‹ Les SlavesChapitre 14 sur 99 · LA RELIGION PRIMITIVE · texte numérisé non relu

LA RELIGION PRIMITIVE

On sait que les Slaves croyaient en un seul Dieu rémunérateur et vengeur; qu'ils soutenaient Texistence d'un principe bon en lutte contre un principe mauvais ; enfin qu'ils reconnaissaient l'immortalité de l'âme. Par ce triple dogme, ils se séparaient moralement des Grecs polythéistes, des Celtes déistes, qui croyaient aux esprits, et des peuplades de l'Oural qui n'avaient aucune idée religieuse.

La religion des Slaves, n'ayant pas subi l'influence d'une révélation, a toujours conservé sa

(1) I, p. 69 et 70.

simplicité primitive ; mais aussi n'ayant point en elle-même d'éléments de progrès, elle est restée continuellement frappée de stérilité. Les mythologues présupposent toujours un lien, des rapports entre Dieu et l'homme : il n'est pas de religion qui ne prenne sa source dans l'explication de ces mêmes rapports.. La philosophie des Grecs, celle des Indous, les philosophies les plus anciennes, ne se sont jamais occupées que de résoudre le problème posé par une révélation vraie ou fausse. Aucune philosophie semblable n'a pu naître parmi les Slaves. L'esprit de ce peuple n'était point appelé à travailler à la solution de problèmes qui n'existaient pas pour lui. La religion, chez eux, était moins une loi qu'une opinion. Ils avaient des idées, des aspirations religieuses; ils n'avaient pas la parole, la parole qui proclame des vérités d'un ordre supérieur, et qui est supposée toujours inspirée par des pouvoirs surnaturels. Ainsi, ne pouvant être réunis, groupés autour d'une même parole, on n'a jamais pu les faire mouvoir dans un sens quelconque, leur faire entreprendre des guerres, des expéditions, dans le but de réaliser quelque projet vaste et mystérieux. C'est une des raisons qui firent des Slaves un peuple ni guerrier ni conquérant. Toutes les grandes expéditions des Barbares nont été inspirées, n'ont pu être réalisées que par des idées d'un ordre élevé, par des idées

LES SLAVES i GÉNÉRALITÉS 47

religieuses. Je sais que les chroniqueurs du moyen âge et les savants modernes expliquent ce fait d une manière différente. Ceux du moyen âge ne voient dans les rois goths et ostrogoth, et même dans Attila et^ Gen-Gis-Kan, que des chevaliers errants épris d'aventures hasardeuses et de périls romanesques.

Page 1