LE CERBERE DE L ÉGLISE CATHOLIQUE
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Un seul homme sauva l'Eglise de Pologne, un de ces hommes prodigieux qui font avancer ou arrêter le mouvement de plusieurs siècles. Ce fut un polonais né à Wilna, Ilosius ou le Grand- Cardinal, comme l'Europe entière l'appelait alors.
Ce jeune homme se fit connaître d'abord à l'Académie de Cracovie comme un des sujets les plus distingués. Plus tard, il passa en Italie pour y achever ses études.
Hosius. de retour en Pologne, lut nommé secrétaire du roi et évêque de Warmie, en Prusse. Cet évèché faisait partie de provinces allemandes où l'Eglise catholique n'existait plus. Hosius savait la langue allemande. Il parlait et écrivait également bien le latin et le polonais. Les sectaires de cette époque l'appelaient le Serpent à trois langues, le Cerbère de l'Eglise catholique.
(1) II, p. 124-127.
II commence à agir, à écrire ; il étonne par son infatigable activité. On dit qu'il dictait à ses secrétaires plusieurs lettres à la fois , qu'il composait, souvent en trois langues, des réponses aux lettres qui lui arrivaient à chaque moment. Connaissant parfaitement l'état politique et religieux de l'Europe, il signale l'apparition de chaque nouvelle publication ; il connaît le nom de chaque sectaire, ses opinions, sa biographie ; il suit des yeux la marche de chacun d'eux ; il sait où ils se cachent, et les dénonce à la Pologne. 11 écrit des lettres au roi, aux évêques, aux curés, accourt dans les diètes, dans les diétines ; réunit et préside les conciles.
Ses ouvrages passaient alors pour classiques et étaient publiés dans toutes les langues de l'Europe, en anglais, en français, en allemand, Très instruit et profond théologien, il savait employer toutes les armes contre les sectaires. Pour plaire aux Allemands, il était quelquefois grossier comme Luther, violent, employant les bons mots ; en polonais, il savait saisir ce ton léger, gai, plaisant, qu'on appelait déjà, à cette époque, la plaisanterie polonaise, dans laquelle il était maître passé. Il regrettait beaucoup de ne pas avoir le talent de prédication ; mais il composait des sermons pour ses amis. Dans ses rapports avec les, papes, il conservait, comme il le dit lui-même, toute la
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liberté évangélique. Il disait au pape Paul IV, que tout le monde accusait d'ambition : « J'entends dire que le Saint-Père trouble la politique anglaise et française, et qu'il lève des troupes pour faire la guerre. 'Que le Saint-Père cesse enfin de faire le général ; de combattre pour ses Etats ; qu'il n'oublie pas que ses possessions, c'est l'Eglise universelle. » — Le pape, au lieu de se fâcher, lui écrivait et le priait d'envoyer à Rome quelques amis qui pussent observer sa conduite : — « Venez vous-même, disait-il à Hosius, et voyez ce que je fais ici. »
11 alla en effet à Rome. Le pape le créa cardinal et le nomma légat apostolique, chargé de présider le concile de Trente. Ce fut principalement Hosius qui provoqua ce concile.
Par ses lettres, par ses émissaires, il représente aux rois, aux princes, que l'intérêt de l'époque est de finir les luttes religieuses. Il écrit à tous les chefs de sectes et leur donne rendez-vous à Trente, en leur promettant de répondre à toutes leurs objections. Il travailla longtemps avant de décider l'empereur et les rois dEspagne et de Portugal à envoyer des ambassadeurs, parce que les rois d'alors ne croyaient pas à l'importance du mouvement luthérien, excepté peut-être l'empereur Charles-Quint, dont Hosius louait la haute prudence.
Hosius, en sa qualité de plus ancien légat du pape, présida pendant longtemps le concile, et l'on s'adressait à lui toutes les fois qu'il fallait traiter les questions les plus épineuses. Mais il voulut retourner en Pologne ; il voyait son évêché envahi par les luthériens, et il était avant tout Polonais. Il disait, dans une lettre adressée à un de ses amis, qu'il était si intimement Polonais, qu'il se surprenait lui-même à poloniser, c'est-àdire à parler trop, sans limites et hors de propos.
De retour dans son pays, Hosius voulut y introduire le règlement du concile de Trente, mais il trouva partout une formidable opposition. Les villes allemandes de la Prusse trouvaient dans le luthérianisme un lien national. Ces villes, autrefois sujettes de Tordre Teutonique, enclavées dans les populations slaves, n'ayant aucune nationalité, étaient gouvernées par des évêques polonais ; maintenant elles se choisissent des intendants et des surintendants allemands. Au lieu d'en appeler à la capitale de Pologne pour résoudre les questions religieuses, elles s'adressent à leurs magistrats. Presque toutes avaient des conseils de ville. Ces conseils saisirent avec avidité l'occasion d'augmenter leur importance, en devenant des conseils nationaux.
Hosius était quelquefois menacéparles bourgeois révoltés j mais, bravant leurs menaces, il allait
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droit à l'ennemi, discutait avec leurs magistrats sur la théologie, et il édifiait le peuple par la sainteté de sa conduite et la rigidité de ses mœurs. Il sauva du moins une partie de ce pays, ses chers Slaves (comme il disait) d'Elbing et de Dantzik.
Cette vie si active était aussi employée au service de l'Etat. Hosius, comme ambassadeur, traitait les plus hautes questions européennes de cette époque, concluait des traités avec l'Espagne, avec l'empereur Charles-Quint, le roi de Portugal, le roi de France et les papes. Il finit ses jours en Italie, nommé grand-aumônier du Saint-Siège, mais désespéré de n'avoir pu prévenir, en Pologne, la réforme religieuse et effrayé de ses conséquences.