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LES LÉGENDES SLAVES

Le peuple slave, avant sa division en empires et en royaumes, présentait une vaste unité. Il n'y avait alors dans son sein ni dialectes, ni traditions nationales particulières. C'est ici le moment d'examiner la tradition commune et générale de toute la race. Cette tradition s'est conservée dans les contes et les chants populaires. Les contes

(1) Passim. I, p. 88 à 91. Cf. Sur ce sujet Ghafarjk : Les antiquités slaves (en tchèque Prague, 1836, en allem. Leipzig, lè43-44).

slaves ont certains caractères qui les distinguent des contes orientaux, et des contes occidentaux. Sans cesse cultivé en Orient, ce genre de littérature s'y est élevé jusqu'aux proportions de l'art: en Occident, sans cesse comprimé par l'art, il a fini par disparaître entièrement. Dans les pays slaves, les contes existent encore à l'état de poésie primitive et nationale : ce ne sont ni une production littéraire, ni un amusement réservé à l'enfance. Là, les traditions antiques se racontent avec le même sérieux que chez les Grecs se chantaient les rapsodies écrites. Le caractère général du conte est le fantastique : tout s'y passe en des temps et en des lieux nullement définis : la scène est occupée par des êtres inconnus et surnaturels, les animaux se métamorphosent en arbres ; les arbres parlent : ce sont des oiseaux monstrueux, des dragons et des serpents gigantesques ; l'homme ne s'y rencontre que rarement. Les figures de ces acteurs étranges sont vagues, indéfinies et inachevées, tout le tableau est enveloppé de quelque chose de mystérieux, comme s'il vacillait encore dans le chaos de la création. C'est là ce qui distingue avant tout les contes anciens des contes modernes.

... On serait tenté de croire que ces contes sont basés sur des souvenirs antédiluviens conservés par les patriarches de la race humaine, et répandus

dans le monde à l'époque de la dispersion des peuples asiatiques.

Les Slaves y parlent des animaux de l'Asie qu'ils n'ont jamais vus et se les représentent sous leurs formes vraies, sous leurs formes nature ; leur langue possède les mots d'éléphant, de lion, de dromadaire, etc. D'où ces mots leur seraient-ils venus, si leurs souvenirs ne remontaient à des temps antérieurs à leur migration vers l'Europe ? La tradition parle encore de pays éloignés, au-delà des mers, sous un ciel brûlant où coulent des fleuves de vie et d'immortalité ; elle nous montre des héros slaves entreprenant des expéditions lointaines pour trouver cette eau merveilleuse ; ils combattent des griffons, ils rencontrent souvent le phénix, l'oiseau préposé à la garde des châteaux enchantés.

Il est évident que ces contes ont leur source dans l'Orient, qu'ils précèdent les Mille et une Nuits ; leur antiquité est plus reculée que celle de toutes les traditions conservées par la littérature écrite.

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