LE CHRISTIANISME
Plusieurs slavophiles ont accusé le christianisme d'avoir détruit les anciens monuments nationaux. Maisaucun d'eux n'ajamais compris l'établissement de la religion chrétienne. On la représente toujours comme une religion nouvelle et violemment imposée aux Slaves. Cependant le christianisme ne peut être considéré comme une chose toute nouvelle ; il ne venait pas détruire les anciennes traditions ';
11)1, p. 139-142. On trouvera dans le précieux volume de M. Ladislas Mickiewicz : Adam Mickiewicz au chapitre IV des renseignements essentiels sur les idées de Mickiewicz touchant le christianisme, son intimité avec Lamennais et Montalambert, sa ferveur religieuse, ses relations avec la papauté.
mais il se faisait fort de les expliquer, de les accomplir. C'est là ce qui explique ses rapides progrès. Tout le monde sait, en effet, qu'il existe des rapports profonds entre le dogme chrétien et les croyances antiques des peuples. Le christianisme n'abolissait pas le sacrifice, il en révélait la signification véritable ; il ne rejetait pas le dogme de la lutte du bien et du mal, il l'éclaircissait, s'accordantainsi avec ce qu'il y avait de plus intime dans les anciennes religions. Les Slaves qui. dans les pays du Nord cl dans ceux gouvernés par les Normands, avaient conservé le dogme antique, acceptèrent le christianisme sans résistance: chez eux il n'y a point de traces d'une lutte entre les deux religions. Au Midi et à l'Ouest, la résistance lut la suite des provocations des barons allemands qui se présentaient aux Slaves en ^conquérants. La lutte fut courte en Pologne, mais elle fut opiniâtre sur la limite des pays slaves entre la Pologne et l'Allemagne. C'est là, en effet, que le féodalisme allemand cherchait à s'établir en couvrant du voile de la religion ses projets d'envahissement.
Cette lutte a donc le caractère plutôt politique que religieux: certes il n'est pas difficile de j ustifier le chi^istianisme des reproches qu'on lui adresse. C'est lui qui a complété l'organisation des royaumes slaves et assuré leur indépendance. Jusqu'ici
LES SLAVES '. GÉNÉRAUTÉS 49
on n'a pas suffisamment examiné son influence sur l'état domestique, social et politique de ces peuples.
En première ligne, il a fondé la famille par rétablissement du mariage; réforme immense qui a rapproché les nations slaves des races occidentales. Il a consacré le pouvoir ; il est probable que chez les Slaves jamais un pouvoir durable n'aurait pu s'établir sans l'influence chrétienne, tant leur organisation était contraire à toute idée politique. C'est du moment où les ducs de Russie furent sacrés par les évèques d'Orient et les rois de Pologne par les papes, qu'ils devinrentles vrais représentants de la nationalité.
Ainsi le christianisme a réformé la vie domestique et la vie politique dans les pays slaves. Il a établi entre eux un lien intime, en leur montrant un même but à atteindre. Il a fondé ainsi leur unité. Cette unité a pour premier organe la cloche élevée sur les églises. Cette voix, qui retentit dans les pays slaves, leur fait sentir qu'ils sont membres d'une même communauté. Plus tard cette cloche chrétienne devient le symbole de l'indépendance politique, car c'est elle qui appelle les citoyens à la diète. Avec le christianisme aussi les arts pénètrent chez les Slaves. Les églises chrétiennes sont leurs premiers édifices en pierre et leurs seuls chefs-d'œuvre d'architecture. Lins-
titution de fêtes pendant lesquelles le peuple doit s'abstenir de travail devient pour lui un puissant moyen d'éducation. Alors, au milieu de ses amusements, il peut méditer et vivre d'une vie spirituelle, détachée de la terre. Enfin l'introduction de l'enseignement par les prêtres fait époque chez les Slave ; jusqu'alors il n'y avait pas eu de dogmes prêches parmi eux.
Toutes ces réformes, l'établissement de la royauté, de la paroisse, du mariage, des fêtes et de renseignement tranformenl la société slave ; dès lors elle devient européenne, elle commence à appartenir à la communion des peuples de TOccident.