L IMPRIMERIE EN BOHEME
Les pays slaves, la Pologne et même l'Europe, doivent beaucoup aux Bohèmes. S'ils ne sont pas inventeurs de Timprimerie^ ce qui est encore à décider, il est sûr qu'ils ont le plus fait pour intéresser le? esprits, pour les tourner vers cette
découverte ; car on ne la doit pas, comme bien d'autres, à l'appât de larg^ent. Elle a une origine morale : c'est le désir de lire la Bible, de la répandre partout, de la copier; et ce désir se fit sentir après les luttes religieuses suscitées par Huss. La Bible était déjà traduite plusieurs fois en slave, en polonais, en ancien slavon et en bohème ; elle était lue par le clergé, par les hommes instruits ; mais on n'en connaissait que des parties difïérentes. Lorsqu'on eut mis en question le pouvoir législatif de l'Eglise, tout le monde en appela à la charte de l'Eglise, c'est-à-dire aux Ecritures ; tout le monde voulut les connaître et les discuter, les sectateurs aussi bien que les catholiques : ce travail occupait surtout les Bohèmes. Enéas Piccolomini, pape plus tard sous le nom de Pie IL s'étonnait^ de cette activité des Bohèmes, il les donnait en exemple aux chrétiens de l'Occident ; il montrait partout la noblesse et la bourgeoisie de ce pays occupées à écrire et à lire, alors que plusieurs seigneurs, en Italie et en France, lisaient difficilement et ne pouvaient pas quelquefois signer leur nom.
Les troubles qui suivirent le schisme de Huss firent sentir le besoin de répandre partout les saintes Ecritures.
Un jésuite du siècle passé, Korzynka, dans un ouvrage où il traite de l'invention de l'imprimerie,
'â68 LES'SLÀYIf
prétend que cet honneur appartient aux Bohèmes; que le célèbre Guttemberg était né en Bohême, à Kutna-Hora, qu'on appelle en allemand Guttemberg. Ce jésuite qui n'était pas ami des Hussites, a réuni un grand nombre d'arguments spécieux pour appuyer .son opinion.
[En tout cas] les Polonais et les Bohèmes, à cette époque, commençaient partout les entreprises typographiques et y présidaient. Ainsi, un certain Adam, polonais, établit la première imprimerie à Naples ; un autre polonais, Stanislas, à Séville ; c'est encore un polonais, Hencki, qui fonda la première imprimerie à Vienne. Il est difficile d'expliquer tous ces mouvements si on n'en cherche pas Torigine en Bohême, d'où ils agitaient les provinces limitrophes en Pologne.
LA SCIENCE TCHEQUE
Les savants bohèmes ne ressemblent pas aux antiquaires des autres pays ; ils sont, pour ainsi
dire, les apôtres de la nationalité; ils travaillent comme les moines de Saint-Benoît, de Samt-Maiir, et se résignent souvent aux mêmes privations, aux mêmes misères. Il y a de la poésie dans leurs recherches, dans leurs voyages. Un esprit à la fois curieux et poétique anime leur entreprise. L'homme qui ouvre cette carrière de la science slave, Dobrowski, parcourut, comme Hérodote, tous les pays dont il avait à parler, Pétersbourg, Moscou. Varsovie: il prolongea ses investigations jusqu'à travers les colonies slaves qui vivent de l'autre côté des Alpes.
Ses successeurs et ses imitateurs ont agi avec la même force, dans la même direction. Ils se servent de tous les moyens pour atteindre leur but : ils écrivent toutes les langues, le latin, l'allemand, le polonais, le français quelquefois. Profitant de leur position centrale au sein des peuples slaves, ils setTorcent de les rapprocher, de les faire connaître les uns aux autres. Ils traduisent la poésie polonaise pour les Servions, ils traduisent les monuments serviens pour l'Allemagne ; en même temps, ils cherchent à recueillir ces monuments et à les publier en latin pour lEurope civilisée.
L'écrivain russe se défie de l'écrivain polonais ; de son côté, le littérateur polonais se méfie du littérateur russe, mais tous deux s'approchent
avec une égale confiance du laborieux et consciencieux savant bohème ; car ce qui le distingue surtout, c'est sa haute et calme impartialité. 11 tient pour son devoir le plus sacré d'élever la science au-dessus de toutes les questions du jour, de creuser le terrain historique au-delà de sa surface politique actuelle. En rappelant aux nations de même race leur commune origine, leur Eglise et leurs apcMres primitifs, il les convie continuellement à l'unité. Il parle avec la même vénération des saint Hyacinthe, des saint Jean de Cracovie, comme de saint Cyrille et Méthode ; il voudrait réconcilier les neveux de Kosciuszko avec les descendants de son vainqueur; enfin, il aspire à noyer dans une seule et glorieuse lumière les souvenirs des luttes qui les divisent encore.
Les Bohèmes seront toujours regardés comme les patriarches de la science slave : ils ont produit des savants populaires et ont pourrait presque dire qu'ils ont fait de la Bohême une nation de savants et de philologues.