LE SIÈCLE DES JAGELLONS
Ce qui caractérise l'histoire jagellonienne, c'est l'esprit chrétien. l'esprit d'honnêteté et de justice; cet esprit sert à distinguer l'histoire polonaise de celle de l'Autriche et des peuples germaniques.
Lors de son avènement au trône de Pologne, le duc de Lithuanie apporta un immense changement à son caractère et à ses habitudes. Vaillant et cruel, comme tous les princes ses parents, il en était le plus astucieux, et passait pour le plus perfide dans sa famille. Après avoir épousé la reine de Pologne, il semble avoir abjuré son ancien caractère. Il s'attache les Polonais par sa douceur, par sa clémence, par l'oubli des injures. Il devient le modèle des princes chrétiens : ses successeurs s'efTorcent de lui. ressembler. Durant ces deux siècles, jamais on n'a accusé un Jagellon d'avoir commis aucun crime, aucune mauvaise action, dans un intérêt personnel ou dans un intérètd'égoïsme dynastique.
1) I. p. 395-396 et [I, p. 17-18. Sur co siècle lire les admirables chapitres de M. Ernest Denis, dans l'Histoire Générale de La visse et Rambaudj{Golin éd.) tome II.
La réunion du royaume de Pologne avec le duché de Litlmanie était une affaire grave et très difficile. Les deux populations parlaient deux langues différentes, appartenaient à des races qui n'avaient rien de commun, séparées par la religion et les traditions antiques. Des causes politiques les divisaient. En Lithuanie, le système féodal ; les princes avec un pouvoir illimité et despotique ; chez les Polonais, la haute noblesse partageant le pouvoir avec le roi. Le souverain interposait son autorité pour calmer les dissensions, en obligeant les Lithuaniens à obéir à ses ordres, et en même temps en désarmant la méfiance des Polonais. Tous les efforts des princes jagellons tendaient à réunir ces deux peuples, et ils ont en^ti réussi. C'est peut-être le seul exemple, dans l'histoire, d'une fusion complète entre deux races, sans qu'elle ait coûté une seule goutte de sang. II y a eu des résistances fortes du côté des Lithuaniens ; les Polonais aussi plus d'une fois voulaient rompre l'union, mais jamais on n'a employé la violence. La politique profonde des rois Jagellons consistait dans la patience et dans la do iceur. "'
(1) A la même époque le royaume des Scandinaves réunit aussi sous un seul sceptre la Suède, le Danemarck et la Nor" vège. Les souverains y déployèrent toute leur énergie pour maintenir le système d'union, qui n'a cependant pas duré un siècle. L'unité slave subsiste jusqu'à présent.
... Le système des Jagellons tire toute sa vie d'une seule idée morale ou, pour mieux dire, d'une idée chrétienne : toute la force réside dans la vérité. '" Nous entendons ici par la vérité les principes évangéliques, tels qu'ils étaient pratiqués, à cette époque, par l'Eglise. Cette vérité se sert quelquefois des intérêtsetdespassionsdes hommes, mais presque toujours à leur insu. De là vient que la plupart du temps la force vraie, réelle et féconde, combat l'intérêt, la force terrestre et apparente. . . . L'habileté est, par sa nature, incapable de jamais prévoir la marche des événements, c'està-dire la marche delà vérité.... Le résultat fécond d'une grande action vient d'unesource mystérieuse, de la valeur morale de l'action.