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APRÈS LE DÉMEMBREMENT DU PAYS LA POÉSIE POLONAISE

Le dernier chapitre de l'histoire littéraire de l'époque de Stanislas-Auguste est te qu'il y a de plus tragique dans l'histoire slave. Tous ces écrivains, dont nous avons parlé, moururent dans le deuil et dans le désespoir : cortège funèbre qui suit la patrie dans le tombeau!

Le plus célèbre et le plus laborieux de tous, Naruszewicz, perdit tout-à-coup et la force et l'énergie, cl même cette belle humeur par laquelle il s'était distingué dans la société de Varsovie. Il avait placé tout son espoir dans l'habileté et la sagesse du roi: le roi une fois détrôné, Naruszewicz se sentit frappé dans l'àme. 11 quitta la capitale, partit pour son évéché ; et là, on le voyait passer desjburnéesentièresdans une immobilité complète. Il évitait même de parler de littérature, ne demandait aucune nouvelle de la politique du jour ; à peine osait-il chercher des consolations dans la religion, dont il avait depuis longtemps

nég-ligé les pratiques. Il mourut seul et presque oublié de tout le monde, de ses contemporains, de ses protecteurs et de ses amis.

Le poète Kniaznin, écrivain gracieux, qui avait passé sa vie à la cour somptueuse des princes Czartoryski, au milieu des fêtes brillantes; après avoir reçu la nouvelle de la bataille de Macieiowice, fut atteint d'aliénation mentale. Il traîna encore trente ans sa pénible existence.

Le plus fier de tous ces écrivains, le plus grand artiste. Trembecki ; cet homme, bien accueilli dans toutes les capitales de l'Europe, réputé à Paris pour ses duels nombreux qui lui avaient valu le titre de tueur de marquis, chambellan du roi, homme d'esprit, courtisan, joyeux compagnon ; lui Hussi, vers la fin de sa vie, tomba dans une espèce d'idiotisme ; on le voyait parcourir les jardins du comte Potocki, les pieds nus, vêtu d'une simple casaque de paysan. Cependant il paraissait conserver quelque goût pour la poésie ; et, quand on récitait ses vers, il paraissait frappé de la beauté de ces poésies magnifiques, et demandait avec curiosité quel en était l'auteur.

Le poète comique Zablocki entra dans les ordres, et n'écrivit plus rien après la chute de la Pologne.

Niemcewicz, destiné à parcourir encore une longue et douloureuse carrière, gémissait alors dans les fers.

Ces hommes moururent tous victimes de leur amour pour la patrie...

fja chute He Varsovie et les tlammes de Praga illuminèrent tout d'un coup leur âme, mais en imnne temps bouleversèrent et obscurcirent pour toujours leur intelligence...

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