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LE MONTÉNÉGRO ET LA POÉSIE SERBE

Le pays de Monténégro est situé entre Raguse et la Bosnie, qui le sépare des provinces turques. C'est une contrée de montagnes ; elle touche presque à la mer, et n'en est séparée que par une langue de pays, l'Albanie autrichienne. C'est un sol aride et montagneux. Les Monténégrins racontent que Dieu, créant le monde, ayant apporté des pierres dans un sac pour former des montagnes, parcourait la terre ; le sac s'étant délaché lorsqu il arriva à Monténégro, toutes les pierres y tombèrent...

Ce petit pays a toujours maintenu son indépendance, grâce à la localité' et à la valeur de ses habitants. Son histoire est d'un grand intérêt pour les Slaves ; le tableau de son état social est la représentation la plus parfaite de la société slave. Ce pays otïre l'image du règne absolu de la liberté ; de la liberté et de l'égalité.

Les Monténégrins ne reconnaissent en général aucune supériorité sociale, ni de naissance, ni de richesses ; ils n'acceptent même pas la supériorité hiérarchique ; c'est une nation sans aucune espèce de gouvernement ..

Quelquefois on trouve un prêtre comme maître d'auberge, qui vend du vin et qui chante des poésies sur la guzla. Ce prêtre ne diffère en rien ni dans ses mœurs, ni dans ses habitudes, ni même dans son costume, d'un paysan de Monténégro. Les Monténégrins sont armés de fusils, de sabres": ils portent des moustaches, ont la tête rasée...

... La poésie décrit les cérémonies de la vie domestique, c'est-à-dire les fêtes et surtout les noces. Celle-ci est la cérémonie la plus importante de la vie des Serbiens, celle qui est la plus souvent décrite dans toutes les chansons, dont nous lirons plus tard quelques extraits. La femme chez les Serbiens, ne jouit d'aucune espèce d'indépendance. Elle est obligée de travailler non seulement

dans la maison, mais encore dans les champs, l'homme s'occupe plus particulièrement des choses de la guerre. Les jeunes gens qui se marient ne choisissent pas leurs épouses, ce soin appartient au chef de la famille. Il arrange le mariage quelquefois une vingtaine d'années avant sa célébration. Dès que le mariage est conclu, le nouveau marié est obligé d'appeler tous ses amis, tous ses parents, pour en former un cortège splendide, afin d'en imposer à la population. Le souvenir de ces mariages se conserve des siècles, et on les chante comme des événements extraordinaires* Le parent le plus proche conduit la fiancée. Elle lui est confiée comme un dépôt sacré, il doit la remettre à son mari. Il y a encore d'autres personnes officielles employées dans cette cérémonie; elles portent des titres et des costumes différents. Il y a entre autres un boufïon de noce, dont le devoir est de chanter des parodies et déjouer des farces. Enfin les cérémonies ressemblent à une cérémonie militaire: tousles hommes sont armés. Les Monténégrins, soit lorsqu'ils travaillent, soit même lorsqu'ils restent à la maison, ne quittent jamais leur fusil ni leur sabre...

Le caractère de gravité,, de calme, propre à la poésie slave, vient aussi du caractère du peuple. Le voyageur observe que les Serbiens, et surtout les montagnardsindépendants, dans leurs conseils,

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conservent cette impossibilité, cette gravité qui distingue les héros sauvages de Gooper. Les orateurs ont beau en appeler aux passions de l'auditoire, ils défient quelquefois leurs adversaires à prouver le contraire de leurs assertions ; ils leur disent même des injures; mais pesronne ne les interrompt. Quelquefois seulement, d'après la masse de fumée que les auditeurs lancent en fumant leur pipe, on peut juger de leurs sentiments pour l'orateur ; mais ils écoutent toujours jusqu'à la fin.

l'ukraine, les cosaques et leur poésie lyrique

L'Ukraine, — mot qui veut dire : pays de frontières, — n'est qu'une steppe vaste et déserte, mais riche en végétation, et servait de palur^^e aux chevaux des peuples barbares. Il est la grande artère qui rattacha l'Europe an plateau de l'Asie

,'l), I, p. 31-34. — Sur l'Ukraine, cf en français Beauplan : Description de l'Ukraine ; trad. de Gogol : Tarass Boulba ; trad . du Par le fer et par le feu de Sienkiewicz, Fasquelle, édit.

centrale. C'est par cette voie que la vie asiatique entrait en Europe ; c'est là que les deux parties du monde se heurtaient l'une contre l'autre. Les oiseaux voyageurs, les sauterelles, les tribus nomades, la peste, prenaient ce chemin pour passer dans l'Occident. Les peuples qui voulaient arrêter l'invasiou des Barbares, ou vider leurs querelles par le combat, descendaient dans ces steppes, pays neutres, champs de bataille par excellence. Là, toutes les armées du monde se donnèrent rendez-vous, et les armées de Darius, et les armées deCyrus, et celles de la Russie, et celles de la Pologne. Là, naquit un peuple connu sous le nom de Cosaques, mélange de Slaves, de Tartares, de Turcs. Ils parlent une langue intermédiaire entre le polonais et le russe. Il passèrent tour à tour sous la domination de la Pologne et de la Russie. Leur littérature changeait d'idées, de formes, de tendances, suivant l'influence prédominante de la Russie ou de la Pologne. On y chantait les exploits des chefs cosaques, leurs amours, leurs expéditions aventureuses, tantôt contre, tantôt pour les Polonais et les Russes.

Les pleines de l'Ukraine sont le pays de la poésie lyrique.

Un Cosaque, assis près de sa Y'^tie de terre ou (le roseaux, regarde son c! <-'al broutor l'herbe épaisse des sttppss : il proTnène S3n regard sur les

plaines verdoyantes ; en rêvant aux batailles du passé, aux victoires, aux défaites qui ont ensanglanté celte terre. Un chant s'échappe alors de sa poitrine, expression d'un sentiment populaire, ce chant est partout saisi au vol avec enthousiasme ; il passe de génération en génération à la postérité.

Le Danube, le fleuve sacré des Slaves, joue un grand rôle dans leur poëmes. C'est lui qui traverse ces steppes mystérieuses, ces pays sévères aux destinées insaisissables. Pour le poëte, il est souvent la limite du monde, comme l'Océan d'Hésiode ; parfois il est le Scamandre d'Homère, teint du sang des armées, rodant dans ses ondes les armures, les cadavres des héros, les trésors des rois. Mais quelque riche que soit la poésie primitive de ces pays, elle n'est rien en comparaison des accents qu'ils ont inspirés de nos jours. Le poëte russe moderne, surtout le poëte polonais, a peuplé de monuments poétiques ces solitudes désertes où la tradition n'a pas une pierre où se reposer, n'a pas un arbre où s'abriter. « Là, dit le poëte Zaleski. la poésie, étendu» sur les herbes et enlacée de fleurs, résonne tristement, prisonnière comme l'inspiration dans un jeune cœur. Seulement la brise lui ravit parfois des lumbeaux de chax^ts et les disperse en légers nuages à hiiverg lea Hwianes^ le^ R^ Borysthène,

les hauts gazons du désert où se promènent les esprits de nos aïeux. »

Selon les paroles d'un antique poëte : « Sur cette terre labourée par les pieds des chevaux, engraissée de cadavres humains, parsemée dossements blanchis, arrosée d'une chaude pluie de sang, croissent les moissons de la tristesse. »

La mélancolie est le caractère distinctit de la poésie de ces contrées.

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