‹ Les Six Nouvelles de M. de FlorianChapitre 5 sur 8 · S ANC HE · texte numérisé non relu

S ANC HE

ser. Sanche lui demanda s'il n'alloit pas à Lisbonne. Non , lui répondit Tinconnu. Eh suis-je encore loin? reprit Sanche. Oui, lui dit le chevalier. Et l'entretien auroit fini, si notre paladin -n'avoit brûlé de le continuer, précisémen tparcequel'autreparoissoit nepas s'en soucier.

Après plusieurs questions inutiles , Sanche prit le parti de louer l'inconnu sur la beauté de ses armes et de son cheval. Celui-ci le remercia très modestement, et sur- tout très laconiquement. Sanche étoit au désespoir ; il donnoit cent coups d'éperon à son coursier pour que l'inconnu lui en demandât au moins la raison. Le pauvre cheval faisoit des bonds inutiles : le tranquille voyageur alloit au pas sans seulement tourner la tôtedesou côté.

Les deux guerriers firent ainsi une lieue 4ui fatigua davantage Sanche et sou

NOUVELLE PORTUGAISE. IjS

cheval que dix journées de route.

Enfin notre héros ne put y tenir ; ets'adressant au taciturne chevalier :

Seigneur, lui dif-il d'uue voix très animée , la froideur avec laquelle vous me traitez prouve clairement que vous avez peu d'estime pour moi. Je ne puis souffrir un pareil mépris; et puisque vous ne me trouvez pas digne de causer avec vous , vous me ferez au moins la grâce de rompre une lance. Je ne puis vous mépriser, lui répondit Tinconnu sans s'émouvoir, puisque je ne vous connois pas : les longues conversations me fatiguent; mais un défi ne me déplaît jamais. Dépêchons -nous seulement ; car la nuit vient, et je veux aller coucher Loin d'ici. Je suis fâché de vous retarder, dit Sanche d'un ton piqué ; aussi tftt , mettant sa lance en arrêt , il vole pour prendre du champ , et revient comme un tonnerre sur le tran-

Page 1