‹ Les SlavesChapitre 85 sur 99 · L'ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

L'ANTIQUITÉ

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LES GRECS ; l'iLIADE <*'

Ce qu'on admire chez les Grecs, leur grâce et la proportion exquise de leur forme, vient précisesément de leur défaut d'âme. La grâce grecque, la perfection des formes grecques, ce qu'on appelle Tart classique, date de l'époque de la décadence de la Grèce. Lorsque ce souffle qui animait encore les poètes anciens se fut éteint, on parvint à enfermer, comme disent les gens du métier, l'infini dans le fini, perfection qui caractérise éminemment l'art grec. On ne cherchait plus rien au-delà de terre ; et on devint parfait dans la partie terrestre de l'art.

fl) III, p. 111-112 et I, p. 271-272, IV, p. 316-316,

... Toutes les épopées dignes véritablement de ce nom contiennent des détails précieux sur la vie intime des peuples qu'elle célèbrent : l'épopée homérique, par exemple. Dans les œuvres des véritables poètes épiques, rien n'est imaginaire, rien n'est arbitraire. Le merveilleux même que nous y voyons n'est qu'une décomposition, quelquefois une parodie de l'antique tradition religieuse ; ce n'est pas une invention du poëte. Le sujet est tiré de l'histoire, la disposition du poëme réside dans le sujet. On n'a qu'à se rappeler l'Iliade : ce constraste entre une ville assiégée qui défend son indépendance et un camp ennemi appuyé sur une flotte ; deux gouvernements différents, deux buts, deux actions différentes. Tout cela est de l'histoire ; le poëte n'a fait que peindre la réalité.

...Ce n'est ni de l'architecture, ni des décors, ni de la scène, que dépend l'art dramatique, mais, tout au contraire, ces accessoires doivent naître de l'idée poétique: on doit surtout être scrupuleux et religieux dans l'emploi qu'on est appelé à faire du monde surnaturel. Dans l'art chrétien, jusqu'à présent, celte partie mystérieuse a été légèrement et ridiculement traitée. Jusqu'à présent Homère reste, sous ce rapport, le poëte, si je puis parler ainsi, le plus chrétien. Chez lui, tout se fait d'abord dans le ciel, c'est-à-dire dans la sphère

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des esprits ; et, après, l'homme exécute la pensée divine. Mais l'homme n'est pas une machine aveugle; il peut accepter les conseils et les secours de la Divinité ; il peut aussi les repousser, et alors il souffre ; mais toute sa force d'action dépend de cette influence mystérieuse. C'est pourquoi les héros mômes d'Homère sont beaucoup plus naturels. Nous les sentons mieux que les héros du Tasse ou des poëmes et des romans modernes. Les hommes d'Homère ont des moments de bonheur, de courage, des jours de succès qu'ils ne peuvent pas s'expliquer euxmêmes. Mais le même héros, abandonné par la Divinité, se trouble, hésite ; il n'a pas peur d'avouer alors son trouble ; il s'enfuit même ; il quitte le champ de bataille. Un des plus braves maréchaux de l'Empire a dit, en racontant une bataille : J'ai été ce jour-là courageux ; il n'a pas eu honte de faire entendre qu'il n'a pas été. tous les jours dans la même disposition morale.

Prenez maintenant les romans de Walter Scott, qui ignore le mystère de ce lien entre le ciel et la terre, ou les romans de Cooper : vous y verrez tous les héros, tous ces Mac-Ivor, tous ces Richard, toujours également courageux, nobles, généreux. Cooper a encore exagéré ce défaut. Il est triste qu'après tant de siècles, parmi les poètes, personne n'est encore approché d'Homère

dans la connaissance des grands mystères de l'humanité.

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