JOSEPH DE MAISTRE
Le système connu sous le nom d'opinions légitimistes doit beaucoup à la Russie : il lui doit son point d'appui. Jamais il n'aurait pu se formuler, devenir un symbole complet, et surtout agir, sans avoir trouvé de base...
Les opinions légitimistes commencèrent à être ériiises au moment même où s'écroulait l'édifice ancien de la société française; ces opinions furent plus tard formulées nelteme nt par le comte Joseph de Maistre. Ses ouvrages les plus importants furent écrits à Pétersbourg,
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3'j(i LES SLAVES
La Révolution française dut naturellement frapper les intelligences. On ne tarda pas à reconnaître que ses tendances n'étaient pas exclusivement politiques ; en efTet, elle attaquait déjà la société religieuse, c'est-à-dire l'Eglise. Comme les classes privilégiées se voyaient enveloppées dans la persécution qui frappait l'Eglise, elles furent amenées à lier leur cause à celle de la religion. Les représentants du vieux monde, victimes des abus de l'aristocratie, se donnèrent pour martyrs de la foi, La Révolution, que l'on n'avait jusqu'alors accusée que de violences contre l'ordre politique et contre la hiérarchie sociale, c'est-k dire la noblesse, est maintenant anathématisée comme ennemie de l'Eglise, comme négation des vérités divines révélées par le Christianisme,
Le comte de Maistre, saisissant la question à ce point de vue, la développe dans son ouvrage, et cherche à l'expliquer philosophiquement.
Selon lui, le genre humain est destiné à expier sur la terre le péché originel. Les hommes sont, par leur nôiture, méchants et incapables de se corriger eux-mêmes. C'est pour cela que la Providence leur a otfert dans la révélation un secours surnaturel, et qu'elle a choisi pour gardiens de l'ordre et de la discipline, certaines familles, certains individus doués d'un talent inné de gou-
verner et de se faire obéir. C'est donc pêcher contre Dieu que de vouloir contrôler en quoi que ce soit les droits des familles ou des individus qui ont le pouvoir. Mais comme il arrive souvent que ces familles ou ces individus ont des maniè- res très différentes de concevoir et d'appliquer la vérité ; comme il arrive souvent des querelles et des guerres entre ces hommes, le comte de Maistre ne trouve d'autre moyen d'accorder les monarques qu'en faisant appel au pape. Selon lui, le pape gouverne toujours avec intelligence, et pour cette cause, doit être le seul modérateur du pouvoir royal ; c'est là le point essentiel de son système.
Les ouvrages du comte de Maistre n'étaient pas publiés que déjà plusieurs émigrés répandaient ses opinions en Russie. L'empereur Paul, préparé par sa vie solitaire et méditative à comprendre les hautes questions, embrassa avec ardeur ces opinions : il se crut représentant du pouvoir divin en Russie. A la mort de l'impéra-' trice Catherine, quoique jusqu'alors il ne fût entré en rien dans la direction du gouvernement, il prit tranquillement possession du trône, et, semblable à Sixte-Quint, il parut rajeuni tout d'un coup, et même plus haut de taille. Jamais un monarque n'a affecté une telle fierté, un tel orgueil, même dans sa démarche et dans ses gesteas, il voulait
appliquer et justifier en sa personne le principe du comte de Maistre.