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parlent avec des nymphes, avec des dryades, avec des faunes. Ces éludes, dessinées quelquefois avec beaucoup d'iiabileté, d'après les modèles grecs, sont maintenant peu lues et peu goûtées.

Symonovicz a créé un genre particulier, qui n'est pas celui de Virgile, ni des poètes espagnols, ni de ceux du midi de la France. D'abord, il imite plutôt Théocrite, suit fidèlement ses traces ; mais pe 1 à peu il parvient à créer un genre original, et finit par composer des idylles nationales pleines de vérité et de grâce. Après Théocrite. il est le plus grand poète d'idylles connu. Il surpasse de beaucoup Virgile, est plus dramatique que lui. Virgile ne savait pas convenablement taire parler, dans l'idylle, ses personnages. Symonovicz comprend mieux que Virgile le dessin et le paysage; il a aussi un sentiment plus profond de la nature. On peut diviser toutes ses idylles en trois genres. Dans les premières, il met à contribution les auteurs grecs, Théocrite, Moschus et Bion.

Il emprunte aux Grecs de petits tableaux, de petites chansons ; mais il leur donne une couleur nationale ; il sentait bien que pour créer une idylle originale, il fallait la rapprocher, autant que possible, de la chanson nationale. Il modifia le style de cette chanson : au lieu de la faire tout à fait lyrique, il lui donna une forme dramatique...

LE CHEVALIER PASEK

Les mémoires du chevalier Pasek sont intéressants comme monument historique et comme œuvre d'art. On peut les regarder comme un document précieux pour l'histoire militaire du temps, et comme les mémoires secrets d'un souverain, parce que le chevalier Pasek est un de ces milliers de souverains qu'avait alors la Pologne...

Nous trouvons dans son ouvrage la formule des vertus du gentilhomme d'alors. Un hon gentilhomme, dit-il, doit posséder quatre vertus cardinales ; il doit toujours être prêt: premièrement, à se battre pour ses amis ; secondement^ à payer leurs dettes ; troisièmement, à faire des voyages dans leur intérêt ; quatrièmement, à les servir par ses conseils. Notre héros possédait toutes ces qualités.

(1) II, p. 319-331. Sos mémoires qui vont de 1655 à 1688) ont été traduits en partie par Madame Olympe Chodzko dans le tome II de la Pologne historique et monumentale, Paris, 18391841.

Il naquit dans une famille noble, peu riche ; il servit sous le célèbre Etienne Czarniecki et il assista à toutes les grandes batailles contre les Russes, les Suédois et les Prussiens, en Ukraine, en Pologne et en Dancmurk,

... En décrivant les batailles, il prend ce ton de gaieté, de bonne humeur, que les Anglais appellent hitmour, et qui est le ton de la conversation des gentilshommes polonais. Cependant il existait à côté de cette gaieté universelle et de ces mœurs faciles, des caractères sombres et farouches. A côté des demeures des gentilshommes, il y avait aussi des châteaux habités par des personnages qui ressemblaient aux Lara de lord Byron. Nos gentilshommes ne comprenaient rien à ces caractères dépeints par la poésie moderne. S'il s'en présentait quelquefois, ils les laissaient passer devant eux comme les ombres d'une lanterne magique, sans qu'ils en pussent saisir la signification. Pasek décrit un de ces maniaques farouches qu'il avait rencontré, étant en garnison dans un village...

... Passek eut plusieurs fois des duels. Il en décrit au moins trente. On se battait pour l'honneur du roi, pour l'honneur de son parti politique, pour l'honneur de sa famille et de ses amis. Tous les bals, toutes les réunions finissaient par des duels. On se battait toujours au sabre. Notre Pasek

luttait quelquefois contre trois ou quatre personnes successivement ; il lui arrivait de fendre la tête à l'un, puis il lui fallait couper la main au frère de celui qu'il venait de terrasser, et il était encore obligé de continuer le combat avec quelque autre de ses parents. Au nombre de ses duels, on peut deviner le nombre de ses blessures et contusions qu'il n'a garde d'avouer dans ses mémoires. Quelquefois il fallait combattre pour obtenir le droit de cité dans un palatinat voisin. Il raconte qu'un seigneur ne pouvait entendre parler de lui, ni le souffrir dans son palatinat: « mais ayant percé quelques pourpoints, dit-il, je réussis à former avec ce gentilhomme les liens d'une véritable fraternité. »

Une telle vie explique ces combats incroyables que la cavalerie polonaise, composée de gens comme Pasek, put soutenir contre les armées russes et l'infanterie suédoise, qu'elle mettait toujours en déroute. Vous voyez aussi combien il était difficile de gouverner une république composée des gens de cette trempe...

Il a deviné, pour ainsi dire, le genre du roman historique. Les écrivains militaires de mémoires français s'occupent trop des généralités, jugent les plans des chefs, apprécient les résultats des campagnes sans entrer dans les détails. On ne trouve que dans les romanciers de l'école histo-

rique. dans Walter-Scott, par exemple, ces petits détails intéressants de la vie du soldat, ces observations sur les manœuvres des régiments, ces engagements particuliers, ces hauts faits de héros obscurs, mais je ne connais pas, sous ce rapport, de mémoires comparables à ceux du chevalier Pasek. Aussi ont-ils tout l'intérêt d'un roman historique.

Dans les temps de trêves ou d'armistices, Pasek revenait à la campagne et continuait ses mémoires, en racontant ses procès, ses chasses, ses fêtes de famille. Il aimait la nature; il avait pour les animaux les sympathies slaves, et décrivait leurs mœurs et habitudes. Sa maison ressemblait à une ménagerie...

... Ce gentilhomme ne prévoyait pas qu'il serait un jour rangé parmi les écrivains classiques de la Pologne. Son style est classique. Il a toute la facilité, la grâce et la légèreté de la prose des mémoires français, et il est éminemment slave. On n'y trouve aucune tournure étrangère. Il écrit comme s'il parlait, avec le bout de sa langue, pour ainsi dire. Il jette les phrases sans s'embarrasser de ce qu'elles deviennent. Il n'épuise jamais son sujet. Quelquefois, au milieu la description d'une balaille, il se rappelle, à propos d'un camarade qu'il rencontre, et il raconte gravement des procès ou des querelles qu'il eut avec lui. Il

tÎÉS POLONAIS '197

représente, pour ainsi dire, la partie boiirp:eoise de la Pologne de ce temps.

l'influence française au XVl^ SIÈCLE (')

La littérature écrite, dès cette époque, subit l'influence du siècle de Louis XIV. Nulle part, peut-être, cette influence n'a été aussi forte qu'en Pologne. Le roi, la reine lisaient, parlaient le français ; on admirait la littérature française, qui excitait alors en Europe un enthousiasme universel. Un seigneur polonais, Morsztyn, contemporain de Corneille, et qui la connu probablement, puisqu il habita Paris longtemps, traduisit, publia et fit représenter sur le théâtre, dans l'année I60O, le Cid, qui avait paru en 1636 à Paris. C'est la première traduction en langue étrangère d'une tragédie française. Cette traduction peut être regardée comme classique ; elle prouve que la langue polonaise possédait tous les éléments de perfectionnement, et qu'elle pouvait, même alors,

(1) II, p. 335-337.

prendre facilement Tallure et le ton du siècle de Louis XIV...

... Une citation montre à quel point cette influence dominait la cour et la ville de Varsovie : « Les Français, à cette époque, avaient envahi Ja cour et la ville ; un Français regardait Varsovie comme un cbez-soi. Ils étaient comblés de places et d'honneurs. Les antichambres du roi étaient encombrées de Polonais, tandis que les Français entraient à toute heure ; il était rare de rencontrer une tête rasée dans le cabinet du roi, mais on y voyait en revanche d'immenses perruques qui interceptaient la lumière du jour. »

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