SANCHE
Les Portugais avoient bien leur mérite quand ils doublaient le cap des Tourmentes , qu'ils découvraient le Brésil , soumettoient les rois de l'Inde , défendoientDiu, etgardoient leurs conquêtes malgré l'Europe jalouse. Ils ont eu des Gama, des Albuquerque, des Aimeyde , des Silvcira, et un Camoens.
Tant de gloire n'a pas duré : leurs héros sont morts en prison , Leur Virgile à l'hôpital; leurs découvertes ont passé à des républicains marchands. Le Portugal a vu détruire sa puissance presque aussi rapidement qu'elle s'étoit formée. Il ne lui reste plus de tant de prospérités que les diamants du Brésil, quelques villes dans l'Asie > le souvenir de
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ses exploits,. un poëme épique, et un inquisiteur à Goa.
Ce q u i v au t p eu t-£ tr e mie u x q u e to u t cela , c'est le caractère de tendresse quia toujours "distingué les Portugais.
Ils semblent nés pour Tamou r ; c'est la grande affaire de leur vie : les plus grands sacrifices ne leur coûtent rien dès qu'il s'agit de cette pasjion. Chaque peuple a ses qualités : et la France, TE$pagne et le Portugal ont de quoi fournir aux dames les trois choses les plus nécessaires au bonheur ; car les époux françoissontassurémentlespius aimables , les amis espagnols les plus sûrs , et les amants portugais les plus t€ndres. Le petit conte suivant, dont ye garantis la vérité , prouvera ce que j'avance.
Du temps que le roi maure Aliaton régnoit en Portugal > Sanche se dis*
tinguoit à sa cour et dans ses armées.
Dès sa plus tendre jeunesse , la gloire avoit été le besoin le plus pressant de son cœur : son ame de feu n'étoit jamais assez remplie. Il avoit beau parcourir rapidement les Espagnes, vaincre des géants , forcer des châteaux , délivrer des belles ; l'inquiet guerrier se plaignoit de n'être pas assez occupé :
l'Amour ne tarde guère à venir au secours de ces bouillants désœuvrés.
Un jour qu'il traversoit la forêt de Tomar, fameuse par mille détours où les voyageurs s'égarent , Sanche atteignit un chevalier qui faisoit la même route que lui, mais qui la faisoit plus doucement. Notre héros n'alloit si vite que parcequ'il s'ennuyoit. Charmé de trouver un compagnon de voyage, il ralentit sa course, et salua le chevalier. Celui-ci lui rendit son salut en détournant son cheval pour le laisser pasi5.