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CARACTÈRE IDÉAL DU PATRIOTISME DANS LA LITTÉRAURE POLONAISE

La littérature polonaise, au contraire de la littérature russe a pour mobile le patriotisme, et ce patriotisme ne reconnaît nulle frontière. Pour la Pologne littéraire et sociale l'idée de patrie est autre que l'idée matérielle et égoïste des Grecs et des Romains. Elle n'est pas attachée à un Capitole ; elle n'a nul besoin d'un Forum ; elle ne s'incarne dans aucun individu. La royauté n'y joue pas le rôle principal ; il est bien plus question de guerriers et de chefs que de rois. La royauté n'est qu'une partie de la patrie, et c'est toujours la société qui est mise en mouvement. Ainsi, on personnifie en quelque sorte des provinces entières ; les Palatinats qui se sont distingués dans les batailles sont récompensés ; ils obtiennent des privilèges ; l'un d'eux,

(i; I, p, 30-31, 53-54. Cf. Sur ce sujet Lelewel : Hist. de Pologne, 2 vol. 1844 (en fr).

par exemple, a eu comme récompense celui de cacheter ses lettres avec de la cire rouge.

Cette force morale n'ayant aucun centre visible, émouvant toute une société, échappe à l'intelligence dans l'ordre pratique des choses actuelles. Un député français a dit : « La cause polonaise présente cette immense difficulté, qu'elle n'est pas locale, qu'elle est quelque chose d'insaisissable.» Le monarque russe, motivant sa colère contre la Pologne, a dit pareillement : « Les Polonais sacrifient la réalité au rêve. » Il disait vrai, si l'on appelle rêve toute idée qui n'a pas encore son pouvoir sur la terre, qui ne fait que s'avancer vers la réalisation.

Tout cela indique que la poésie polonaise, d'après sa nature, n'a pas d'élément épique ; elle penche plutôt vers le lyrisme et le drame.

... J'ai dit aussi que le Polonais est la langue de la conversation et de la littérature. Comment en serait-il autrement ? La Pologne, depuis longtemps, n'a plus de tribune nationale où puissent s'exprimer les sympathies et les vœux du peuple; elle n'a pas même de chaire scientifique. La langue polonaise a été bannie des écoles ; elle n'a pas de théâtre national. C'est donc par la littérature seulement qu'elle agit ; c'est par la parole vivante ; c'est-à-dire parce qu'un peuple a de plus intime et de plus fort, par ce qui résume la

vie domestique et la vie historique, que la littérature polonaise peut encore exister...

LA THÉORIE DE l'uNITÉ .NATIONALE '*'

Il y a toujours danger à admettre en politique les idées des étrangers : chaque nation est basée sur des lois constitutives particulières. Les nations qui se sont élevées par des conquêtes peuvent sans danger perdre une partie de leur territoire sans rien perdre de leur force morale. Mais la Pologne, qui n'a '^' fait [jusqu'au démembrement] aucune conquête ; qui s'est formée par la réunion volontaire de plusieurs provinces au corps de la république ; qui est liée avec ces provinces par un serment d'aide et de protection, par un partage égal de droits et de charges, puisque les représentants de ces provinces ont même le droit

(2) Nous mettons le présent au lieu du parfait,. avant détaché cette page du centexte : le caractère s'en accuse plus facilement.

de veto, c'est-à-dire le droit d'arrêter la marche de la république ; de quel droit peut-elle rompre ce contrat synallagmatique ? de quel droit peutelle chasser les députe's des provinces russiennes ou prussiennes, qui, sans avoir jamais été conquises, avaient fait un pacte avec la république ? La masse de la nation, lors du démembrement, sentait profondément cette vérité : elle échappait à tous les politiques ; ils ne trouvaient rien sur ce sujet dans les livres français et anglais qu'ils ne cessaient de consulter.

La Pologne, en abandonnant une seule de ses provinces, renierait "' la loi sur laquelle était fondée son existence. On n'a pas sans doute le droit d'exiger des Polonais des efforts qui surpassent leurs moyens; il ne leur fut peut-être pas possible de défendre ces provinces : c'est une autre question. Mais il ne leur est pas permis d'accepter le démembrement du pays comme légitime, sans manquer à la loi organique de leur nation.

La Pologne perdit, plus d'une fois, plusieurs de ces provinces ; mais jamais jusqu'au premier démembrement de 1773 aucun traité n'en légitima l'abandon; on se contentait de prolonger les armistices jusqu'au moment où on se sentait

(1) Voir note de la page précédente.

assez fort pour recommencer la guerre. Une seule fois, le roi Jean, dans un mauvais moment de sa politique, signa un traité qui abandonnait une ville à la Russie : la diète refusa de ratifier ce traité. On conserva, dans le sein du sénat et dans l'assemblée des, nonces, des fauteuils pour les sénateurs et les nonces de pays conquis par l'étranger et détachés de la Pologne, afin de représenter, au sein de la diète, l'unité de la république.

LA CRÉATION DE l' UNITÉ NATIONALE ET l' ESPRIT

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