourrait me rester de repos ! A peine ai-je assez de tout mon temps, de toutes mes forces pour me défendre contre ces vautours qui me déchirent lambeau par lambeau ! Et il faut qu'en outre je garde ma maison, il faut que ma confiance soit trompée. Ah ! je suis bien malheureux, ma cousine ! Mais je veux, sur-le-champ, signifier à Gabrielle...

Il sonna.

— Je me retire, dit M me de Souzeau.

— Non, restez, vous m'aiderez...

Bojeanne annonça qu'elle ne savait au juste où était M ,Ie de Galardy.

M. de Galardy regarda la pendule.

— J'ai rendez-vous à la raffinerie avec le voya-

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geur de mon constructeur de machines. Restez, je vous en prie, ma cousine, vous parlerez à ma fille...

— Oh non ! dit M me de Souzeau, c'est h vous seul de vous en expliquer avec elle.

— Et je vous promets que je le ferai de manière à donner satisfaction à tout le monde...

M me de Souzeau partit ; M. de Galardy se jeta sur ses papiers, prit des notes d'une main fiévreuse ; puis il ne tarda pas à monter dans son cabriolet pour se rendre à la raffinerie.

Deux heures après, M me Rosanat arrivait à Galardy, et trouva Gabrielle.

(jalardy était une maison du siècle dernier, en pierre devenue noire, à grand toit pyramidal, avec une vigne et des rosiers qui grimpaient autour des fenêtres.

Il faisait un temps orageux, couvert, sans air, très-chaud ; Gabrielle était assise sous une petite allée de charmille sombre comme une cave.

Deux de ces allées flanquaient la maison et conduisaient à un taillis remplissant le fond du parc, en avant duquel s'étendait une pelouse bordée de plates-bandes plantées d'arbustes. Il y avait, dans cette propriété, quelque chose de triste, de mal entretenu, qui sentait la décadence.

M 116 de Galardy portait une robe de mousseline à fleurs, assez fanée, dont le corsage un peu lâche laissait libre et souple son buste ferme et élégant. Ses bras passaient à moitié nus, blancs, minces,

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par de larges manches bouillonnées. Un col rayé dégageait légèrement le bas de son cou. Deux longues boucles de cheveux châtains descendaient sur ses épaules. L'air fier, ardent et mélancolique de son visage pâle et tourmenté, devenait chaque jour plus accentué, parut-il à M me Rosanat, audevant de qui s'avança la jeune fille.

— Mais qu'avez-donc ? s'écria Gabrielle.

En effet, l'affliction se marquait très-vivement sur la figure de M me Rosanat.

— J'ai, que vous me faites beaucoup de peine, mon enfant!

Elle lui prit les mains.

— Beaucoup de peine? répéta M a ° de* Galardy avec un étonnement qui probablement était feint.

* — Comment avez-vouspu?...

Gabrielle ne la laissa pas achever :

— Et pourquoi donc ne l'aurais-je pas pu ?...

— Oh ! reprit M mo Rosanat, si vous saviez ce que toutes ces dames sont venues me dire...

— Ah ! toutes ces femmes ! s'écria M lle de Galardy avec un accent de révolte et de dédain.

— On m'a mise en cause, accusée...

— Accusée?...

— De vous avoir encouragée...

— Mais, au contraire, vous m'avez toujours serré le frein ! dit Gabrielle, en riant d'une façon nerveuse.

Elle n'avait point envie de rire, ses regards avaient

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pris un caractère violent, un caractère de résolution et de lutte.

— Est-il vrai, 'est-il possible que vous ayez abordé ce... cet... homme... Facteur? Ce qu'on dit est si... étrange.

— Que dit-on ?

Gabrielle avait les yeux dirigés vers son propre pied, qui roulait et écrasait sur le sable une petite branche tombée à terre. Ses phrases, brèves, prononcées de sa voix plus mordante, d'un timbre plus grave qu'à l'ordinaire, donnaient la sensation d'un choc métallique.

— Vraiment, je ne puis le croire, continua M m6 Rosanat qui avait, au contraire, des intonations tendres, caressantes, prolongées.

— Je lui ai dit qu'il avait du talent. Je le lui ai dit en garçon, comme un jeune homme aurait pu le faire.

Et les yeux de M lle de Galardy se fixèrent, hautains, persistants sur son amie qui les trouva extraordinairement grands, dominateurs, et détourna les siens.

— Et c'est tout?

— Et c'est tout.

M me Rosanat eut un soupir de soulagement et voulut de nouveau regarder Gabrielle. Mais elle se retrouva vaincue une seconde fois par les yeux de la jeune fille, où semblait transparaître, comme dans le lointain et derrière un voile, une ironie inflexible.

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— Je vous en 'prie, mon enfant, arrêtez-vous^ dit-elle ; ne continuez pas de pareilles aventures» Nous ne sommes pas faites pour ces hardiesses. Vous en seriez la victime, et peut-être d'une manière irréparable. Il s'en faudrait de peu maintenant que vous ne fussiez mise au ban de la société...

— Au ban de la société l

Ce mot éclata entre les lèvres de Gabrielle avec une vibration presque stridente...

— H y a donc une société qui se vanterait de pouvoir me mettre à son ban! s'écria-t-elle... Et moi, il y a longtemps que je l'ai mise à mon ban I

M Ue de Galardy eut alors un rire qui faisait un petit bruit très-singulier, pareil à celui d'une plainte, et que M me Rosanat connaissait comme un très-mauvais symptôme, le symptôme d'un état d'esprit contre lequel on ne pouvait réagir, et qu'il fallait laisser prendre carrière durant un certain temps, avant d'espérer qu'on pût ramener Gabrielle à une disposition plus calme, à un sentiment plus juste.

Elle garda donc le silence et M 11 * de Galardy se tut aussi pendant un moment ; puis celle-ci reprit d'un ton relativement assourdi :

— Je serais donc soumise aux volontés de ces faiseuses de confitures, condamnée à me plonger dans l'engourdissement et l'affaissement où elles se traînent, où elles rampent !... Mais vous ne voyez donc pas, dit-elle en posant sa main sur le bras de

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M™* Rosanat et en le serrant, vous ne voyez donc pas quecette vie me tue, que j'étouffe, que jemeurs d'ennui et de chagrin!...

Il y eut encore un silence, M me Rosanat ne croyant pas qu'une objection dût produire un bon effet.

— Je ne suis pas taillée pour l'existence pesante que vous menez toutes, reprit Gabrielle : ah! heureux ceux qui ont vécu dans les temps mouvementés et hardis, les temps d'aventures et de combats! Tenez, je relisais les mémoires de M me de la Rochejacquelein ! Comme j'aurais été bien en Vendée ! Et, qui sait si nous n'aurions pas pu, si nous ne pourrions pas faire une Vendée dans ce pays-rci...

M ne Rosanat soupira encore ; c'est la seule défense qu'on ait à opposer quelquefois aux êtres déraisonnables.

— Mon cousin, Henri de Souzeau, ajouta M Ue de Galardy, aurait eu quelques-unes des qualités d'un chef de partisans... des qualités matérielles du moins, car il a l'esprit bien inerte...

— Vous êtes injuste, il a battu hier soir le fils de Grandjumeau le banquier... et à cause de vous! se hâta de dire M me Rosanat, ravie qu'Henri vînt sur le tapis, et encouragée par là dans ses projets sur les deux jeunes gens.

— Cet être ridicule qu'on appelle la Fève? Henri a bien fait ! Henri est brave et calme ! Mais il est trop calme : il ne veut pas déranger sa vie. Chasser, jouer, manger et railler tout ce qui est enthousiasme, grande pensée, grande entreprise, libre

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imagination! voilà tout son horizon. Henri m'a beaucoup trompée. J'avais fondé d'autres espérances sur lui.

— Vous n'êtes pas sensible à l'action d'un homme qui risque un duel pour vous? demanda M me Rosanat.

— Je connais le courage d'Henri, c'est un courage tranquille, de raison, de convenance, dit M Uo de Galardy, pensive.

— Vous devriez épouser votre cousin, reprit son amie.

Gabrielle l'examina d'un air réfléchi.

— En a-t-il bien envie ? reprit-elle ; son idéal, je le connais, c'est une personne rangée, tenant bien une maison... Ce n'est pas moi, enfin!

— Vous croyez donc que l'acteur est un grand homme, ma pauvre enfant?...

— Cet homme n'est peut-être pas si ordinaire que les autres. Il a dans la voix quelque chose qui indique des impressions énergiques... Je crois à la voix... Henri a une voix froide, monotone...

M mc Rosanat recommença à soupirer. Toutes deux se mirent encore à penser, chacune de son côté.

— Eh oui! reprit la jeune fille avec un frémissement d'impatience, M 116 de Galardy est un être différent des autres!... Je suis née et j'ai vécu dans l'air libre des bois, et je vivrai libre dans le monde...

— Comme dans un bois ! dit son amie avec une douce et moqueuse pitié.

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— Quand je suis à cheval, la terre est à moi, continua Gabrielle indifférente au propos, et si je m'habille en Jhomme, je me sens imprégnée d'un esprit plus fort. . . Je ne crois pas que les hommes me soient supérieurs, je veux me mesurer à eux...

— Quelle est donc votre taille, si vous ne trouvez qu'un comédien à sa hauteur? dit brusquement M mo Rosanat, qu'agaçaient enfin ces déclamations romanesques, moins belles que ne le croyait la jeune fille.

Celle-ci fit un mouvement, comme un cheval qu'on arrête subitement et qui sentant le mors se cabre un peu. Ses sourcils se froncèrent et elle contempla son amie d'un air de reproche et de colère.

— Vous ne savez pas ce que c'est que les comédiens, ma pauvre enfant, reprit M me Rosanat, espérant trouver un jour où faire passer la raison et jeter l'eau pour éteindre le feu ; tant d'élévation aboutirait-il à être séduite par des oripeaux ?

— Des oripeaux ! dit Gabrielle un instant déconcertée; mais elle trouva moyen de revenir audessus de l'atteinte : avec quoi donc les héros mènent-ils les autres, si ce n'est en secouant des oripeaux devant leurs yeux?...

— Mais c'est un médiocre acteur! dit M mi Rosanat avec une certaine naïveté, comme si elle eût admis l'influence d'un plus grand comédien.

— Médiocre ! Il sait rendre fortement ; il a des éclats, des éclairs !

170 GABRIELLE DE GALARDY

— En ètes-vous donc amourachée, comme on le dit?

— Je ne suis pas amourachée de ce comédien, répliqua froidement, d'un ton scandé, M lle de Galardy, changeant tout à coup d'accent.

Comme on le dit ! comme on le dit ! répéta-t-elle ensuite avec une singulière expression d'humeur farouche.

Ses sourcils, ses paupières furent traversés comme d'une commotion, et la lueur de ses yeux s'enflamma. Puis elle murmura quelques mots que M me Rosanat n'entendit pas.

Une minute se passa, M me Rosanat examinant pour ainsi dire à la dérobée sa jeune amie, qui arrachait des feuilles à la charmille et les regardait tomber. La physionomie de M Ue de Galardy se détendait peu à peu. À la fin, avec un sourire qu'elle avait charmant parfois, elle se tourna vers M me Rosanat, passa câlinement le bras autour de sa taille.

— Tenez, non, ma bonne Rosanat, ne me parlez pas comme les autres, vous, dit-elle en l'entraînant pour se promener dans le parc.

M* 6 Rosanat rassembla toute sa présence d'esprit pour profiter de ce moment d'accalmie.

— Si, ma chère Gabrielle, répliqua-t-elle avec toute la tendresse possible, de sa voix la plus affecr tueuse, la plus douce, je vous en prie, laissez-moi vous parler en parente, en mère... promettez-moi, au nom de votre bonheur et de celui de votre père f

de renoncer à ces costumes, à ces chevauchées, à ces idées... qui sont au delà de notre monde actuel. Ce monde est trop fort, il vous briserait. Là où vous mettez votre gloire, il n'applaudit pas, il siffle. Preaez-Ie un cran plus bas, il devient brutal, il hue, il souille... La meilfeure gloire, la plus haute satisfaction, là plus grande tranquillité, c'est d'être estimée et respectée... c'est de remplir les devoirs pour lesquels nous sommes faites, de nous marier honorablement, et de seconder de tous nos services, de toute notre prudence, l'homme auquel nous nous sommes attachées... Croyez-moi, nous ne pouvons pas plus... Vouloir plus est une prétention qui échoue comme toutes les prétentions...

— Mais vous avez fait des poésies qui vous ont donné de la réputation ! dit Gabrielle qui avait écouté, la tête baissée. Vous avez fait cette pièce que j'aime tant, qui commence par : O cceur resplendissant !...

M* e Rosanat montra une teinte d'embarras, puis reprit avec vivacité :

— Ce ne sont pas mes meilleurs vers ! Mais ces poésies, je les ai faites tranquillement, sans que la besogne sérieuse et nécessaire de ma vie en ait souffert. Elles n'ont rien retranché à ma part de l'existence commune et naturelle. Je ne suis pas poëte de profession, je suis une femme du monde à qui est arrivé l'accident de faire des poésies. On ne m'en considérerait que mieux, peut-être, si je ne les avais pas faites !... Elles m'ont valu plus

172 GABRIELLE DE GALAHDY

d'une fois l'accusation de manquer de jugement et de sérieux. Vous voyez que le moindre écart est toujours puni. Mais vous, Gabrielle, vous bondissez par-dessus le respect humain comme par-dessus les haies que vous franchissez à cheval... Il crie déjà contre vous avec violence, il vous meurtrira et vous déchirera... L'instant où nous sommes, où nous parlons, je vous l'assure, est solennel... Il s'agit d'une destinée à sauver, la vôtre... Promet-' tez-moi, mon enfant, d'être prudente, de devenir calme... Je ne vous demande pas le renversement, le bouleversement de votre esprit, de votre être, mais je vous dis : Attendez, retardez, roidissezvous contre vos instincts, remettez vos décisions au surlendemain, et peu à peu vous userez vousmême ce ressort toujours tendu qui vous chasse en avant... Mon ordonnance n'est pas terrible: attendez, retardez, le feu tombera de lui-même... M mo Rosanat prit Gabrielle dans ses bras et lui donna de grands baisers. M ,lc de Galardy se laissa faire, sans répondre à l'élan de son amie.

— Vous me le promettez ? dit M m6 Rosanat.

— Je vous le promets ! dit la jeune fille en relevant la tète et en laissant luire au fond de ses yeux ce feu d'ironie sombre, d'apparence lointaine et voilée, ce feu qui devait tomber de lui-même !

Elles se promenèrent encore un peu,, et M me Rosanat, en revenant à Prelles, ne savait trop s'il fallait se trouver satisfaite ou être inquiète du résultat obtenu dans cette visite.

GABR1ELLE DE GALARJJY 173

Le soir du même jour, M. de Galardy, qui comptait avoir un entretien avec sa fille, apprit de Bojeanne, en rentrant, que Gabrielle s'était couchée de bonne heure, ayant un peu de fièvre.

Le lendemain, le temps tout entier de M. de Galardy fut pris par les gens d'affaires, les huissiers, les fermiers, les contre-maîtres. Sa fille, de même que la veille, était au lit quand il rentra. Pendant plusieurs jours consécutifs, cette sorte de bascule dans les incidents de leur vie les empêcha de se rencontrer.

Dans l'intervalle, M m# de Souzeau vint relancer M. de Galardy jusqu'à la raffinerie. Elle recommença ses doléances, s'annonça comme parlant au nom des principales familles de Prèlles, et insista sur le devoir qui incombait à M. de Galardy de trait3r désormais sa fille avec sévérité, si elle ne se rendait pas aux admonestations de la raison et de l'affection paternelles.

— Notre famille est mêlée à cette aventure, ditelle, et c'est plus que désagréable. Il serait fâcheux qu'on fût obligé de cesser les relations, et vraiment, à considérer combien les inconvénients de la conduite de Gabrielle rejaillissent sur les grandes familles du pays, c'est à se demander comment l'amitié, même la plus vive, s'y prendra pour empêcher qu'on ne retranche du tronc la branche piquée des vers !

Engrené d'une part dans des affaires d'argent compliquées et fâcheuses, d'une autre part se

174 GABftIELLE DE OALARftY

voyant sous le coup (Tune rupture ouverte avec ses alliés et connaissances , et par conséquent menacé de perdre leur appui qui pouvait lui être précieux dans ses embarras financiers, enfin ne pouvant aborder sa fille pour se décharger sur elle des sentiments qui lui pesaient, M. de Galardy fut pendant quelques jours d'une humeur agitée dont Bojeanne ressentit péniblement les soubresauts .

En même temps que les dames de Prelles agissaient auprès de M. de Galardy, le curé de Saint*- Isolin, M. Marty, M me des Furens et la comtesse du Bousson décidèrent qu'il convenait de faire partir Tony Préval de la ville. Ils se rendirent chez le sous-préfet et chez le maire, à qui l'intervention du curé de Saint-Isolin causa une vive impression, et qui furent tout .à fait d'avis que le meilleur moyen de couper court au scandale, d'en prévenir le renouvellement, et de venir en aide tant à la famille de Galardy qu'à toute la haute société, serait de renvoyer de Prelles cet acteur. Le maire ayant insinué que peut-être un sacrifice d'argent consenti par M. de Galardy ou par les personnes qui prenaient à cœur le soin des mœurs et des convenances sociales, faciliterait beaucoup le départ de Tony Préval, on resta un peu froid, et il fut convenu qu'on chercherait uu autre biais.

Or, l'acteur Tony Préval se promenait plus fièrement que jamais dans Prelles, où il devenait un personnage, soutenu qu'il était jusqu'à un certain point par le cercle des Amis du Progrès. Sa taille

GABRIELLE DE GALARDY 175

élancée, ses longs cheveux, soa air fatal, son habit vert à boutons d'or et son pantalon nankin apparaissaient constamment dans les rues de la ville, et il était flatté de l'attention qu'il ne manquait jamais d'exciter; mais c'était surtout dans la rue Vigan et sur la place Vigan qu'on le voyait le plus souvent.

Au milieu de la place Vigan se dressait la statue du général Vigan, « glorieux enfant de la cité, » la main sur la poignée de son sabre, le pied sur un canon, et dominant un bas-relief où était sculpté son principal exploit : la prise du fort de Sam-Phong, en Cochinchine. Autour de la place s'élevaient l'hôtel de la sous-préfecture et le théâtre, et s'étalaient les devantures élégantes de trois magasins en renom dans la ville, ceux d'un papetier-libraire, d'un confiseur et d'une modiste.

La place était petite, blanche, modeste malgré ses monuments; ses pavés teintés de quelques touffes d'herbe réverbéraient vivement la lumière des journées d'été.

A trois heures un quart, le lundi, le mardi et le mercredi, jours où le théâtre ne donnait pas de représentation, Tony Préval sortait régulièrement de la répétition, et, après avoir contemplé l'affiche rose ou jaune du spectacle, placée dans un cadre grillé à la porte du théâtre, il se rendait seul ou avec des camarades au petit café des Arts, sis en face de la sous-préfecture, à côté de la Poste. Tout Prelles connaissait ses habitudes.

J7Ï GABRIELLE DE GALARDY

Une semaine s'était écoulée depuis l'excentrique algarade tentée par M 110 de Galardy ; elle avait eu lieu un vendredi, et on était au vendredi suivant.

Tony Préval ne sortit du théâtre qu'à quatre heures moins le quart. Il ne sortait jamais par Ventrée des artistes^ mais par la grande porte. On vit l'habit vert et le pantalon nankin surgir sous le cintre du portique de l'édifice, et descendre majestueusement les quatre marches du perron. Un beau mouvement de tête fit voltiger les cheveux noirs, et Tony Préval s'avança sur la place en cambrant à outrance son buste mince et long. C'était un martyr qui s'avançait ainsi en sa personne! On aurait dû et pu le comprendre.

Un jeune homme aussi grand que l'acteur, mais d'encolure bien plus athlétique, en veston bleu, en casquette de chasse, une badine à la main et fumant un cigare, se promenait de long en large sur la place; d'un pas rapide il marcha vers le comédien.

Tony Préval retint mal un haut-le-corps quand l'élégant et vigoureux Henri de Souzeau, se plantant devant lui, commença à dire, de sa voix froide et monotone, selon M lle de Galardy, mais qui ne parut ni froide ni monotone à l'acteur :

— Monsieur Tony Préval, je viens vous donner un avertissement.

— Comment, monsieur? répliqua l'acteur en renversant sa tête en arrière pour tâcher de regarder Henri de haut.

GABRIELLE DE GALARDY 1*27

— Si, par hasard, vous affectiez le ridicule de parler d'une certaine rencontre... vous me comprenez... vous auriez affaire à moi.

— Je ne vous comprends pas, dit Tony Préval en donnant à son accent une assurance exagérée et en tenant ses yeux dans ceux de M. de Souzeau.

— Eh bien! dit Henri, le cas échéant, je me ferais comprendre si clairement que je suis sûr que vous m'entendriez à merveille, monsieur le comédien...

Les lèvres de l'acteur avaient blêmi. Il avait donné tout son effort de résistance. Il détourna de côté sa personne et ses regards, ripostant néanmoins, mais les yeux dirigés vers le café des Arts, où il apercevait un camarade sur l'appui duquel il comptait probablement :

— On se croit donc encore à l'époque féodale ; dans les gentilhommières !

À la vue de la colère qui blanchit les traits d'Henri, il fit quelques pas vers le café.

— Je me borne à un avertissement, dit Henri les dents serrées, mais l'exécution serait proche si vous faisiez l'insolent.

— Je n'ai pas peur de vous ! cria Tony Préval en continuant à s'éloigner.

— Drôle ! cria aussi Henri qui perdait le sang-froid et qui, de loin, le menaça de sa badine.

En quelques métrées de ses longues jambes, l'acteur se trouva au café, où disparurent son pan-

178 GABRlKLLÉ DE GALARDY

talon nankin r son habit vert et ses longs cheveux. Tony Préval était assez glorieux de la vigueur avec laquelle il avait soutenu le choc, et il n'était point fâché de se trouver à l'abri des événements que pouvait entraîner la discussion si elle se fût prolongée.

Tandis quHenri, qui s'en allait, doublait un des angles de la place au coin de la rue Vigan r trois personnages venaient de l'intérieur du café se placer devant la porte en gens qui bravent et cherchent l'ennemi. Mais il ne se passa rien de plus grave. La journée n'était pas bonne pour Tony Préval, car son directeur l'avait retenu plus tard qu'à l'ordinaire pour lui faire part de graves difficultés qui se présentaient. Le maire avait invité le directeur à se séparer de Tony, mais le directeur savait bien qu'il était lié par un engagement envers celui-ci ; il pensait que Tony comprendrait la nécessité de résilier cet engagement, un directeur ne pouvant lutter contre les autorités et s'exposant à voir fermer le théâtre sous un prétexte ou un autre qu'on trouverait sans doute facilement. Le directeur allait même jusqu'à offrir un mois et demi d'appointements, 210 francs, à Tony, pour le décider à la résiliation* L'acteur s'était rebiffé, et après avoir beaucoup crié, demanda à réfléchir. Tony communiqua en effet l'état de ses affaires aux quelques Àmisjdu Progrès qui étaient aussi se» amis* Tous furent très-irrités, déclarèrent qu'il fallait s'opposer aux abus de pouvoir, défendre la

GABRIELLE DE GALARDY 17»

liberté individuelle et rabattre l'orgueil insupportable et suranné des hobereaux de province. Ils s'engagèrent à soutenir Tony dans une lutte méritoire et libérale où il ne devait pas faiblir. Et le lendemain soir, l'acteur, qui joua Benvenuto Cellmiy fut applaudi à tour de bras et rappelé quatre fois ! C'était à peu près tout ce qu'on pouvait faire pour lutter. Le journal dépendant de la sous-préfecture attaqua le comédien, essaya de démontrer qu'il n'avait plus de talent. Le journal indépendant exalta Tony et apprit à ses lecteurs qu'il avait été question du départ de l'acteur, mais que la faveur témoignée à ce remarquable artiste par le public intelligent de la cité pratelloise déter* minerait certainement M. Tony Préval à rester dans les murs hospitaliers de Prelles.

Une quinzaine de personnes appartenant à la haute société cessèrent d'aller au spectacle. Le maire prit une mine sérieuse, comme s'il était aux prises avec une situation pleine de périls Le sous-préfet s'émut un peu moins. Telles furent les péripéties de la lutte.

Quant à M. de Galardy, il finit par trouver l'occasion de se rencontrer avec sa fille dans sa propre maison, ce qui avait été si difficile jusqu'alors.

Ce fut un jour où les rendez-vous d'affaires, au lieu de l'appeler hors de Galardy, l'y retinrent au contraire.

Il avait reçu, dès le matin, un huissier de Grand-

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jumeau-la Fève, auquel il devait beaucoup d'argent et qui commençait à le presser. Et un de ses fermiers, un gros gaillard rusé, le talonnait pour l'amener à lui vendre sa ferme de Ponthiard que ce paysan tenait à bail pour trois ans encore.

— Je sais, monsieur de Galardy, avait dit le fermier, que vous avez p't'être besoin d'eicus à c'tlieure ! Ponthiard n'est point d'un gros revenu pour vous! Onze cents de Tan pour des gens comme vous, des grands du pays, c'est une râtelée de foin, pas davantage. Pour des pauv'es cultivateurs comme nous, c'est tout ce qu'il leux faut! Moi, je vous donnerais ben, là sur la table, vingttrois mille francs de Ponthiard, comptés comptant... pour la ferme, et quatre mille pour la maison d'habitation...

— Je ne veux pas vendre, je ne vendrai jamais Ponthiard , j'y suis né ! dit sèchement M. de Galardy.

— Le père Grandjumeau-]a-Fève ne vous en donnera pas tant, pour aussi vrai que je suis là. Vaut-il point autant que vous me donniez Ponthiard à bon prix que de Plaissèr au père Grandjumeau-la Fève, qui finira par l'avoir par les huissiers...

— De quoi vous mêlez-vous? dit M. de Galardy en colère ; tant que je vivrai, on n'aura pas Ponthiard...

— Alors c'est p-t'être qu'on pourrait acheter Galardy... Oh! mais, ajouta le fermier maligne-

GABRIELLE DE GALARDY 181

ment, j'avons le temps d'attendre à jour meilleur... je vois que ce n'est côre le moment anuit... Vous savez, acheteur qu'attend, épargne ; vendeur qui lanterne, dépense ! ... A une autre fois, monsieur de Galardy !

Et maintenant, M. de Galardy, aigri, froissé, inquiet, presque aux abois, était tout disposé à reporter sur sa fille le contre-coup de ses propres tourments. Au milieu des préoccupations d'affaires, il l'avait à demi oubliée; à présent, le flot remontait grossi des griefs et des tracas dont elle était la source et qui rendaient plus pesants, plus cuisants, les soucis déjà bien graves de la situation financière.

Justement, M. de Galardy aperçut Gabrielle près de la maison, dans le parc. Il descendit promptement pour l'y rejoindre.

M. de Galardy avait de grands traits, de larges sourcils, des yeux presque aussi grands que ceux de sa fille, mais plus vagues, d'une expression bien moins concentrée, des joues osseuses, des cheveux abondants, un peu bas plantés, déjà grisonnants. Son genre de physionomie, en apparence presque formidable, révèle des êtres plutôt remuants, agités, que doués de volonté et d'énergie persévérante.

Il aborda Gabrielle d'un ton dur ; une sorte de coloration violette montait déjà à ses joues, indice de grande irritation.

—-Tu cherches à m'éviter depuis quelque temps,

182 GABRIELLE DE GALARDY

tu as sans doute des raisons pour te cacher, dit-iL . . — Pourquoi donc vous éviter? demanda Gabrielle étonnée ou affectant l'étonnement, crut M. de Galardy.

— Après les choses inouïes,., les choses épouvantables dont on m'a parlé...

Avec la grosseur des mots il s'excitait encore plus et criait très-fort.

— On m'assaille de tous côtés, reprit-il; je vois tout le monde plongé dans la douleur... et moi, qui avais la confiance la plus absolue en toi ! Avoir scandalisé tout le pays par cette absurde cavalcade!

— Je vous ai accompagné à l'usine plus d'une fois, à cheval, habillée en homme !

— Si ce n'était que cela !... Et encore, ce qui est possible avec moi, ne l'est pas quand tu es seule 1 Mais avoir parlé à cet homme... c'est une infamie! Elles ont raison, toutes, d'en être révoltées. Il n'y a pas de termes assez forts pour stigmatiser une conduite pareille... Et moi, je ne me doutais de rien. J'avais remis l'honneur de notre maison entre tes mains, et je le croyais bien gardé...

M lle de Galardy ne répondit rien, elle serrait les lèvres, et ses yeux, dirigés à l'horizon, restaient fixes sous ses sourcils raidis.

Son silence fit monter plus haut la voix de M. de Galardy.

— On ne veut plus de nous, on nous rejette comme des lépreux! Nous sommes la risée, la fable, l'indignation de toute la contrée. ir Nos parents

GABRIELLE DE GALARDY * i8â

brisent avec nous. Dieu m'avait réservé de voir la ruine de ma maison... et ma fille tombée... tombée au point qu'on la considèpe, qu'on la traite, et à juste titre , comme . . . «omme une drôlesse ... Oui , comme une drôlesse!... cria-t-il, pourpre et violet, hagard, étouffant, presque fou. On l'aurait crii l'homme le plus terrible de la terre.

Cette explosion de fureur l'étonnait lui-même, et mettait devant ses yeux le nuage d'une espèce d'ivresse, à travers lequel les choses revêtaient un caractère presque fantastique. Use crut, un moment, le jouet d'une hallucination, tellement la surprise et la douleur ravagèrent, décomposèrent soudain le visage de sa fille, dont la physionomie prit un accent terrible, effrayant. Il secoua la tête, tout étourdi, déjà inquiet, et crut sortir du fond d'un songe, lorsqu'un peu de calme revint dans son cerveau.

Les regards deM lle de Galardy tombaient sur so* père avec une expression si sombre, si farouche même, que sans en avoir- bien conscience, il-ne se sentit plus la force de les affronter. Puis il sortit des lèvres de M lle de Galardy une voix qui parut extraordinaire à son père, et qui s'écria avec xm accent de déchirement, de révolte, d'atroce souffrance:

— Je n'ai rien dans l'âme qui soit bas ou vil... Je ne veux pas être blessée, jfe ute veux pas être insultée... Je ne dois pas l'être... Je ne le serai pas!...

Dans la violence de ce cri, elle secoua si forte-

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ment la tête que ses cheveux se dénouèrent et, s'étalant sur ses épaules, lui donnèrent l'aspect d'une créature sauvage...

M. de Galardy leva les bras, et, regardant tour à tour vers le ciel, vers la terre, vers la maison, partout où il pouvait éviter de croiser ses yeux avec ceux de la jeune fille, s'écria, mais bien moins fort qu'auparavant:

— Enfin ! qui est plus à plaindre que moi, désormais ? Comment faire ? Je ne veux plus que tu sortes de Galardy... Si tu ne m'obéis pas... je n'aurai plus de fille !

M. de Galardy, à bout d'énergie, quitta la place brusquement et rentra dans la maison.

Elle le regarda s'en aller, muette, immobile, sombre comme une statue de déesse funeste* le front chargé de pensées, de quelles pensées ! Deux grosses larmes, deux larmes énormes sillonnèrent de leur tiède et lent glissement les joues deGabrielle et tombèrent à ses pieds. Quel sentiment faisait couler ces larmes?

M* de Galardy voulut se mettre à table pour déjeuner et ne put manger. Sa fille ne vint point au repas habituel. Il était effrayé et désolé de ce qu'il avait dit à Gabrielle. Il ne savait comment revenir sur des paroles irréparables, et ne l'osait, de peur d'aggraver la plaie en la touchant. U se flatta pourtant que cette scène s'ensevelirait peu à^peu dans l'oubli, où tout tombe et disparaît.

GABRIELLE DE GALARDY 185

A quelque temps de là, M mo Rosanat fit prier Henri de Souzeau de venir la voir...

' — Nous sommes bien touchés, mon cher Henri, de ce que vous avez pris si vigoureusement fait et causepour M llc de Galardy, et imposé silence à toutes ces mauvaises gens de Prelles... C'est avoir assez déclaré vos sentiments...

Henri leva beaucoup les sourcils.

— J'ai déjà dit à votre mère un mot d'un projet que je caresse, et qui, je crois, ne déplaira ni à Gabrielle ni à vous.

-- Je crains qu'il n'y ait un malentendu, dit Henri.

— Un malentendu ? Vous ne savez donc pas ce que je veux dire. Cette jeune fille est si intéressante, il serait si facile delà sauver d'elle-même. Elle a tant d'estime pour vous !

— Youdriez-vous parler d'un mariage ? dit Henri avec brusquerie. ,

— Eh ! oui, mon cher Henri, dit M mo Rosanat en souriant.

— Je ne me soucie point de la succession de ce. . . de mossieu Tony Préval, dit Henri fort rembruni.

— Comment pouvez-vous parler ainsi ? s'écria M me Rosanat en pleine détresse et joignant les mains.

— Cette malheureuse Gabrielle est archi-compromise... je n'ai nulle envie de couvrir de mon pavillon ses... incartades, reprit Henri avec dépit... Je ne m'attendais pas à la proposition...

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