LE TURC
De tous les peuples d'origine ouralienne, les tribus turques sont celles qui se rapprochent le plus de la souche connue sous le nom d'Indo- Germanique. Mêlés aux belles races des pays
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conquis, les Turcs perdirent bientôt leur laideur primitive. Leurs manières sont empreintes de noblesse et de majesté. Doués d'une énergie progieuse. bien qu'un peu mous de corps, ils n'offrent sous le rapport moral, aucune ressemblance avec les Mongols. Tajidis que ceux-ci sont privés de tout sentiment religieux, les Turcs, eux, se distinguent par un tempéramment ardent et prompt au fanatisme. L'esprit des Mongols est froid : le leur est doué d'une imagination vive. Plutôt passive qu'active, cette imagination n'enfante pas d'œuvres originales, mais elle s'approprie, elle imite volontiers les produits de la poésie et de l'art étranger. Les Mongols ne comptent pas un poëte, pas un artiste ; en fait d'arts, il n'ont créé qu'un seul genre d'architecture : je parle de ces tours construites de chaux et d'hommes vivants ou de têtes coupées. Les Turcs ne se sont jamais montrés si cruels ; ils ne combattaient ordinairement que dans un esprit de prosélytisme religieux ; ils mettaient leur bonheur dans la domination et les jouissances, mais jamais dans la destruction. On demandait un jour, dans le Conseil des sages Mongols, en quoi consistait la félicité terrestre, le monarque répondit que c'était à vaincre son ennemi, à déshonorer sa femme, à égorger ses enfants. Et le Conseil applaudit, car c'était là une idée nationale,
Le Turc chérit le repos ; il aime à s'enfoncer dans une douce rêverie. Il exprime cet état où il se complaît par des mots intraduisibles, qui ressemblent au fa)' nlente des peuples méridionaux- Le Turc est avide de conquêtes, de richesses, de pillage ; mais il ne s'est jamais montré aussi habile que le Mongol à tirer parti des inventions de la civilisation qu'il trouvait chez les peuples vaincus. Il déteste l'étranger, et cette haine lui fait dédaigner ce qu'il y a d'utile chez les autres nations. Les Mongols savaient, au contraire, profiter des avantages que ceatains peuples avaient sur eux ; c'est ainsi qu'ils se servirent, par exemple, des artilleurs chinois pour leurs canons. Les Turcs ne répandaient pas une terreur aussi grande que les Tartares, mais ils étaient peut-être plus dangereux pour l'indépendance des peuples. M. Lenormand a dit qu'il ne s'est pas rencontré un seul monarque chez les Mongols qui ait eu le génie de l'organisation. En réalité ils ne surent organiser que la destruction. Les Turcs, au contraire, étaient organisateurs, persévérants ; une fois établis quelque part, it n'était pas facile de les en déloger. Un chroniqueur, surnommé le Janissaire polonais^ a comparé les Turcs à une mer qui absorbe les eaux, et qui ne les rend pas. Les inondations tartares, au contraire, disparaissaient de suite.