‹ Les SlavesChapitre 58 sur 99 · SUR LA LITTÉRATURE TCHÈQUE · texte numérisé non relu

SUR LA LITTÉRATURE TCHÈQUE

Après Textinction de la dynastie nationale, la maison de Luxembourg, qui régnait en Bohême, protégea les sciences et les arts ; plus tard la maison d'Autriche chercha aussi à développer chez elle les arts et la littérature ; mais, malgré tant d'avantages réunis, malgré une position heureuse, une longue tranquillilé, une protection constante, les lettres bohèmes offrent je ne sais quoi de morne et de froid. On dirait qu'un germe de malaise, de faiblesse mortelle, a été déposé au fond de cette société politique, qui n'a jamais pu arriver à avoir conscience d'elle-même et de sa mission au milieu des peuples chrétiens.

Peul-ètre est-ce celte tranquillité même qui fut la cause de ses malheurs. Tandis que la Russie, sous la terrible pression de l'atmosphère mongole, tendait en elle toutes ses forces et développait tous ses principes ; tandis que la Pologne était continuellement électrisée par les orages qui lui

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venaient de la Turquie, la Bohême, abritée des Turcs par les Hongrois et les Polonais, communiquait par l'Autriche avec l'Europe civilisée. Elle voulut s'approprier la civilisation de l'Europe ; elle l'accepta dans les formes extérieures ; mais, au fond, elle ne trouva point en elle-même de quoi la nourrir, la faire fructifier.

Le nombre des ouvrages que les Bohèmes ont produits est immense. Certainement ils ont plus écrit que les Polonais, les Russes, les Serviens, que tous les peuples slaves ensemble. Cependant leur littérature est dépourvue de force réelle ; elle n'a aucune originalilé ; elle n'a pas produit une seule individualité puissante, poétique ou littéraire ; elle s'est continuellement traînée dans l'imitation. Peu à peu les lecteurs en vinrent à préférer les modèles étrangers à l'imitation nationale, l'original à la copie, et la langue allemande a insensiblement gagné du terrain sur la langue maternelle.

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KOLLAR

(Il

C'est un type nouvean de la littérature moderne. Il nous présente le type intermédiaire entre le caractère de savant et celui de poëte. Il n'a pas de patrie : il a été accepté par les Bohèmes, mais il est Slovaque par sa naissance...

11 a parcouru tous les pays slaves situés de l'autre côté des monts Karpath-^s.!! a déposé le souvenir de ses voyages dans un ouvrage intitulé Slaoicerai fille de la gloire, fille slave (ces mots signifient la même chose). La forme de cet ouvrage est extraordinaire : c'est une suite de sonnets. Kollar, dans tous ses sonnets ( il y en a, je crois, sept à huit cents), a chanté les héros slaves ; il a raconté tout ce qu'il y avait de poétique dans les souvenirs attachés à certains endroits de la Bohême, de la Pologne ; et il a formé ainsi de ces sonnets un tout poétique, possédant même une grande valeur scientifique. Ces sonnets respirent je ne sais quel parfum de Pétrarque ; ils nous

(1) V, p. 5SÎ^.

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rappellent souvent le poëte italien. Mais Tamante de KoUar peu à peu s'idéalise, et devient une figure, un souvenir. Kollar est amoureux d'une idée, d'une nationalité. La Slavie est son amante, la Laure qu'il cherche partout, qu'il pleure et qu'il chante. Mai§ ce n'est ni un jeu ni une fiction poétique ; Kollar se dévoue sérieusement à cette idée ; il entreprend des voyages pour visiter les monuments ; il cherche à connaître les savants, les littérateurs, chez les Serbiens, chez les Slovaques, pour leur rappeler la patrie commune, pour ranimer le courage de ces populations opprimées par les Turcs, par les Hongrois, par les Allemands. C'est un ouvrage véritablement patriotique qu'il a composé. Dans un de ses sonnets, il dit : « Je jeûne et verse des larmes pendant les jours néfastes de l'histoire slave: je m'enferme, et je fais abstinence le jour de la bataille de Kossovo, de cette bataille qui détruisit l'indépendance des Sirbiens ; le jour de la bataille de Weissemberg, où fut tuée la vieille Bohême; le jour où Kosciuszko tomba sur le champ de Macieioivice » Et tout cela est vrai. Kollar ne parle réellement que les larmes aux yeux lorsqu'il raconte les désastres des Bohèmes, des Polonais, des Serbiens ; il porte dans son cœur tous ces peuples, il les aime d'un égal amour. Il a le désintéressement des savants bohèmes ; partout il cherche, partout il suit

rhistoire de la race slave. Sur le Danube, cette race lui apparaît comme un fleuve bienfaisant qui tourne la montagne et s'en va portant partout la fertilité, tandis que les peuples turcs et ludesques, ayant fait beaucoup de bruit, n'ont laissé sur leur passage que cadavres et ruines...

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