HEGEL ET LE DESPOTISME
Suivant Hegel, Dieu, comme esprit et comme force> comme existence et comme non-existence, de Dieu de tout l'univers se réalise dans l'homme. Ce Dieu qui croit comme plante, comme être organique, comme animal, comme enfant, comme homme, parvient enfin, dans l'intelligence de l'homme,, à se comprendre. Pour exprimer cette idée plus clairement, il n'y a d'audre Dieu individuel que l'homme. La pensée se réalise dans l'homme, elle y acquiert la conscience de sa propre existence. Mais Dieu historique. Dieu collectif, non content d'exister dans les individus qui comprennent, comme philo.sophes, le mieux son idée, Dieu historique s'est incarné dans les nations. Suivant Hegel, il était incarné autrefois dans la personne du roi Nissus, par exemple. Plus tard, il préféra la Grèce, où il s'occupa surtout des arts, où il produisit une brillante époque artistique ; il passa ensuite à Rome, où il apparut
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comme Dieu politique. Eniîn il subit une nouvelle métamorphose en prenant la forme de la race germanique.
He'gel ne s'explique pas sur le royaume oii Dieu réside maintenant ; mais, d'après son système politique, il est facile de deviner qu'il réside maintenant en Prusse. Dieu politique s'est fait Prussien.
Je suis très éloigné de vouloir faire une caricature de ce système ; si je m'exprime mal, c'est que j'ai une extrême difficulté de rendre la pensée d'Hegel dans un langage populaire; mais je ne prétends pas du tout donner une forme ridicule à à ces abstractions. Dans la langue allemande, oii on emploie des termes très ambigus et très vagues, il est facile d'exprimer ces idées qui vous paraissent burlesques, en se servant d'expressions scientifiques qui offrent une certaine gravité ; mais le tait est que, d'après les idées d'Hegel, l'état le plus parfait sous lequel la Divinité puisse se produire est celui du royaume de Prusse, avec son roi, ses états-généraux et une législation presque telle qu'elle existe aujourd'hui.
Les sectateurs d'Hegel expliquent son système de plusieurs manières. H y en a même qui cherchent à le fondre avec les idées catholiques, tandis que d'autres tombent dans le matérialisme le plus grossier. Je vous ai fait connaître la doctrine
d'Hé^el telle qu'elle paraît avoir été exprimée dans ses livres.
L'hégellisme s'aperçoit que cette divinité qui, dans ses continuelles migrations, visite les peuples les plus puissants, pourrait bien aller aussi établir sa capitale au milieu du peuple slave. Il y a des hégellistes qui croient que la Russie ofîre à l'incarnation de cette divinité un corps bien plus puissant et bien plus complet que le royaume de Prusse. La philosophie prussienne est violemment entraînée dans ce mouvement. Cette philosophie excuse tout le passé' de l'empire russe ; elle y admire tout, même les cruautés diwan. Or, si nous admettons que Dieu s'incarne ainsi dans un peuple pour faire paraître sa force politique, ce Dieu aura le droit de détruire ses ennemis ; et les nations contraires à la Russie, qui autrefois eussent été accusées d'avoir manqué de prévoyance politique, courent maintenant le risque d'être frappées d'analhème pour avoir résisté à la Divinité.