LA FEMME POLONAISE
Notre histoire offre plusieurs exemples de ces femmes qui réunirent aux sentiments purs et élevés de leur sexe la force et la hardiesse. Notre héroïne n'est pas une femme nerveuse qui s'excite par la lecture de romans ; ce n'est pas une Italienne passionnée ; ce n'est pas une femme d'esprit aimant à dominer les salons : c'est une
(1) m p. 316-318. Sur le rôle des femmes polonaises dans la vie de Mickiewicz, cf. Ladislas Mickiewicz: Ada^n Mickiewicz ch. I. Premier amour et premières poésies ; ch. II. Françoise Zaleska et Caroline Sobanska en Russie; ch. III. Anastasie de Klustine et Henriette Ankwicz ; ch. IV. Son mariage.
Touchant la place des ^femmes dans son œuvre, rappelons outre ses premières poésies, les Strophes A la mère Polonaise, les exquises figures de Pan Tadeusz.
Sur le rôle de la femme polonaise dans l'histoire, citons en France les très belles pages de Gabriel Sarrazin dans son livre subtantiel : Les poètes romantiques de la Pologne, (Perrin éd.) et pp. 190-204 dans notre Pologne vivante où nous lui donnons une grande importance.
fille dévouée à son père, c'est une épouse prête à partager les dangers de son mari-
La dernière révolution a produit quelques caractères admirables dans ce genre ; cela a fait avancer la question de l'émancipation de la femme. Les faits seuls ont la puissance de résoudre les grandes questions : les légions ont renversé l'ancienne hiérarchie ; l'enthousiasme pour Napoléon a nivelé les classes dans le duché de Posen et dans le royaume de Pologne. C'est la marche nécessaire de l'humanité : il faut d'abord faire un sacrifice avant de conquérir un droit. En Pologne, la femme est plus libre que dans tout autre pays, elle est plus respectée, elle se sent la compagne de l'homme ; c'est par l'esprit de sacrifice qu'elle a mérité sa place. Ce n'est pas en discutant leurs droits, ce n'est pas en promulguant des théories imaginaires que les femmes peuventconquérir un ascendant dans la société, c'est à force de sacrifices.
En Pologne, la femme conspire avec son mari et ses frères, au risque d'être jugée comme coupable dehaute trahison ; la femme, comme l'homme, est déportée en Sibérie. Il y a eu des femmes, appartenant aux classes élevées de la société, flagellées de la main du bourreau sur les places publiques.
Emilie Plater, fille jeune et délicate, d'une famille artistocratique, eut Ténergie de faire
insurger un district, prit part à plusieurs batailles, et fut au nombre de ceux qui résistèrent aux décisions des chefs, de passer en Prusse. Elle voulait, après la défaite, s'ouvrir un passage à travers l'armée ennemie ; réfugiée dans une forêt, elle y mourut de fatigues et de misère.
Le nom de Claudia Potocka est vénéré de tous les Polonais. Cette dame, également célèbre par son esprit, son dévouement patriotique et le noble usage qu'elle faisait de sa fortune, consacra ses derniers jours à consoler les misères des émigrés.
Si, dans la société frivole de Varsovie, il se trouvait quelques personnes qui avaient peur, pour ainsi dire, de ces caractères presque virils qu'elles taxaient d'extravagance ridicule, en revanche la masse entière de la nation en appréciait l'héroïsme. Après les combats et les marches, les soldats s'empressaient tout d'abord d'arranger le bivouac pour les femmes qui combattaient à leurs côtés ; et l'on n'entendit jamais dans les camps une parole qui pût blesser l'oreille la plus délicate.